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Notre plaidoyer politique pour libérer le potentiel de l’agriculture familiale

Plaidoyer politique • 18 mars 2019

Pour libérer le potentiel de l’agriculture familiale et lui permettre de répondre au défi de nourrir dix milliards d’êtres humains d’ici 2050, il faut mettre en place des politiques agricoles plus favorables à ce modèle et des politiques commerciales qui modifient les règles du commerce international.

Les politiques agricoles doivent

  • Ajuster l’offre des produits agricoles à la demande,
  • Fixer des prix minimums,
  • Débloquer des moyens (financiers, techniques, matériels, …) et revoir les conditions d’octroi des aides.

Les politiques commerciales doivent :

  • Réguler les importations et les exportations de produits agricoles,
  • Faciliter l’accès des produits de l’agriculture familiale aux marchés locaux et régionaux.

Si ces différentes mesures étaient d’application, cela permettrait de libérer le potentiel de l’agriculture familiale et d’atteindre la SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE, soit le droit des peuples à une alimentation saine et suffisante, produite dans le respect des cultures et de l’environnement ainsi que leur droit à définir leurs propres politiques alimentaires et agricoles.

Trois exemples de souveraineté alimentaire

Le Sénégal

Au Sénégal, 70% de la population vit de l’agriculture, mais sous la pression du commerce international, les produits importés inondent les marchés.

L’oignon y est un produit phare à la fois fortement consommé par la population sénégalaise et largement produit. Pourtant, les oignons importés de France et de Hollande inondaient les marchés et 50% de la quantité consommée était importée.

Depuis 2003, grâce à une mobilisation forte de la société civile et une structuration des acteurs de la filière, le Sénégal limite les importations d’oignons sur son territoire. Pour y parvenir, le pays gèle temporairement les importations au moment de la saison des oignons locaux.

Le Kenya

Au Kenya, le gouvernement contrôlait la commercialisation du lait dans le pays jusqu’au début des années 90. La commercialisation du lait a ensuite été privatisée mais l’entreprise a rapidement fait faillite. Pour répondre à la demande en lait, le pays n’a alors eu d’autre choix que d’importer du lait en poudre. Mais suite au mécontentement populaire, le gouvernement a finalement augmenté les tarifs douaniers de 25% à 60% sur le lait en poudre. Ce qui a eu pour effet de développer la filière locale et d’améliorer sa maîtrise de la transformation.

Aujourd’hui, 86% du lait commercialisé dans le pays provient de petits producteurs et près d’un million de personnes travaillent dans ce secteur. Cela permet à la population de consommer un lait bon marché tout en rémunérant correctement les producteurs. Les producteurs et fournisseurs de lait ne dépendent pas des cours mondiaux fluctuants et sont souverains pour fixer leurs prix au regard de leurs coûts de production.

Le Cameroun

En 2003, L’Europe exportait plus de 182 000 tonnes de poulets congelés vers l’Afrique. Exportations facilitées par la disparition des barrières douanières et les subsides européens à l’exportation. Le poulet européen coûtait alors moins cher que le poulet local.

En 2004, le Cameroun décide de limiter les importations de poulets congelés européens afin de soutenir la production nationale. Pour y parvenir, il diminue la taxation sur le poulet local et augmente la taxation des poulets importés. Il interdit par la suite totalement l’importation de poulets congelés en provenance d’Europe.

Dix ans plus tard, la production avicole nationale couvre 90% de la demande et 320.000 personnes travaillent dans la filière, contre 120.000 en 2004. Un choix courageux qui porte ses fruits.

Éloïse De Keyser
Chargée de Plaidoyer

 

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