Mission au cœur du lait sénégalais

Forte de 200.000 éleveurs et d’une demande en produits laitiers croissante, la filière laitière sénégalaise est supposée être en plein développement au bénéfice de l’économie locale. Cependant, les éleveurs font face à de multiples obstacles dont le premier se situe au niveau de la production. Récit d’une mission au cœur de la production laitière.

Accompagnée de deux volontaires expérimentées en prise d’images, j’embarquais fin novembre pour une mission au Sénégal à la rencontre des acteurs de la filière du lait.  Au programme : rencontres d’éleveurs bovins et caprins, interviews d’organisations de bases et faîtières, échanges avec des employés de mini-laiteries et d’entreprises laitières, discussions avec des chercheurs et rendez-vous avec des autorités locales. Bien informées de la concurrence que crée l’exportation du lait européen en Afrique de l’Ouest, nous nous attendions à voir des éleveurs et des organisations de base profiter de notre passage pour pester contre le lait européen déversé sur leur marché. Mais les histoires individuelles des producteurs ne se ressemblent pas. Chacun partage sa manière de vivre la situation et donne du relief aux enjeux que revêt la question de la production de lait dans ce contexte.

Un système complexe

Les histoires de Dienaba et Lebol sont illustratrices. Tous deux petits producteurs, ils ont bénéficié d’appuis similaires d’un programme national visant à développer le potentiel laitier du pays : une étable pour la stabulation et une vache dont la production devrait être supérieure à celle des vaches locales. D’une part la vieille dame transmet une résilience incroyable face à un appui prometteur qui n’a finalement pas porté ses fruits et même pire, qui semble lui avoir causé du tort. D’autre part, le jeune homme partage l’espoir grandissant d’une activité lourde et risquée financièrement mais dont le potentiel semble réel et à portée de main.

De même, l’autorité locale du département visité nous affirmait l’importance de pouvoir importer des vaches à haut rendement et la stratégie du gouvernement développée dans ce sens. Le vétérinaire de la grande ferme Wayembam nous racontait, lui, comment la majorité des vaches hollandaises importées étaient mortes en arrivant en terre sahélienne, sans doute pour des raisons climatiques.

Cette même autorité nous parla du projet pilote de parcelle fourragère qui devrait être développé dans les villages pour assurer l’alimentation du bétail pendant les mois de sécheresse. À quelques kilomètres de là, Djimbiba partage effectivement le rêve de pouvoir avoir sa propre parcelle fourragère, mais n’ayant pas accès à l’eau pour faire boire ses bêtes, la réalité de cette vision semble encore bien lointaine.

La production laitière sénégalaise est complexe. La mission lait nous rappelle que derrière chaque théorie se racontent des vies individuelles emprises de quotidien. La lutte pour un réel bénéfice du potentiel laitier sénégalais sera gagnée si ces histoires ne sont pas uniformisées et si par ailleurs, les aspects liés à la collecte, à la transformation et à la commercialisation de cette production sont pris en compte.

Anne-Laure Van der Wielen

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Quelle politique belge de coopération au développement pour lutter contre la faim dans le monde ?

SOS Faim se mobilise pour les élections législatives et européennes.

Dans le contexte international où la faim augmente, il apparaît indispensable pour SOS Faim que le gouvernement belge respecte ses engagements et mette en place une stratégie de coopération au développement qui lutte de manière efficace et durable contre la faim. C’est pourquoi à l’approche des élections législatives et européennes, SOS Faim et d’autres ONG travaillant sur l’agriculture et la sécurité alimentaire ont décidé d’interpeller les acteurs politiques belges.

Ces ONG qui font partie de la Coalition contre la faim ont une connaissance de terrain dans les pays partenaires de la coopération belge et sont convaincues qu’il est possible d’éradiquer la faim dans le monde avec des politiques adéquates. Pour agir effectivement contre la faim, il faudrait notamment que la Belgique consacre au minimum 15 % de son APD au soutien à l’agriculture et la sécurité alimentaire, qu’elle soutienne en priorité l’établissement de systèmes alimentaires durables, qu’elle définisse un cadre précis et contraignant pour les partenaires privés de la coopération au développement et qu’elle assure des choix politiques cohérents avec les objectifs de développement durable.

