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60 ans de (dé)colonisation?

Burkina Faso • Mondialisation • 11 décembre 2020

Décoloniser les esprits.

Cette année, au cours de l’été, voilà soixante ans que 17 des 54 pays d’Afrique accédaient à l’indépendance, parmi lesquels le Sénégal, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et la République démocratique du Congo, pays de partenariat de SOS Faim. Au même moment, la Belgique était secouée par un mouvement de contestation à l’encontre des traces de l’héritage colonial, notamment dans l’espace public.

Voilà qui semblait être le point de départ d’un questionnement intéressant : si la colonisation a laissé des traces plus ou moins profondes dans différents pans de la société, qu’en est-il de l’agriculture ? Car la colonisation était en grande partie fondée sur l’exploitation des ressources naturelles des pays colonisés au profit des pays colonisateurs.

Le sujet est évidemment aussi complexe que la colonisation l’a été et appelle la nuance. Mais en regardant les systèmes alimentaires de ces pays, nous avons rapidement vu les marques laissées par cette période d’occupation, d’exploitation et de domination et  certains ressorts entretenus aujourd’hui encore.

Beaucoup de choses ont changé, bien sûr : les anciens pays colonisés sont désormais des Etats souverains ; les échanges commerciaux internationaux sont encadrés par des accords bi- ou multilatéraux ; certains pays ont mis en place des dispositions agricoles volontaristes, répondant aux principes de la souveraineté alimentaire : le Cameroun, par exemple, interdit l’importation de poulets congelés permettant ainsi à sa production nationale de couvrir 90% de la demande.

Et pourtant : c’est sous domination française que la Côte d’Ivoire développe sa production de cacao destinée à l’exportation et au point d’en devenir aujourd’hui le premier producteur mondial (alors même que la population n’en consomme pas) ; dans certaines filières, le déséquilibre des échanges se reproduit avec des pays du Sud qui produisent des matières premières simples pour une exportation à bas prix et l’Union européenne qui leur exporte des produits transformés à forte valeur ajoutée ; les dettes contractées lors de la période coloniale se sont creusées et, devenues aujourd’hui insoutenables, elles empêchent les pays du Sud d’avancer, notamment sur les questions agricoles.

Heureusement, des mouvements contraires existent, là-bas comme ici, pour décoloniser les esprits et notamment avec le développement de projets de réappropriation par les populations locales de cultures traditionnelles par exemple. On avance, lentement, mais on avance.

Au sommaire :

POUR ALLER PLUS LOIN

Lisez l’article « 60 ans d’indépendance et enfin une politique agricole pour le Congo? » : un entretien avec Baudouin Michel, enseignant à la faculté d’agronomie de Gembloux (Belgique) et à l’Ecole Régionale Postuniversitaire d’Aménagement et de Gestion Intégrés des Forêts et de Territoires tropicaux, basée à Kinshasa (RDC).

Découvrez le nouveau numéro de Défis Sud (à paraître en janvier) avec un dossier, « 60 ans après les indépendances », qui fait le point, avec quatre spécialistes, sur les évolutions des politiques agricoles en Afrique de l’Ouest et en République Démocratique du Congo.

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