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Agroécologie : une grille d'autodiagnostic pour amorcer le dialogue avec les partenaires

Burkina Faso • Agroécologie • 9 juillet 2019

En 2018, SOS Faim s’est lancé un défi : introduire un dialogue sur l’agroécologie avec ses partenaires. Pour ce faire, nous avons mis en place une grille d’analyse qui permet d’évaluer l’état d’avancement d’une zone ou d’une organisation.

L’idée était simple : suite à la décision de ne pas imposer à nos partenaires de mener des actions concrètes étiquetées « agroécologie », nous leur avons proposé un outil méthodologique pour diagnostiquer leur état d’avancement en matière d’agroécologie.

De quoi s’agit-il ?

Reprenant les différentes dimensions de l’agroécologie, nous avons fait une sélection des principes les plus importants à analyser :

Dans la dimension environnementale, 3 principes clés permettent de regrouper toutes les « bonnes pratiques », à savoir celles qui :

  • favorisent un sol fertile,
  • limitent l’usage des ressources et intrants non renouvelables,
  • encouragent une diversité des espèces et variétés au niveau alimentaire et paysager.

Dans la dimension socio-économique, 6 principes permettent d’aborder les questions des conditions de travail, de l’accès à une alimentation de qualité, de la capacité à générer des revenus (au niveau de l’exploitation et du territoire) avec une orientation pour les circuits courts créateurs de lien.

Enfin, sur le plan politico-organisationnel, la participation des acteurs pour formuler des politiques publiques qui favorisent l’agroécologie -en ce compris la recherche- est essentielle pour dépasser le stade de « niche » (1).

Dans chacun de ces principes, une discussion s’engage sur les pratiques en présence et leurs effets sur l’application ou non de ces principes.

Les participantes donnent une note sur une échelle de 1 à 4 selon l’intégration plus ou moins forte de chaque principe et le tour est joué

Trois ateliers d’auto-diagnostic au Sénégal, Pérou et Burkina Faso

Ce diagnostic a été testé en 2018 et 2019 avec trois organisations paysannes partenaires directes ou indirectes de SOS Faim au Pérou, au Sénégal et au Burkina Faso. Plusieurs conclusions intéressantes sont à souligner :

  • L’autodiagnostic est un instrument puissant de dialogue au sein d’une organisation paysanne.

La méthodologie très participative et l’analyse des réponses en fonction du genre permet de faire ressortir des visions parfois différentes entre les hommes et les femmes sur les priorités à mettre en avant au sein du groupement.

Ainsi au Burkina, les hommes ont davantage soulevé l’importance d’améliorer les circuits de commercialisation de leurs produits phares tandis que les femmes ont insisté sur leurs besoins pour plus d’autonomie décisionnelle et une meilleure répartition de la charge de travail au sein du ménage.

  • Il permet une approche globale des différentes dimensions de l’agroécologie.

L’agroécologie est souvent comprise et réduite à un ensemble de pratiques agricoles. Or, son potentiel d’avenir est conditionné aux éléments sociaux et économiques. Les questions de pénibilité et de rémunération du travail restent des facteurs clés pour espérer un passage à l’échelle.

Enfin, le fait d’aborder les aspects plus politiques de l’agroécologie permet aux organisations d’identifier des pistes d’action concrètes en matière d’information et de plaidoyer.

Les trois ateliers soulèvent l’importance des questions de biodiversité et la nécessité de trouver des solutions concertées pour lutter contre les pertes observées.

Perspectives d’utilisation de la grille

Sur le plan méthodologique, la grille est une base solide mais demande une bonne appropriation par les facilitateurs et une adaptation au contexte.  Ainsi, on mettra davantage l’accent sur le foncier en Bolivie et sur l’eau et les forêts (accès au bois) en zone sahélienne.

Enfin, le diagnostic n’a de sens que s’il est suivi et repris pour alimenter une réflexion et une planification stratégique au sein de l’organisation. C’est en tout cas un bon point de départ pour amorcer une transition agroécologique. L’idéal serait d’associer à la réflexion d’autres acteurs d’un même milieu comme les communes, les universités ou les services techniques de l’état afin de créer une vision commune dans le cadre d’un développement territorial orienté vers une transition agroécologique. Bref, beaucoup de perspectives pour cet outil  et c’est tant mieux…

Dominique Morel, Responsable des partenariats au Sénégal chez SOS Faim et personne ressource sur l’agroécologie.

(1) La niche est le niveau de l’expérimentation terrain où se crée l’innovation. Selon la théorie de la transition (Pierre Stassart 2011), la transition n’est possible que quand il y a une convergence entre les niveaux : paysage (contexte global), régime (système sociotechnique majoritaire) et niche.

En savoir plus

Cet article est tiré du Supporterres n°8 de Juin 2019 : « Agroécologie, système D(urable) ». Pour en savoir plus sur l’agroécologie, n’hésitez pas à consulter le numéro complet.