L'Europe est vache avec l'Afrique
Pour de nombreuses familles africaines vivant dans les zones rurales, le lait est un
enjeu crucial. Source de protéines importante, notamment chez les enfants, il assure également un revenu régulier à la famille. Mais voilà, l’élevage laitier n’est pas suffisamment soutenu par les gouvernements africains et souffre de la concurrence des exportations de lait en poudre en provenance d’Europe.
« Lait, l’Europe est vache avec l’Afrique » est le cri de campagne lancé en octobre 2006 par le consortium ALIMENTERRE animé par le CFSI, SOS Faim Luxembourg et SOS Faim Belgique, afin de sensibiliser le grand public et d’interpeller la Commission européenne ainsi que les gouvernements belge, luxembourgeois et français sur leurs actions triplement vaches dans le secteur laitier.
- L’Union européenne pratique une agriculture exportatrice dont les excédents sont vendus sur les marchés africains à un prix en dessous des coûts de production. Cette concurrence déloyale est encouragée par diverses mesures de soutien financier, directes ou indirectes, dont bénéficient les producteurs européens pour compenser cette vente à prix bradé.
- L’Union européenne fait pression sur les Etats africains en vue d’une libéralisation accrue des échanges, notamment par le biais des Accords de Partenariat économique. Les gouvernements ont de moins en moins de latitude dans la mise en œuvre de leurs politiques agricole, commerciale, alimentaire etc.
- L’Union européenne et ses Etats membres ne consacrent pas assez de moyens financiers au volet agricole dans leur budget d’aide au développement.
En Belgique, la forte mobilisation a permis de rassembler 11300 pétitions, réclamant :
- la fin des aides directes et indirectes à l’exportation de produits laitiers ;
- la reconnaissance du droit à la souveraineté alimentaire
- l’accroissement de l’aide au développement dans le secteur agricole
Les pétitions ont été remises aux autorités belges en février 2007.
Mais la réforme du secteur laitier entreprise par la Commission européenne ne fait qu’encourager une agriculture productiviste et exportatrice dont le seul objectif est d’être compétitive sur le marché mondial. La Plate Forme sur la souveraineté alimentaire, dont fait partie SOS Faim, tente d’infléchir la position de la Commission afin d’obtenir une politique laitière européenne favorable aux éleveurs familiaux du Nord comme du Sud. Téléchargez la position « lait » de la PFSA.
Parallèlement, l’Union européenne et ses Etats membres continuent de faire pression sur les pays africains afin qu’ils signent les APE.
En 2007, on a assisté à une flambée des cours du lait en poudre. SOS FAIM avec d'autres organisation a lancé des études d'impacts de cette hausse des prix au Niger, au Sénégal et dans l'UE, pour voir si et dans quelle mesure les producteurs profitaient de cette augmentation. Les résultats sont unanimes; il faut des politiques d'accompagnement des marchés agricoles.
En 2008, les cours sont de nouveau à la baisse; en Europe comme en Afrique. Pourtant, l'appel pour des politiques agricoles laitières fortes ne semble pas trouver d'écho, et la Commission se contente de remettre à l'ordre du jour les subsides aux exportations. Un comble !
La situation s'est détériorée pour les producteurs laitiers en 2009, notamment en Europe où le prix proposé par les laiteries ne couvre plus les coûts de production. Les producteurs de lait critiquent l'absence de régulation et une de ses conséquences : une offre trop importante par rapport à la demande. Mais la Commission européenne refuse de réorienter sa politique vers une plus forte maîtrise de l'offre. Au contraire, les quotas seront progressivement augmentés avant leur suppression définitive en 2015. Face à l'intransigeance de la Commission européenne, les producteurs de lait européens ont entamé une grève du lait. SOS Faim et ses partenaires du Sud les soutiennent (lire la motion de solidarité des partenaires du Sud et le communiqué de presse des ONG de solidarité internationale).
Pour aller plus loin :
Etudes du consortium ALIMENTERRE :
Autres études :
- Crise laitière et alimentaire, le point de vue de Mamadou Cissokho, grand leader paysan africain
- La filière lait au Niger
- Défendre la filière lait par la mobilisation (Point de vue de Mme Gariko, éleveuse laitière au Burkina Faso)
Vidéos :


