AOPEB

L’agriculture biologique : lutter contre la pauvreté tout en respectant l’environnement

L’agriculture biologique, présente en Bolivie depuis une vingtaine d’année, a deux principaux avantages : elle permet à la fois d’améliorer les conditions de vie des producteurs – mieux rétribués pour leurs produits – et d’assurer le renouvellement de la fertilité des sols et des ressources naturelles.

L’AOPEB (Association des Organisations de Producteurs Ecologiques de Bolivie) a été créée en 1991 afin de promouvoir le développement humain durable et de consolider la production et la consommation de produits écologiques.

L’AOPEB et SOS Faim

SOS Faim et l’AOPEB sont partenaires depuis 2003. Au départ ce partenariat portait essentiellement sur la mise en place d’un réseau de distribution de produits écologiques.

L’appui de SOS Faim concerne principalement deux volets du travail d’AOPEB :

  • le laidoyer en faveur d’un cadre légal favorable à la production agricole écologique et à la consommation responsable. Il vise surtout à rendre effective la loi de la production écologique de 2006, qui n’est toujours pas d’application. Ce plaidoyer est principalement effectué au niveau national, mais également dans 3 régions afin d’y implémenter des Comités Ecologiques Municipaux ;
  • l’accompagnement de producteurs de café vers une transition agroécologique.

Cette activité a lieu en province de Caranavi, (nord du département de La Paz) qui concentre 90% de la production de café en Bolivie, où AOPEB a établi une filiale régionale pour y appuyer des coopératives de producteurs de café biologique.

L’appui de SOS Faim à AOPEB Caranavi consiste en un programme d’accompagnement de producteurs vers le renouvellement de plants de café de manière agroécologique, combinant des formations sur des champs-école, des visites d’échange et de l’assistance technique in-situ. AOPEB a également développé une école de formation à la culture agroécologique du café, destinée en particulier aux jeunes producteurs et incluant des modules sur l’économie solidaire et la gestion de coopérative.

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Des résultats encourageants

AOPEB a acquis au fil des années une légitimité importante et se positionne comme interlocuteur de l’état sur les questions agricoles. Elle est actuellement l’un des mouvements paysan national les plus   consolidés et un acteur de référence pour agir en faveur de la mise en place des lois favorables à l’agriculture familiale durable. En particulier, ses capacités d’influence ont réussi à redynamiser le CNAPE (Comité National de Production Ecologique), unité mixte publique-privée dépendant du gouvernement pour élaborer des propositions en faveur de l’agriculture durable. Elle a également défendu la position des petits agriculteurs lors du sommet agricole de 2015, en particulier sur le sujet des transgéniques.

Au niveau du programme de renouvellement des plants de café en système d’agro-foresterie, durant les 3 dernières années 2014-2016, un total de 61 producteurs, provenant de 11 coopératives différentes, ont bénéficié de l’assistance technique d’AOPEB. Malheureusement la Bolivie a connu une importante attaque de rouille (maladie du café) en 2014-2015, qui a affecté de nombreuses parcelles. Au final 49 ont été implémentées, et 38 sont entrées en production.

Parmi les producteurs bénéficiaires, 28 jeunes ont terminé l’école de formation à la culture agroécologique du café. SOS Faim, grâce à un partenariat noué avec Exki, Coffee Team et Cafés Liégeois, a également encouragé les jeunes producteurs participant à cette école dans leurs initiatives productives liées à la production du café ou complémentaires, par la mise en place d’un concours. 18 d’entre eux ont été récompensés, les 3 premiers par des primes permettant l’implémentation d’une activité économique complémentaire  (apiculture, production de Sacha Inchi – plante de l’Amazonie aux vertus nutritionnelles, culture et commercialisation de plants utilisés en agroforesterie) ;  les autres par des primes incitatives à l’amélioration leur système d’agroforesterie (outils, jeunes arbres, intrants organiques, etc.).

Quelles perspectives ?

Au niveau politique, malgré les lois en faveur de la Madre Tierra (Terre-Mère) on constate une certaine dichotomie entre les discours  officiels et le manque d’effectivité de ces lois dont beaucoup restent à l’état de lettre morte. Dans ce contexte, il est important de poursuivre le travail de plaidoyer et de défense de l’agriculture familiale durable, en particulier face au poids du secteur de l’agro-business de l’est du pays. Ce plaidoyer est mené au niveau national, mais également au niveau local par la mise en place de « communes écologiques ».

Le programme d’implémentation de systèmes d’agroforesterie dans la zone de Caranavi se poursuit également auprès de 100 nouveaux producteurs d’ici à 2021, tout en  continuant l’assistance technique auprès des producteurs précédemment accompagnés. L’école de formation à la culture agroécologique du café accueille 30 nouveaux producteurs, dans l’objectif également de diffuser leur apprentissage au sein de leur coopérative. Un concours d’initiatives économiques, destiné à ces producteurs, sera réalisé tous les 2 ans grâce au partenariat avec Exki, Cafés Liégeois et Coffee Team.

Le passage à l’agroécologie est un processus lent nécessitant une phase de transition, en particulier pour le café dont les plants commencent à produire au bout de 3 ans. SOS Faim cherchera avec AOPEB à dégager des enseignements sur la mise en place du système d’agroforesterie afin de diffuser les apprentissages, dans la perspective de mettre à l’échelle et alimenter le plaidoyer en faveur de l’agroécologie.