Campagne poulets congelés : 10 ans après

2004 : la campagne SOS Faim « Mon poulet, ma poule » dénonce la concurrence déloyale des poulets congelés européens sur le marché camerounais. En parallèle, une mobilisation inédite des acteurs de la filière et de la société civile camerounaise se met en place sous l’impulsion de l’ACDIC (Association citoyenne pour la défense des intérêts collectifs). Un cocktail gagnant qui porte encore ses fruits 10 ans plus tard.

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Un poulet européen moins cher et impropre à la consommation

Les importations massives étaient rendues très compétitives grâce aux accords régionaux avec l’Union européenne qui imposaient la disparition des barrières douanières sur certains produits. Par ailleurs, les produits européens bénéficiaient également de subsides aux exportations ce qui les rendaient encore plus compétitifs.

L’abandon des droits de douane et les subsides aux exportations ont mené à ce paradoxe : le poulet congelé venu d’Europe coûtait moins cher que le poulet local. À l’époque, le poulet européen était vendu à 1,40€ le kilo (900 FCFA) contre 2,90€ (1900FCFA) le kg pour le poulet local. L’ACDIC commandite également une étude sanitaire qui révèle que le poulet européen est impropre à la consommation étant donné ses conditions de conservation et les défaillances de la chaîne du froid.

Le Cameroun dit STOP aux poulets congelés européens

La mobilisation nationale couplée aux pressions de nombreuses ONG ont donc eu raison des importations européennes de poulets congelés au Cameroun. Deux mois plus tard, le Ministère du Commerce interdit les importations de poulets congelés européens. L’interdiction d’importer du poulet européen est maintenue depuis 2006, en dehors de quelques autorisations ponctuelles et sur des tonnages limités.

Une filière avicole camerounaise très prospère

La filière est bien soutenue en interne puisqu’elle bénéficie de 4 milliards de FCFA d’aides publiques. En 2014, la production avicole nationale couvre 90% de la demande nationale. Aujourd’hui, 320.000 personnes travaillent directement ou non pour la filière, contre 120.000 seulement en 2004.

Le plein exercice du principe de souveraineté alimentaire

La campagne poulet est souvent citée en exemple comme symbole d’une victoire de la souveraineté alimentaire. Celle-ci a d’ailleurs motivé des ONG a unir leurs forces au sein du Cosal (Collectif pour la souveraineté alimentaire) à l’origine d’autres campagnes sur le lait ou le riz.

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Source : Le jour où le poulet camerounais a eu des dents, Philippe Chibani-Jacquot –  janvier 2015