Quand le gouvernement s’engageait à lutter contre la faim 

L’objectif de développement durable 2 (ODD2) vise à éliminer la faim.

En 2017 dans sa note stratégique «Agriculture et Sécurité alimentaire» pour la coopération au développement, le gouvernement belge rappelle sa volonté d’atteindre l’ODD 2, soit éliminer la faim, assurer la sécurité alimentaire, améliorer la nutrition et promouvoir l’agriculture durable d’ici 2030.

Le gouvernement mentionne qu’un « engagement stratégique en faveur de l’agriculture et la sécurité alimentaire fait […] office de catalyseur pour la réalisation de différents ODD ». Pour parvenir à cet objectif, la Belgique assure qu’elle consacrera bien 15% de son aide publique au développement (APD) à l’agriculture et à la sécurité alimentaire, conformément à un engagement pris par Charles Michel alors qu’il était Ministre de la Coopération au développement.

Une réalité un peu différente

Malgré ces engagements ambitieux, tant au niveau national qu’international pour atteindre l’ensemble des ODD d’ici 2030, on constate que la faim dans le monde augmente ces dernières années. Alors qu’en 2015 on estimait à 784 millions le nombre de personnes souffrant de la faim, ce chiffre est passé à 821 millions en 2017.

En dépit de cette tendance alarmante, les ONG belges constatent que l’engagement du gouvernement d’allouer 15 % du budget total de la coopération à l’agriculture et la sécurité alimentaire n’est pas respecté. En 2016, seul 11,69% du total de l’APD était dédié à l’agriculture et la sécurité alimentaire et cette baisse se confirme en 2017. Et cela alors que le budget global de la coopération belge a été réduit.

Soutenir d’autres systèmes alimentaires pour lutter plus efficacement contre la faim

Bien que de plus en plus d’acteurs internationaux se positionnent en faveur de l’agroécologie, le soutien de la Belgique à l’agroécologie dans ses programmes de développement reste faible. Or, justement, pour éradiquer la faim dans le monde de manière durable, les ONG sont persuadées qu’il faut miser sur système alimentaire alternatif au système actuellement dominant. Un système alimentaire qui serait basé sur des modes de production durables tels que l’agroécologie, des circuits de transformation et de commercialisation locaux. Développer des systèmes alimentaires durables contribuerait également à la lutte contre le réchauffement climatique et les inégalités sociales, tout en promouvant l’égalité de genre.

Prévoir un cadre clair et contraignant pour le partenariat avec le secteur privé

La stratégie de coopération au développement de la Belgique s’appuie de plus en plus sur le soutien au secteur privé et le partenariat avec des acteurs privés dans le cadre des projets de développement. Mais pour participer effectivement aux objectifs de développement, les acteurs privés devraient démontrer dans quelle mesure ils permettent d’atteindre ces objectifs. C’est pourquoi les ONG demandent la mise en place d’un mécanisme de suivi et de contrôle de acteurs privés permettant d’évaluer leur impact positif ou négatifs sur les objectifs de développement. Un mécanisme de plainte indépendant sanctionnant les acteurs privés qui ne respectent pas les objectifs de développement durable ou les droits fondamentaux doit également être mis en place par le gouvernement fédéral.

Assurer des politiques cohérentes pour un développement plus efficace et durable 

Le gouvernement belge ne pourra pas atteindre ses objectifs de développement s’il n’assure pas la cohérence avec les décisions politiques prises dans d’autres domaines. La loi de coopération au développement prévoit que les projets législatifs soient soumis à des analyses d’impact pour s’assurer qu’ils ne freinent pas les objectifs de développement. Pourtant, les ONG constatent que ces analyses d’impact n’ont pas lieu. Elles souhaitent que le futur gouvernement s’engage à plus de cohérence en ayant recours à ces analyses d’impact et en adoptant des politiques cohérentes avec les objectifs de développement au niveau belge et européen.

Ce sont ces différentes positions et recommandations que les ONG de la Coalition contre Faim ont présentées aux parlementaires de la commission des Relations extérieures de la Chambre, au Cabinet du Ministre de la Coopération au développement ainsi qu’aux différents partis politiques belges. Elles espèrent que ces recommandations seront reprises dans la stratégie de coopération au développement du futur gouvernement afin que la Belgique participe efficacement et durablement au recul de la faim dans le monde.

