SOS Faim
drapeau luxembourg Faire un don

Agroécologie, permaculture : deux termes, une seule réalité ?

Agroécologie • 15 juillet 2021

Parfois pensés comme des concepts interchangeables, la permaculture et l’agroécologie ne sont pourtant pas synonymes bien qu’elles partagent un socle commun de principes.

La permaculture : un projet de société

La permaculture relève d’une philosophie éthique des relations interhumaines et entre les humains et la nature. Elle entend créer un autre modèle de société basé sur le respect et le partage, en prenant en compte tous les aspects de la vie humaine : l’agriculture, l’alimentation, mais aussi l’éducation, l’habitat ou encore la culture. Elle se veut respectueuse de la biodiversité et de l’humain en imitant le fonctionnement des écosystèmes naturels. Elle promeut par exemple l’alliance entre les espèces végétales et animales, la réutilisation des déchets, la promotion des énergies renouvelables et du travail décent.

Aujourd’hui, lorsque l’on parle de permaculture au quotidien, il s’agit d’abord d’une forme de design du paysage à des fins personnelles ou de loisir. En Europe, la majorité d’entre nous ne dépend pas de sa production agricole personnelle pour subvenir à ses besoins ; ici, ce n’est pas une finalité productiviste qui caractérise la permaculture. Mais dans une société où les agricultures se baseraient sur les principes de la permaculture, on parlerait d’agroécologie pour qualifier les pratiques du champ à l’assiette.

Qu’est-ce que l’agroécologie ?

L’agroécologie est avant tout une science qui entend répondre aux défis croissants auxquels nos systèmes alimentaires font face : pollution des sols et de l’eau, perte de la valeur nutritive des aliments, épuisement des ressources ou encore émissions de gaz dans l’atmosphère. Ces problèmes sont en grande partie imputables au modèle agro-industriel qui domine depuis la seconde guerre mondiale, car il repose notamment sur une forte utilisation de pesticides et d’engrais chimiques, ainsi que sur la monoculture et la mécanisation qui épuisent les sols.

 

 

D’abord pensée comme un moyen pour les paysans les plus démunis de cultiver sans dépendre de l’industrie agrochimique, l’agroécologie est aujourd’hui une trajectoire pertinente pour l’ensemble des modèles agricoles, qu’ils soient situés ici ou ailleurs. En effet, la question de notre dépendance aux importations a réémergée avec la pandémie de Covid-19, qui a souligné l’urgence de relocaliser nos systèmes alimentaires.

Face à un modèle agro-industriel à bout de souffle, l’agroécologie se pose en alternative promettant l’optimisation des ressources, la création d’emplois, une productivité à l’hectare améliorée sur le long terme et l’adaptation face au changement climatique.

Comment fonctionne l’agroécologie

Elle s’inspire à la fois des savoirs ancestraux, locaux, et des avancées de la science moderne pour proposer une transition des modèles agricoles selon les principes de l’écologie. Elle repose sur la diversité et la complémentarité des cultures, l’optimisation des échanges existants naturellement entre les différentes espèces végétales et animales, ainsi que la promotion d’exploitations agricoles de taille familiale. Ces principes permettent aux agriculteurs de diversifier leurs récoltes et de leur assurer des revenus décents, tout en préservant l’environnement.

En Amérique centrale, la « milpa » est un système de polyculture millénaire qui illustre parfaitement les principes – et les réussites ! – de l’agroécologie. En son sein, le maïs, le haricot et la courge se cultivent en synergie : le premier sert de tuteur au second, qui a son tour lui fournit l’azote dont le maïs a besoin. Les courges couvrant le sol conservent l’humidité des sols et protègent des insectes. Quant aux mauvaises herbes, elles servent de fourrage aux animaux, dont les excréments agissent comme un engrais naturel. Pour les paysans, ce fonctionnement en écosystème réduit leur dépendance aux intrants tout en valorisant leurs savoir-faire traditionnels.

Quatre principes définissent l’agroécologie :

  1. La préservation des ressources naturelles et de la biodiversité
  2. La limitation des externalités négatives (dommages collatéraux sur l’environnement, qu’il soit humain, naturel ou économique)
  3. La génération de revenus sûrs et locaux
  4. La valorisation de l’humain et des dynamiques sociales

Ainsi, elle s’étend des pratiques agricoles jusqu’aux processus en amont et en aval de la production, tels que la transformation à la consommation, mais sans dépasser les frontières des systèmes alimentaires.

L’agroécologie propose aussi un autre modèle de société

L’agroécologie aussi s’est développée en tant que mouvement social, mais reste toutefois circonspecte aux milieux ruraux. Elle agit comme catalyseur des luttes paysannes face à l’économie de marché mondialisée, comme en Amérique Latine où les producteurs réclament une réforme agraire, ou encore en Afrique de l’Ouest où ils dénoncent la concurrence déloyale des multinationales.

Deux concepts aux contours flous mais qui se recoupent

Bien que les définitions de l’agroécologie et de la permaculture ont variées dans le temps et ne font pas l’objet d’un véritable consensus, les techniques agricoles qu’elles défendent sont semblables. Mais aujourd’hui dans le monde paysan, on parle avant tout d’agroécologie car c’est une véritable science qui permet aux agriculteurs de vivre décemment et indépendamment de l’industrie chimique tout en proposant une nourriture de qualité. Chez SOS Faim, c’est pour cela que la transition agroécologique tient une place importante que ce soit au niveau des projets soutenus dans ses pays d’intervention ou du plaidoyer effectué en Europe auprès des institutions.

Pour aller plus loin

Article écrit par Naïs El Yousfi 

Défis Sud

Faire un don