SOS Faim
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Politiques agricoles au Mali: dynamiques et limites

Mali • • 18 mars 2019

Le dernier Bulletin de synthèse de l’association Inter-Réseaux  jette un Coup d’œil sur l’agriculture et les politiques agricoles au Mali.

Dans les années 1990, le Mali était considéré comme le bon élève de l’Afrique de l’Ouest en matière de développement, de décentralisation et de démocratisation. Il a dès lors bénéficié d’un soutien important de la communauté internationale. La crise sécuritaire de 2012, lorsque des mouvements jihadistes s’emparèrent de la moitié nord du pays, a mis en évidence les faiblesses de l’Etat et renforcé les doutes sur l’efficacité de l’aide au Sahel. Cette crise a fait plonger les investissements, mais on observe actuellement une relance. Durant la décennie 2010, la riziculture a notamment connu de très bons rendements.

Pour SOS Faim, le Mali est un pays important, puisque nous y soutenons l’agriculture familiale depuis 1987, en collaborant avec des organisations paysannes et des institutions de microfinance, afin d’améliorer les services qu’elles offrent aux petits producteurs. Deux filières agricoles sont principalement soutenues : les céréales, en particulier le riz, et le maraîchage.

La situation politique et sécuritaire reste tendue

Les tensions restent vives au Mali entre une zone Nord désertique et sous-peuplée de semi-nomades et le Sud sédentaire et relativement densément peuplé. Les disparités entre les régions ont amené à un processus de décentralisation ambitieux dans les années 1990, mais les collectivités locales manquent de ressources pour assumer leurs prérogatives.

Malgré la présence de la Mission des Nations unies pour la Stabilisation du Mali, la situation politique reste instable. Les attaques jihadistes sont encore fréquentes. Les trafics d’armes, de drogue et d’êtres humains se sont développés et un niveau de corruption élevé touche à la fois les élites et la vie quotidienne.

Avec une pression démographique forte

Le taux de croissance annuel de la population de 3.6% est le plus élevé du monde (avec le Niger). L’absorption des jeunes sur le marché du travail et la croissance de la ville de Bamako sont problématiques. La moitié des Maliens vit sous le seuil de pauvreté. Celle-ci se concentre en milieu rural.

Un pays dépendant de la pluviométrie et de l’aide

Le Mali connaît de bonnes performances macroéconomiques (une croissance annuelle de l’ordre de 6%) liées surtout aux exportations d’or et de coton. Mais le pays reste dépendant de la pluie en raison d’une concentration de la population active (80%) dans l’agriculture et l’élevage qui représentent 40% du PIB. L’aide internationale représente près de 15% du PIB et finance la majorité des investissements publics.

L’agriculture malienne en bref

Le pays est très sensible au changement climatique (baisse de 20% de la pluviométrie en 40 ans) et a connu une succession d’épisodes de sécheresse depuis 1973.

Derrière le Nigéria, le Mali est l’un des principaux producteurs de céréales de l’Afrique de l’Ouest : en particulier le riz, le maïs, le mil et le sorgho. La production céréalière augmente constamment depuis 2007 et plus rapidement que la population. L’agriculture et l’élevage occupent 8 actifs sur 10 avec une domination des exploitations agricoles familiales et de l’élevage pastoral.  Le secteur est relativement bien structuré et regroupé dans une plate-forme commune, la CNOP.

Le Mali a beaucoup investi dans son agriculture ! 12% des ressources publiques en moyenne entre 2004 et 2011. Mais la crise de 2012 a fait plonger les investissements, même si on observe une relance récente. Les priorités concernent clairement le coton et les céréales, en particulier le riz (25% des dépenses publiques agricoles), avec l’ambition de devenir le grenier de l’Afrique de l’Ouest. Les fonds publics ont été consacrés à l’irrigation (près de 50%) sur l’impulsion des bailleurs de fonds, avec une concentration sur le delta du Niger. Les subventions pour les intrants suivent, avec 20% des dépenses.

Face aux défis du foncier et du financement

Face à la croissance démographique et à l’urbanisation, une nouvelle loi foncière a été adoptée en 2017. Elle vise notamment à mieux prendre en compte les droits coutumiers et à apaiser les relations entre agriculteurs et éleveurs.  Par ailleurs, les agriculteurs ont très peu accès au crédit au Mali comme dans les pays voisins. Moins de 20% des exploitations auraient accès au crédit et ce déficit touche encore plus l’élevage.

Focus sur le coton

Le Mali est le premier producteur de coton d’Afrique de l’Ouest. Le secteur fait vivre 7% de la population, mais seuls 2% de la production sont transformés localement et la privatisation de la filière engagée en 2003 tarde à aboutir. L’appui de l’Etat à la filière se traduit par une politique de prix garantis à la production, la facilitation de l’accès au crédit et des subventions d’intrants.

Focus sur le riz

Durant la dernière décennie, on a observé un véritable boom du riz grâce à une augmentation des surfaces cultivées, mais également des rendements. Cette croissance a été favorisée par les investissements dans les aménagements de périmètres irrigués, mais également par le développement du riz pluvial (variété Nerica).

Focus sur l’élevage

Le Mali, ce sont 10 millions de bovins et 32 millions d’ovins et de caprins. Les produits d’élevage sont la troisième recette d’exportation. Mais la question de la valeur ajoutée reste posée : les animaux sont exportés vivants et la collecte et le traitement du lait sont déficients, avec une flambée des importations de poudre de lait ( +7% par an depuis 2000 !). L’élevage semble aussi être le parent pauvre des politiques publiques : il contribue entre 25 et 33% au PIB agricole tout en ne bénéficiant que de 8% des dépenses publiques.

Une véritable stratégie de sécurité alimentaire ?

Le Mali a connu des crises alimentaires récurrentes depuis plusieurs décennies. Il s’est dès lors doté de plusieurs structures et instruments pour mitiger les effets de ces situations : un Commissariat à la Sécurité Alimentaire et une Stratégie Nationale de Sécurité Alimentaire, avec la mise en place de stocks d’intervention et de sécurité pour réguler le marché en cas de tensions. Un réseau de banques de céréales communales a aussi été mis en place depuis 2005, non sans connaître des difficultés de gestion.

Et une politique de protection sociale en complément ?

Le Mali a lancé une politique de protection sociale dès 2002. Il prend différentes formes comme un programme de financement de transferts inconditionnels à 57.000 ménages (10% de la population) et un programme d’alimentation scolaire touchant 350.000 enfants. Mais cette approche est coûteuse et dépend essentiellement de ressources extérieures. En outre, ces politiques sociales ne s’approvisionnent pas suffisamment auprès des exploitations agricoles et ne soutiennent donc pas l’agriculture familiale de manière satisfaisante.

Besoin de davantage de financements

En matière de politique agricole et de sécurité alimentaire, le Mali s’est clairement positionné comme un pays précurseur depuis les années 2000. Avec des investissements conséquents pour l’agriculture (dans une moindre mesure pour l’élevage) et une politique complémentaire de sécurité alimentaire et de mise en place de filets sociaux pour les plus fragilisés. Mais les  financements de ces politiques restent difficiles, en raison de la forte dépendance aux  bailleurs de fonds.

Pour en savoir plus : 

Coup  d’oeil sur les politiques agricoles et l’agriculture au Mali