Pour plus d’informations sur le plaidoyer de SOS Faim : eloise.dekeyser@sosfaim.ong 

 

Politiques agricoles au Mali : dynamiques et limites

Le dernier Bulletin de synthèse de l’association Inter-Réseaux  jette un Coup d’œil sur l’agriculture et les politiques agricoles au Mali.

Dans les années 1990, le Mali était considéré comme le bon élève de l’Afrique de l’Ouest en matière de développement, de décentralisation et de démocratisation. Il a dès lors bénéficié d’un soutien important de la communauté internationale. La crise sécuritaire de 2012, lorsque des mouvements jihadistes s’emparèrent de la moitié nord du pays, a mis en évidence les faiblesses de l’Etat et renforcé les doutes sur l’efficacité de l’aide au Sahel. Cette crise a fait plonger les investissements, mais on observe actuellement une relance. Durant la décennie 2010, la riziculture a notamment connu de très bons rendements.

Pour SOS Faim, le Mali est un pays important, puisque nous y soutenons l’agriculture familiale depuis 1987, en collaborant avec des organisations paysannes et des institutions de microfinance, afin d’améliorer les services qu’elles offrent aux petits producteurs. Deux filières agricoles sont principalement soutenues : les céréales, en particulier le riz, et le maraîchage.

La situation politique et sécuritaire reste tendue

Les tensions restent vives au Mali entre une zone Nord désertique et sous-peuplée de semi-nomades et le Sud sédentaire et relativement densément peuplé. Les disparités entre les régions ont amené à un processus de décentralisation ambitieux dans les années 1990, mais les collectivités locales manquent de ressources pour assumer leurs prérogatives.

Malgré la présence de la Mission des Nations unies pour la Stabilisation du Mali, la situation politique reste instable. Les attaques jihadistes sont encore fréquentes. Les trafics d’armes, de drogue et d’êtres humains se sont développés et un niveau de corruption élevé touche à la fois les élites et la vie quotidienne.

Avec une pression démographique forte

Le taux de croissance annuel de la population de 3.6% est le plus élevé du monde (avec le Niger). L’absorption des jeunes sur le marché du travail et la croissance de la ville de Bamako sont problématiques. La moitié des Maliens vit sous le seuil de pauvreté. Celle-ci se concentre en milieu rural.

Un pays dépendant de la pluviométrie et de l’aide

Le Mali connaît de bonnes performances macroéconomiques (une croissance annuelle de l’ordre de 6%) liées surtout aux exportations d’or et de coton. Mais le pays reste dépendant de la pluie en raison d’une concentration de la population active (80%) dans l’agriculture et l’élevage qui représentent 40% du PIB. L’aide internationale représente près de 15% du PIB et finance la majorité des investissements publics.

L’agriculture malienne en bref

Le pays est très sensible au changement climatique (baisse de 20% de la pluviométrie en 40 ans) et a connu une succession d’épisodes de sécheresse depuis 1973.

Derrière le Nigéria, le Mali est l’un des principaux producteurs de céréales de l’Afrique de l’Ouest : en particulier le riz, le maïs, le mil et le sorgho. La production céréalière augmente constamment depuis 2007 et plus rapidement que la population. L’agriculture et l’élevage occupent 8 actifs sur 10 avec une domination des exploitations agricoles familiales et de l’élevage pastoral.  Le secteur est relativement bien structuré et regroupé dans une plate-forme commune, la CNOP.

Le Mali a beaucoup investi dans son agriculture ! 12% des ressources publiques en moyenne entre 2004 et 2011. Mais la crise de 2012 a fait plonger les investissements, même si on observe une relance récente. Les priorités concernent clairement le coton et les céréales, en particulier le riz (25% des dépenses publiques agricoles), avec l’ambition de devenir le grenier de l’Afrique de l’Ouest. Les fonds publics ont été consacrés à l’irrigation (près de 50%) sur l’impulsion des bailleurs de fonds, avec une concentration sur le delta du Niger. Les subventions pour les intrants suivent, avec 20% des dépenses.

