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Agriculture familiale : une Décennie pour améliorer la vie

Agriculture familiale • 30 avril 2019

– Défis Sud –

Les agricultures familiales ont le vent en poupe

En mars 2019, SOS Faim a participé à Bilbao au Pays basque à la VIème Conférence mondiale sur l’Agriculture familiale, intitulée « Une Décennie pour améliorer la vie des agricultrices et agriculteurs familiaux ». L’événement qui a réuni des représentants d’organisations paysannes et de la société civile, des gouvernements, des organisations internationales, des centres de recherche et des coopératives des cinq continents, a servi à préparer le lancement de la Décennie de l’agriculture familiale qui aura lieu à Rome du 27 au 29 mai 2019

Des représenants des paysans à la tribune, lors des conclusions de la VIème Conférence mondiale sur l’Agriculture familiale. (c) WRF.

Il y a cinq ans, 2014 a consacré l’agriculture familiale, avec une année internationale portée par les Nations unies. Ce fut une réussite, mais certains ont estimé qu’une année n’était pas suffisante pour consolider des modèles de production plus respectueux des personnes et de l’environnement.

En décembre 2017, l’Assemblée générale des Nations unies a donc consacré le principe d’une décennie entière centrée sur l’agriculture familiale. Avec un plan d’action global qui sera portée par deux agences : la FAO et le FIDA. Cette déclaration a été possible grâce au soutien important de nombreux pays membres de l’ONU, notamment le Costa Rica, la France, l’Espagne, etc. Mais aussi grâce à l’important et inlassable travail de plaidoyer réalisé par le Forum rural mondial (FRM) : une organisation basée au Pays basque espagnol, qui regroupe 45 organisations, dont SOS Faim et de nombreuses organisations paysannes issues des différents continents.

Cette résolution se justifie amplement : les agricultures familiales pèsent quantitativement au niveau mondial. Selon le Baromètre des Agricultures familiales, reprenant les données scientifiques les plus abouties jusqu’à présent, dans 105 pays du monde les fermes familiales représentent 98% des fermes existantes. Elles y produisent la majorité des aliments. Selon Mario Arvelo, président du Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA), l’on peut également affirmer que les exploitations agricoles familiales créent 40% des emplois. Un sacré paradoxe !

Un agenda international marqué par deux chantiers

Les Objectifs de développement (ODD) à l’horizon 2030 font clairement référence à l’agriculture, ce qui n’était pas le cas des Objectifs du millénaire (ODM). La lutte contre le changement climatique, avec la Déclaration de Paris, marque également l’agenda. L’agriculture familiale est au cœur de ces deux démarches, puisque le changement climatique touche particulièrement les agricultures familiales et qu’elles sont des actrices centrales dans la lutte contre le changement climatique.

Les Nations unies vont lancer formellement la décennie à la fin du mois de mai à Rome, en présentant un plan d’action qui a été discuté lors de la conférence organisée par le FRM.

Selon les représentants de la FAO et du FIDA, présents à la conférence, les questions transversales du rôle des femmes (plus de 50% de la force de travail) et de l’avenir des jeunes (plus de 80% des Africains ont moins de 30 ans) sont fondamentales. Il faut absolument donner plus de responsabilités aux jeunes et assurer la relève générationnelle au niveau des exploitations agricoles familiales et de leurs organisations représentatives.

Ils insistent également sur le rôle croissant nécessaire du secteur privé : expertise, technologie, financement. Cet aspect ne fait clairement pas consensus chez les organisations de producteurs (OP). Le secteur privé multinational tentaculaire fait peur. On ne croit pas à ses « bonnes » intentions . Les OP oscillent entre diabolisation et grande méfiance. Elles se rejoignent sur un point : un changement de paradigme est nécessaire. Ici, on parle certainement de modèle de production agricole, mais aussi de valeurs humanistes et culturelles plus larges.

La question de la place du secteur privé dans les agricultures familiales va sans nul doute être présente tout au long de la décennie.

Le point de vue de deux organisations continentales

Pour le représentant de la Commission européenne à la conférence, la priorité est également de renforcer la collaboration avec le secteur privé, en ce compris les exploitations agricoles familiales. L’un des principaux enjeux est de répondre au sous-emploi des jeunes. Comment créer des emplois ? L’UE mise sur des chaînes de valeur prometteuses. Elle donne l’exemple de la noix de cajou produite en Afrique, exportée sans valeur ajoutée vers l’Inde ou le Vietnam et réimportée transformée vers plusieurs pays africains. Elle croit également au développement des marchés locaux et régionaux. Les marchés africains sont peu intégrés (15 à 20%). Or, c’est une condition de développement économique, comme on l’a vu pour le marché commun européen.

Du côté de la commissaire à l’agriculture de l’Union africaine (UA), l’ambition est de réduire la facture des importations d’aliments en Afrique qui pèse annuellement 35 milliards de dollars. Créer de la valeur ajoutée à la production alimentaire africaine créera des emplois mais cela implique clairement un changement de modèle : « une production diversifiée et saine, pas le modèle Mac Do ! ». La représentante de l’UA à la conférence a également insisté sur la nécessaire application de la déclaration de Maputo, qui dès 2003, prévoyait que l’ensemble des Etats africains consacrent 10% de leur budget à l’agriculture. En 2018, seuls 20 pays sur 55 respectaient cette norme.

L’agriculture familiale rêvée

Les organisations représentatives des agricultures familiales demandent avant tout de la reconnaissance de leurs droits, de leur rôle et de leurs capacités.

Elles expriment le souhait d’en finir avec la dépendance vis-à-vis des intrants externes, de généraliser les pratiques agroécologiques, de garantir un accès équitable aux ressources : la terre, l’eau, les semences et les financements.

Elles veulent – et c’est un point commun entre les agricultures du Sud et du Nord –  des produits payés à leur juste valeur, la mise en place de politiques agricoles et commerciales cohérentes, avec des régimes de protection des produits agricoles face aux importations.

Elles préconisent la création de systèmes alimentaires territoriaux durables, avec un retour vers la dimension locale et les circuits courts. La création de perspectives réelles d’avenir au niveau des terroirs.

Il s’agit sans aucun doute d’un agenda ambitieux à l’aube de la décennie de l’agriculture familiale, sur fond d’un large consensus au niveau des discours. Il reste à espérer que les actes posés et les moyens consacrés confirmeront les intentions.

Plus d’infos : Eloïse De Keyser, eloise.dekeyser@sosfaim.ong ou Marc Mees, marc.mees@sosfaim.ong

 

(1) Publication de Inter-réseaux et de SOS Faim sur le secteur privé