« C’est qui le patron ? » : de la poudre aux yeux ?

 

C’est avec un a priori assez positif que l’équipe de SOS Faim a découvert la nouvelle marque française lancée en octobre dernier « C’est qui le patron ? La marque du consommateur». Un peu plus haut sur la brique de lait, on peut lire : « ce lait rémunère au juste prix son producteur ». Un pari ambitieux. Celui de permettre au producteur d’être rémunéré à un prix juste et au consommateur d’avoir son mot à dire. Quel regard porte FAIREBEL sur cette nouvelle marque ? Daniel Hick, Vice-Président de FAIREBEL est mitigé. Explications …

Pour réussir son équation, Nicolas Chabanne, l’initiateur de C’est qui le patron ? s’est penché sur la question du prix. Il a questionné les producteurs : quel montant serait juste et équitable pour couvrir vos coûts de production ? 0.39 cents le litre, soit quelques huit centimes de plus en moyenne que les autres marques. C’est de cette marge supplémentaire que la marque tire son qualificatif équitable.

Regroupés en coopérative, les consommateurs qui soutiennent la marque ont dicté le cahier des charges et fixé les règles autour du produit. Une démarche réappropriée qui permet aux producteurs et consommateurs de se re-connecter. D’ici quelques mois, la marque complètera son offre avec de nouveaux produits : jus de pomme, pizza, compote, beurre, … La formule peut être répliquée à volonté.

En Belgique, nous avons le label FAIREBEL qui tend vers le même objectif. Marques sœurs ? Concurrentes ? Pourquoi ajouter une marque supplémentaire au lait équitable ? Quelle raison d’être pour ce nouvel acteur ? Et surtout comment les initiateurs des marques équitables belge et française perçoivent-ils le nouveau-né C’est qui le patron ?.

FAIR – FAIR – FAIR ?

En France comme en Belgique, des labels équitables existent déjà. C’est le cas de FAIREFRANCE et FAIREBEL, des labels créés par les producteurs eux-mêmes afin de garantir une rémunération décente à tous les acteurs de la chaine.

Une première réserve exprimée par les deux labels tient au caractère privé de l’initiative lancée par Nicolas Chabanne. FAIREBEL et FAIREFRANCE quant à elles sont toutes deux des marques créées par des agriculteurs. Des marques qui ont donc un ADN agricole pur. Que sait-on des intentions d’un privé ? Quelles garanties d’avenir les producteurs qui collaborent avec la marque peuvent-ils espérer ? Tels sont les points d’attention que relayent les deux interviewés.

« On ne lâche rien, nos coûts de production c’est 0.45 cents et non 0.39 ! »

Quant à l’argument du prix rémunérateur, Daniel Hick de FAIREBEL met en garde : « il est important de prendre en compte les vrais coûts de production et non des chiffres bradés qui ne tiennent pas compte de l’ensemble des charges. Une étude réalisée par un bureau indépendant estime les coûts moyens de production en Europe à 0.45 cents du litre de lait. »

Et FAIREFRANCE d’ajouter : « Les éleveurs se sont pris en main et ont créé leur label. Nos coûts de production ce n’est pas 0.39 mais bien 0.45 cents. On ne doit rien lâcher ! ».

L’approche privilégiée par FAIREBEL et FAIREFRANCE propose de chercher un point d’équilibre entre le prix du marché et une rémunération juste. En 2016 ; FAIREBEL a ainsi reversé 0.13 cents aux producteurs de la coopérative.

C’est donc bien sur le critère du prix que le bât blesse. Dommage que les efforts mobilisés pour créer C’est qui le patron ? n’aient pas été dirigés pour renforcer les enseignes existantes. Toutes deux aimeraient bénéficier de l’expertise en communication de la marque qui fait tant parler d’elle.

Les deux représentants sont aussi en accord quant à l’intérêt de la démarche qui a le mérite de donner un rôle plus actif au consommateur et de placer au centre du débat l’enjeu d’une rémunération juste pour maintenir les producteurs à la base de notre alimentation dans cette fonction nourricière vitale mais malmenée.