SOS Faim
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Quelle politique belge de coopération au développement pour lutter contre la faim dans le monde ?

Plaidoyer politique • 18 mars 2019

– Défis Sud –

Dans le contexte international où la faim augmente, il apparaît indispensable pour SOS Faim que le gouvernement belge respecte ses engagements et mette en place une stratégie de coopération au développement qui lutte de manière efficace et durable contre la faim. C’est pourquoi à l’approche des élections législatives et européennes, SOS Faim et d’autres ONG travaillant sur l’agriculture et la sécurité alimentaire ont décidé d’interpeller les acteurs politiques belges.

SOS Faim se mobilise pour les élections législatives et européennes.

Ces ONG qui font partie de la Coalition contre la faim ont une connaissance de terrain dans les pays partenaires de la coopération belge et sont convaincues qu’il est possible d’éradiquer la faim dans le monde avec des politiques adéquates. Pour agir effectivement contre la faim, il faudrait notamment que la Belgique consacre au minimum 15 % de son APD au soutien à l’agriculture et la sécurité alimentaire, qu’elle soutienne en priorité l’établissement de systèmes alimentaires durables, qu’elle définisse un cadre précis et contraignant pour les partenaires privés de la coopération au développement et qu’elle assure des choix politiques cohérents avec les objectifs de développement durable.

Quand le gouvernement s’engageait à lutter contre la faim 

L’objectif de développement durable 2 (ODD2) vise à éliminer la faim.

En 2017 dans sa note stratégique «Agriculture et Sécurité alimentaire» pour la coopération au développement, le gouvernement belge rappelle sa volonté d’atteindre l’ODD 2, soit éliminer la faim, assurer la sécurité alimentaire, améliorer la nutrition et promouvoir l’agriculture durable d’ici 2030.

Le gouvernement mentionne qu’un « engagement stratégique en faveur de l’agriculture et la sécurité alimentaire fait […] office de catalyseur pour la réalisation de différents ODD ». Pour parvenir à cet objectif, la Belgique assure qu’elle consacrera bien 15% de son aide publique au développement (APD) à l’agriculture et à la sécurité alimentaire, conformément à un engagement pris par Charles Michel alors qu’il était Ministre de la Coopération au développement.

Une réalité un peu différente

Malgré ces engagements ambitieux, tant au niveau national qu’international pour atteindre l’ensemble des ODD d’ici 2030, on constate que la faim dans le monde augmente ces dernières années. Alors qu’en 2015 on estimait à 784 millions le nombre de personnes souffrant de la faim, ce chiffre est passé à 821 millions en 2017.

En dépit de cette tendance alarmante, les ONG belges constatent que l’engagement du gouvernement d’allouer 15 % du budget total de la coopération à l’agriculture et la sécurité alimentaire n’est pas respecté. En 2016, seul 11,69% du total de l’APD était dédié à l’agriculture et la sécurité alimentaire et cette baisse se confirme en 2017. Et cela alors que le budget global de la coopération belge a été réduit.

Soutenir d’autres systèmes alimentaires pour lutter plus efficacement contre la faim

Bien que de plus en plus d’acteurs internationaux se positionnent en faveur de l’agroécologie, le soutien de la Belgique à l’agroécologie dans ses programmes de développement reste faible. Or, justement, pour éradiquer la faim dans le monde de manière durable, les ONG sont persuadées qu’il faut miser sur système alimentaire alternatif au système actuellement dominant. Un système alimentaire qui serait basé sur des modes de production durables tels que l’agroécologie, des circuits de transformation et de commercialisation locaux. Développer des systèmes alimentaires durables contribuerait également à la lutte contre le réchauffement climatique et les inégalités sociales, tout en promouvant l’égalité de genre.

Prévoir un cadre clair et contraignant pour le partenariat avec le secteur privé

La stratégie de coopération au développement de la Belgique s’appuie de plus en plus sur le soutien au secteur privé et le partenariat avec des acteurs privés dans le cadre des projets de développement. Mais pour participer effectivement aux objectifs de développement, les acteurs privés devraient démontrer dans quelle mesure ils permettent d’atteindre ces objectifs. C’est pourquoi les ONG demandent la mise en place d’un mécanisme de suivi et de contrôle de acteurs privés permettant d’évaluer leur impact positif ou négatifs sur les objectifs de développement. Un mécanisme de plainte indépendant sanctionnant les acteurs privés qui ne respectent pas les objectifs de développement durable ou les droits fondamentaux doit également être mis en place par le gouvernement fédéral.

Assurer des politiques cohérentes pour un développement plus efficace et durable 

Le gouvernement belge ne pourra pas atteindre ses objectifs de développement s’il n’assure pas la cohérence avec les décisions politiques prises dans d’autres domaines. La loi de coopération au développement prévoit que les projets législatifs soient soumis à des analyses d’impact pour s’assurer qu’ils ne freinent pas les objectifs de développement. Pourtant, les ONG constatent que ces analyses d’impact n’ont pas lieu. Elles souhaitent que le futur gouvernement s’engage à plus de cohérence en ayant recours à ces analyses d’impact et en adoptant des politiques cohérentes avec les objectifs de développement au niveau belge et européen.

Ce sont ces différentes positions et recommandations que les ONG de la Coalition contre Faim ont présentées aux parlementaires de la commission des Relations extérieures de la Chambre, au Cabinet du Ministre de la Coopération au développement ainsi qu’aux différents partis politiques belges. Elles espèrent que ces recommandations seront reprises dans la stratégie de coopération au développement du futur gouvernement afin que la Belgique participe efficacement et durablement au recul de la faim dans le monde.

Pour plus d’informations sur le plaidoyer de SOS Faim : eloise.dekeyser@sosfaim.ong