Agriculture et mines, une cohabitation impossible?

Au pays des hommes intègres, le secteur minier, en plein boom, suscite le débat : participe-t-il à la création d’emplois ou à la destruction du tissu socio-économique local ?

Une possibilité d’indépendance financière mais de mauvaises conditions

Dans le nord du Burkina, les mines attirent de nombreux jeunes en quête d’emplois rémunérateurs qui existent peu dans le secteur agricole. En effet, traditionnellement, le chef de famille détient l’argent de l’exploitation et ne procède pas directement au paiement d’un salaire aux jeunes adultes de la famille –

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(E. Ouedraogo) : «Attirés par l’appât d’un salaire, de nombreux jeunes délaissent l’agriculture pour les mines. On a pourtant besoin de forces vives dans nos exploitations»

Mais les paies sont misérables et les conditions de travail dans les mines sont souvent difficiles. Les équipements manquent, les mines sont parfois en mauvais état.  Les exploitations minières grignotent de plus en plus des terres traditionnellement dévolues à l’orpaillage , l’élevage et l’agriculture. Les populations sont déplacées dans des zones moins propices à leurs activités et, bien que dédommagées, ne peuvent plus subvenir à leurs besoins. En outre, le travail minier met en danger la sécurité alimentaire du pays. Malgré un cahier des charges qui les oblige à tenir compte de l’environnement, les mines polluent terres et eaux et surexploitent cette dernière ressource, rare et vitale à l’activité agricole.

Des perspectives encourageantes

Dans le cas de la mine d’or d’Essakane, exploitée par IAMGOLD, les contreparties liées au déplacement de 13 communautés étaient au départ inacceptables pour les populations touchées : maisons de mauvaise qualité, terres arides, eau rare, aucune école dans le nouveau village, peu d’emplois à la mine. En 2012, soutenues par l’ONG FIAN, ces communautés sont entrées en dialogue avec la société IAMGOLD. Cette collaboration s’est traduite par des effets positifs concrets observés sur le terrain depuis 2013 (emploi local, maisons refaites, projet d’école, prise de position de l’tat), ce qui pourrait servir d’exemple au secteur tout entier. Une révision du Code minier est en cours, surveillée par les organisations de la société civile qui demandent que celle-ci prenne en compte les réalités socio-économiques et environnementales des régions et communautés concernées. Cette révision permet d’espérer d’autres avancées positives.

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Nejma Blieck, bénévole