Face aux défis du foncier et du financement

Face à la croissance démographique et à l’urbanisation, une nouvelle loi foncière a été adoptée en 2017. Elle vise notamment à mieux prendre en compte les droits coutumiers et à apaiser les relations entre agriculteurs et éleveurs.  Par ailleurs, les agriculteurs ont très peu accès au crédit au Mali comme dans les pays voisins. Moins de 20% des exploitations auraient accès au crédit et ce déficit touche encore plus l’élevage.

Focus sur le coton

Le Mali est le premier producteur de coton d’Afrique de l’Ouest. Le secteur fait vivre 7% de la population, mais seuls 2% de la production sont transformés localement et la privatisation de la filière engagée en 2003 tarde à aboutir. L’appui de l’Etat à la filière se traduit par une politique de prix garantis à la production, la facilitation de l’accès au crédit et des subventions d’intrants.

Focus sur le riz

Durant la dernière décennie, on a observé un véritable boom du riz grâce à une augmentation des surfaces cultivées, mais également des rendements. Cette croissance a été favorisée par les investissements dans les aménagements de périmètres irrigués, mais également par le développement du riz pluvial (variété Nerica).

Focus sur l’élevage

Le Mali, ce sont 10 millions de bovins et 32 millions d’ovins et de caprins. Les produits d’élevage sont la troisième recette d’exportation. Mais la question de la valeur ajoutée reste posée : les animaux sont exportés vivants et la collecte et le traitement du lait sont déficients, avec une flambée des importations de poudre de lait ( +7% par an depuis 2000 !). L’élevage semble aussi être le parent pauvre des politiques publiques : il contribue entre 25 et 33% au PIB agricole tout en ne bénéficiant que de 8% des dépenses publiques.

Une véritable stratégie de sécurité alimentaire ?

Le Mali a connu des crises alimentaires récurrentes depuis plusieurs décennies. Il s’est dès lors doté de plusieurs structures et instruments pour mitiger les effets de ces situations : un Commissariat à la Sécurité Alimentaire et une Stratégie Nationale de Sécurité Alimentaire, avec la mise en place de stocks d’intervention et de sécurité pour réguler le marché en cas de tensions. Un réseau de banques de céréales communales a aussi été mis en place depuis 2005, non sans connaître des difficultés de gestion.

Et une politique de protection sociale en complément ?

Le Mali a lancé une politique de protection sociale dès 2002. Il prend différentes formes comme un programme de financement de transferts inconditionnels à 57.000 ménages (10% de la population) et un programme d’alimentation scolaire touchant 350.000 enfants. Mais cette approche est coûteuse et dépend essentiellement de ressources extérieures. En outre, ces politiques sociales ne s’approvisionnent pas suffisamment auprès des exploitations agricoles et ne soutiennent donc pas l’agriculture familiale de manière satisfaisante.

Besoin de davantage de financements

En matière de politique agricole et de sécurité alimentaire, le Mali s’est clairement positionné comme un pays précurseur depuis les années 2000. Avec des investissements conséquents pour l’agriculture (dans une moindre mesure pour l’élevage) et une politique complémentaire de sécurité alimentaire et de mise en place de filets sociaux pour les plus fragilisés. Mais les  financements de ces politiques restent difficiles, en raison de la forte dépendance aux  bailleurs de fonds.

Pour en savoir plus : 

Coup  d’oeil sur les politiques agricoles et l’agriculture au Mali

 

 

Défendre la liberté des semences : un combat différent au Sud et au Nord

La thèse de Corentin Hecquet est intitulée : Construction d’une demande de justice écologique. Le cas des semences non-industrielles.

Un entretien avec Corentin Hecquet (ULG)

Les questions paysannes au Sud et au Nord ne se posent pas dans les mêmes termes. Les recherches sur les semences non-industrielles menées par Corentin Hecquet (Université de Liège) montrent que les contextes sont diversifiés.

 

L’analyse du chercheur s’est construite autour de quatre cas d’études, l’un au Sud à propos de la coopérative brésilienne Conaterra (commercialisant sous la marque BioNatur) et les trois autres au Nord concernant l’artisan semencier wallon Semailles, le collectif breton Kaol Kozh et l’association française Kokopelli.

Corentin Hecquet est bien entendu inquiet de l’élection du politicien d’extrême-droite Jair Bolsonaro à la présidence du Brésil : Le mouvement paysan brésilien, représenté par Mouvement des travailleurs sans terre (MST) a encore de nombreux combats à mener. Face aux gouvernements brésiliens précédents, les contextes politiques permettaient au MST de mener ces combats et de commencer à appuyer des enjeux précis telles que les semences. Face à Bolsonaro, les luttes vont devoir revenir aux enjeux fondamentaux de droits des gens.

