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Accaparement de terres au Sénégal : où en est le projet Sénéthanol-Senhuile ?

Sénégal • Accès à la terre • 12 octobre 2017

Début 2011, l’entreprise Sénéthanol-Senhuile (société basée à Dakar créée par des investisseurs sénégalais et étrangers) entame un projet d’investissement agricole au Sénégal. Ce projet a fait l’objet de nombreuses controverses. Six ans après, Serigne SEGNANE du CNCR (Conseil National de Concertation et de Coopération des Ruraux) nous informe de l’avancée du projet. 

Le projet de départ consistait à exploiter 20 000 hectares de terres, en vue de produire de la patate douce pour la production d’agro-carburants dans la région de Fanaye, au Nord du pays.

Quand l’État déclasse une réserve naturelle 

Fin 2011, suite à de nombreuses tensions, les autorités décident de délocaliser le projet au Nord-Ouest dans la réserve naturelle de Ndiaël. En tant que réserve naturelle, Ndiaël est la propriété de l’État. Elle est aussi une zone protégée. Mais elle a été déclassée en invoquant un projet « d’utilité publique ». En parallèle, Sénethanol-Senhuile a réorienté son projet vers des cultures alimentaires.

Ce projet a été imposé aux populations locales sans aucune consultation.

« Si Senhuile s’implante ici, il n’y aura plus d’herbes et d’arbres pour ravitailler nos troupeaux. Notre source de vie, ce sont nos bêtes. »

Aminata Ka, éleveuse dans la zone.

10% des terres accaparées effectivement exploitées

En 2017, seuls 2 000 hectares de terres sur les 20 000 hectares sont exploités pour des productions de riz, maïs, arachide et patate, à destination du marché national.

Les impacts du projet sont moindres comparés aux promesses initiales :

  • 90 emplois créés (ouvriers agricoles) au lieu des 2500 promis.
  • 1 seule salle de classe créée
  • Aucune infrastructure routière
  • Pas d’électricité

Le projet est un échec, trop coûteux et mal géré, sans compter les dégâts environnementaux, agricoles et pour l’élevage :

  • Les paysans ont perdu des terres agricoles
  • Les zones de pâturage sont inaccessibles
  • Des milliers d’hectares sont déboisés
  • Des étendues d’eau sont ensevelies
  • Installation de barbelés dangereux pour les animaux
  • La zone est devenue semi-désertique

Le gouvernement a même rédigé un décret pour retirer 10 000 hectars au projet. Reste à savoir qui sera le bénéficiaire de ces 10 000 hectares.

SOS Faim continuera à suivre ce cas d’accaparement avec attention dans le cadre de son travail de plaidoyer avec son partenaire le CNCR.

 

Rédaction : Mina Bouazza, bénévole

 

Pour aller plus loin :

  • Retrouvez sur notre site www.sosfaim.be la vidéo et le document de plaidoyer

 

EN SAVOIR PLUS

Cet article est tiré du Supporterres n°1 d’Octobre 2017 : « Luttes paysannes ». Pour en savoir plus sur ces luttes, n’hésitez pas à consulter le numéro complet.

Luttes paysannes