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L'agroécologie après la pandémie ?

Agroécologie • 17 décembre 2020

Influencer le décisions du  prochain Sommet sur les systèmes alimentaires par l’expertise de l’IAASTD +10.

Fin 2020, après plusieurs mois marqués par la pandémie du coronavirus, il est utile de rappeler la publication en 2019 d’un livre important intitulé Transformation de nos systèmes alimentaires, la réalisation d’un changement de paradigme.

Ce livre a été édité par l’entomologiste suisse Hans Herren, l’écologiste allemand Benedikt Haerlin et un groupe d’experts principalement composé d’anciens auteurs et rédacteurs de l’Évaluation internationale des connaissances, des sciences et des technologies agricoles pour le développement, parue en 2008 sous l’abréviation anglaise IAASTD. Ce groupe consultatif IAASTD+10 a donc fait le point.

En 2008, l’IAASTD reposait sur les travaux de plus de 400 scientifiques qui avaient étudié la situation de l’agriculture à l’échelle mondiale. L’IAASTD était motivé par des objectifs de réduction de la faim et de la pauvreté, d’amélioration de la santé humaine et des moyens de subsistance en milieu rural et de promotion d’un développement équitable. Les États-Unis, le Canada et l’Australie n’ont pas approuvé le rapport de l’IAASTD.

L’état des lieux réalisé dix ans plus tard ans dans le livre Transformation de nos systèmes alimentaires, la réalisation d’un changement de paradigme a pour objectif d’orienter les choix politiques du Sommet des Nations unies sur les systèmes alimentaires qui doit se tenir en 2021.

Comme en 2008, les auteurs suggèrent que l’agroécologie est une voie fondamentale pour concevoir les systèmes de production alimentaire.

Réaliser des changements structurels

Au départ, le rapport avertissait déjà que le système alimentaire dominant pouvait être sérieusement mis à mal par une pandémie mondiale. Aujourd’hui, le livre rappelle qu’il est essentiel que le monde s’engage résolument sur la voie d’un meilleur avenir alimentaire, en s’appuyant sur des objectifs scientifiques.

« Notre système alimentaire actuel compromet notre capacité à produire des aliments à l’avenir », déclare Hans Herren. «Les dirigeants mondiaux doivent considérer la transformation de nos systèmes alimentaires comme le moyen le plus puissant de conduire le changement, d’éliminer la sous-nutrition et la surnutrition ainsi que les inégalités sociales, et de renforcer la résilience climatique en respectant les frontières planétaires».

On estime que déjà quelque 30 % des exploitations agricoles dans le monde ont commencé à repenser leur mode de culture en fonction de principes agroécologiques. Cependant, la recherche et la formation dans ce domaine ont ralenti au cours des dix dernières années. « Il est urgent d’accroître considérablement la recherche et le financement pour soutenir une nouvelle expansion », estime Hans Herren.

«Un changement institutionnel global est nécessaire pour soutenir une recherche indépendante et crédible sur les systèmes agricoles et alimentaires qui permette de donner des conseils clairs aux consommateurs et des avis judicieux aux agriculteurs et aux communautés agricoles dans leur transition vers de nouvelles pratiques».

Financer la recherche en agroécologie

Le livre met l’accent sur la recherche, le renforcement des capacités et le partage des connaissances. Il prône une réorientation complète des subventions à l’agriculture conventionnelle au profit de l’innovation agroécologique.

Selon les auteurs, l’agroécologie est à la fois philosophie et pratique. Elle peut nourrir le monde, lutter contre le changement climatique et contribuer à résoudre la crise mondiale de la sécurité alimentaire. L’agroécologie tend à ne prendre à la nature que ce dont nous avons besoin. Elle est fondée sur la science, les technologies et les compétences de multiples disciplines. Elle contribue à améliorer la santé des populations grâce à des régimes alimentaires plus sains, à renforcer l’autonomie des agricultrices et à améliorer les moyens de subsistance des populations rurales.

Le passage à l’agroécologie aurait un coût, mais celui-ci permettrait de créer davantage d’emplois ruraux mieux rémunérés. Une réévaluation des coûts doit permettre aux jeunes de continuer à exploiter les terres que leurs familles cultivent depuis des générations.

La logique actuelle orientée vers une alimentation bon marché et pauvre en nutriments «est une fausse économie», explique l’écologiste allemand Benedikt Haerlin.

«Le faible coût de production est obtenu au détriment des personnes et de l’environnement. Les aliments plus sains doivent devenir plus accessibles et plus abordables».

Atteindre les Objectifs, réaliser les Accords

« Changer le système alimentaire et agricole est devenu le levier le plus important pour faire face au changement climatique et à la perte de biodiversité et atteindre les objectifs des SDG et de l’Accord de Paris ainsi que de la Convention sur la biodiversité», rappelle Benedikt Haerlin

Progressivement, les consommateurs changent d’attitude. Leur prise de conscience est accentuée par l’épidémie de Covid-19. Environ 55 % des Américains seraient prêts à manger davantage d’aliments d’origine végétale. En 2020, les ventes dans les magasins d’alimentation biologique ont augmenté en France et en Belgique. Au Royaume-Uni, des associations font état d’une croissance de 50 % du marché biologique au cours des dix dernières années…

Rédaction : Pierre Coopman

Cet article est réalisé par :

Défis Sud

Pour se procurer le livre : https://www.biovision.ch/en/nc/news/shop/

A relire : l’interview de Hans Herren dans l’édition de Défis Sud (n°126) consacrée, en 2015, au réchauffement climatique. L’expert  affirmait : « Puisque l’agriculture est responsable de près de la moitié des émissions de gaz à effets de serre, pourquoi ne pas l’utiliser comme solution au problème ? »

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