Conaterra est une coopérative agroécologique brésilienne qui coordonne l’initiative semencière BioNatur. Pouvez-vous nous expliquer en quoi son travail est différent des cas que vous avez étudiés en France et en Belgique ?

Corentin Hecquet : Conaterra fait partie de la structure du MST, dont le combat principal concerne essentiellement la réforme agraire au Brésil. Le MST demande principalement que les paysans soient reconnus comme des producteurs. BioNatur est au départ une initiative locale qui a pris de l’ampleur dans le cadre de la lutte contre l’introduction des OGM au Brésil en 1998. La mobilisation ne se limitera dès lors plus au niveau local mais prendra également une ampleur nationale. Par le biais de BioNatur, le MST a voulu montrer que l’expérience semencière de BioNatur représente une alternative, une rupture avec l’agriculture conventionnelle, la chimie et les intrants. BioNatur reste cependant dans un mode de mise en circulation conventionnel du système semencier, les variétés qu’il commercialise sont des variétés DHS (Distinction, Homogénéité, Stabilité) qui définissent la norme de ce qui est une « bonne » semence, c’est-à-dire une semence qui a le droit d’être commercialisée. Il existe une obligation d’inscription au catalogue basée sur la DHS, qui définit l’accès au marché. De plus, le droit de propriété permet une rémunération du marché par le biais du Certificat d’Obtention Végétale (COV). En promouvant BioNatur, le MST appuie sa démarche politique de questionnement du modèle productiviste. Mais elle se différencie des autres cas français et wallons que j’ai étudié. Le MST est dans une demande large de justice sociale, tandis Semailles, Kaol Kozh et Kokopelli revendiquent plus précisément une « justice écologique ». Le MST demande une reconnaissance du sujet paysan « sans terre », de sa place au Brésil. Le MST cherche une reconnaissance du sujet « sans terre » par la démonstration de sa capacité productive. Dès lors, il utilise le marché conventionnel. Ainsi le MST et BioNatur s’inscrivent dans une continuité avec le système semencier, tout en s’alliant avec d’autres mouvements sociaux prônant l’agroécologie. Pour cela il faut fonctionner dans le système commercial et économique en vigueur pour démontrer les compétences des paysans brésiliens membres du MST.

Qu’est-ce qui rapproche Semailles, Kaol Kozh et Kokopelli ?

Corentin Hecquet : Malgré leurs différences, ces trois collectifs ont en commun la volonté de ne pas être dans une démarche productiviste du vivant… Ils expérimentent des sélections de « variété population » pour leurs capacités adaptatives. Ce qui les oppose avec les variétés DHS. Car les variétés population présentent une diversité génétique au sein de la même variété. De plus elles évoluent d’année en année en vue d’une adaptabilité autant aux endroits différents où elles se multiplient qu’aux conditions pédoclimatiques. Ces collectifs estiment subir une injustice due au verrouillage du système semencier (DHS-catalogue-COV). Cette injustice écologique exclut les variétés non DHS. De surcroit, ce ne sont pas seulement ces semences qui sont exclues mais aussi les pratiques et les praticiens. Or, pratique et critique sont des éléments essentiels. Il faut pouvoir débattre des éléments de rupture et de continuité avec le système semencier dominant. Ces collectifs revendiquent dès lors un droit au débat et à l’apprentissage. La manière dont ils construisent leurs connaissances rejette la séparation hiérarchisée entre d’un côté les connaissances scientifiques ou les experts et de l’autre côté les praticiens, les artisans et les agriculteurs… Semailles, par exemple, revendique l’identité d’artisans semenciers qui fabriquent la « biodiversité cultivée » dans une relation qualifiée de coévolution avec les semences. Ce qui intéresse Semailles c’est le maintien de l’adaptabilité des semences. Il commercialise 672 variétés principalement pour des jardiniers amateurs… 70% des semences ne sont pas enregistrées, mais peuvent être commercialisées par dérogation pour les praticiens amateurs. Les collectifs construisent une demande de justice écologique, dont l’enjeu est la reconnaissance, pour que les citoyens puissent participer à la redéfinition de ce qui est une bonne semence qui peut circuler.

