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"Au nom de la terre", un film qui résonne

Belgique • • 27 octobre 2019

Henri Lecloux est agriculteur à la retraite, membre du Mouvement d’Action Paysanne et de la FUGEA, qui défend une agriculture durable.

Il est allé voir le film « Au nom de la terre » d’Edouard Bergeon. Voici le texte qu’il a écrit à la sortie du film, pour nous dire comment ce film résonne aujourd’hui.

« Et que dire…

Que dire quand on sort du cinéma après avoir vu le film « AU NOM DE LA TERRE » ?

Un film très émouvant sur les réalités paysannes en France où l’on se reconnait.

Si beaucoup d’agriculteurs-paysans n’en sont pas arrivés à passer à l’acte, beaucoup ont vécu cet abandon de l’autorité. Nous nous sentons des citoyens de seconde zone, pas dignes de vivre décemment, contraints d’être sans cesse contrôlés car l’ordinateur : il sort des dates !…

Or un agriculteur-paysan c’est celui qui permet de mettre sur la table la nourriture dont chacun bénéficie au quotidien.

Le film met en avant de beaux paysages, une vie de famille riche, des liens affectueux qui font envie et qui existent. Merci au réalisateur de nous montrer ces réalités qui nous ont fait vivre nous aussi…

Il montre aussi un conflit de génération où le père a réussi à coups de travail et de détermination mais où le fils n’arrive pas à le suivre. Les temps ont changé. Les années d’après la guerre 40/45 et la PAC de ses débuts ont permis aux producteurs d’avoir un revenu (certes modeste pour la plupart) et un travail moins pénible, grâce au progrès technique et à la mécanisation.

La PAC a changé et les produits agricoles sont devenus des marchandises, ou plutôt des minerais, pour les multinationales qui ont mis des règles en leur faveur.

Le système de ces dernières années exige d’être performant, d’être compétitif sur le marché mondial. Cependant, malgré les aides (qui sont inégalement réparties puisque 20% des paysans touchent 80% de celles-ci), les agriculteurs pour gagner plus ou simplement pour assurer leur survie sont poussés à s’engager dans le cycle de l’agrandissement-endettement. Quand survient un imprévu, (ici dans le film un incendie) cela fait basculer l’édifice financier déjà précaire et le moral de l’agriculteur. C’est le cercle de la descente « aux enfers ».

Cette dure réalité nous permet de comprendre les multiples dépendances que subissent le monde paysan.

Cependant d’autres politiques sont possibles !

La fonction première de l’agriculture est de nourrir les populations et pas d’exporter dans les pays extra-européens. Dans cette compétition, nous sommes perdants ! Nous, européens, avons des standards de vie et de production différents. Ces protections sociales, de salaire, d’accident, de fin de vie, de santé, nous sont enviées.

Changeons de PAC !

Engageons-nous vers des modèles agricoles qui refusent les multiples dépendances.

Prenons la voie de construire de multiples petites et moyennes fermes, qui mettent en avant des pratiques vertueuses, qui s’inspirent de l’agroécologie et qui prônent la souveraineté alimentaire ici et partout.

La voie est l’agriculture paysanne. Elle répond aux enjeux climatiques, de biodiversité et d’emplois. Elle permettrait de fournir une alimentation de qualité tant attendue par nos citoyens. Elle permettrait un revenu digne pour nos paysans et une reconnaissance tant attendue par tous.

Octobre 2019 : Henri Lecloux. »