Dans un esprit de justice écologique, le sol, la plante et l’humain collaborent. La justice écologique c’est plus que la dimension redistributive des biens et des maux environnementaux, c’est une dimension qui nous amène à des questions de reconnaissance et de participation, soit des questions démocratiques : comment construire un monde commun sur base de plusieurs mondes, de plusieurs visions ?

Considérez-vous que les trois collectifs étudiés au Nord font un travail plus pertinent que BioNatur au Brésil ?

Corentin Hecquet : Non, je ne veux pas faire ce genre de comparaisons. Il s’agit de comprendre que tous font le travail que leur contexte impose. Il ne s’agit pas de juger que l’un est meilleur que l’autre. Mais il ne s’agit pas non plus de tout tolérer. Il faut débattre de ce qui est commun, de ce qui peut coexister ou ne pas coexister. Il faut prendre le temps de comprendre ce que font les gens et sortir de l’idée d’un modèle unique que tout le monde doit suivre… La difficulté avec les approches par les grands discours unificateurs, c’est qu’ils écrasent l’hétérogénéité. Trouver ce qu’on peut faire ensemble est plus intéressant autant d’un point de vue scientifique qu’écologique.

Propos recueillis par Pierre Coopman

 

Au Pérou : les producteurs face à la crise du café

 Interview de Geni Fundes, directeur de la Centrale Café Cacao du Pérou

Geni Fundes

Les revenus des caféiculteurs péruviens ont baissé en 2018. L’arabica souffre de la hausse des températures et des conséquences du changement climatique. Face à ces constats, la Centrale Café Cacao du Pérou s’associe à un programme d’action pour améliorer les conditions de vie des producteurs de café. Entretien avec Geni Fundes, directeur de la Centrale.

Comment a évolué la filière café au Pérou ?

Geni Fundes : Jusqu’en 1989, le marché du café était régulé par l’Accord international sur le Café (AIC). Depuis la libéralisation du marché, c’est donc la bourse qui définit le prix du café. En 30 ans, l’instabilité  boursière a provoqué de nombreuses chutes de prix au Pérou. Les principales crises ont eu lieu en 1992 et de 1999 à 2001. Une nouvelle crise nous a frappé en 2018 et se poursuit en 2019. 

En 2013, la rouille du café a touché 75% de la superficie de production péruvienne. Ce sont principalement les variétés traditionnelles de qualité qui ont été détruites.

Les années de production sont biannuelles: une année de haute production précède une année de basse production et ainsi de suite. De plus, les coûts de production augmentent, générés par le marché libéralisé. Cela entraine une haute demande de fertilisants et la main-d’œuvre, qui se fait rare, a été peu à peu déplacée vers le secteur minier, les cultures illégales, les cultures d’asperges de la côte péruvienne et les programmes de l’Etat.

Pour toutes ces raisons, la rentabilité de la culture du café a baissé. Les certifications ont sauvé la première décennie des années 2000 en offrant de la valeur ajoutée, mais à partir de 2013 la situation est devenue plus critique.

Dans la situation actuelle, les producteurs sont endettés, ont une faible productivité et de grands coûts de production. Des ravageurs menacent de décimer leurs cultures et les plants de café vieillissent. Tout cela s’additionne et provoque une rentabilité négative. Les producteurs rentrent dans un processus de décapitalisation pour pallier un manque de liquidités. La plupart des producteurs sont dans une situation de pauvreté voire d’extrême pauvreté.

Qu’en est-il des autres acteurs de la filière, des organisations de producteurs et des entreprises exportatrices ?

Les coopératives et les associations sont également dans un processus de décapitalisation. La rentabilité des entreprises exportatrices est par contre stable. 

Avec les comités et les syndicats nationaux, nous mettons en place un Plan national du café. Ce plan a été approuvé par le Ministère de l’Agriculture, avec la participation de PromPerú (la Commission péruvienne de promotion des exportations et du tourisme), du Ministère de la Production et du Ministère de l’Agriculture. Ce plan est en partie financé par le Programme des Nations unies pour le développement. Actuellement, les comités nationaux tentent de trouver des fonds additionnels. 

Vers où se dirige la filière café au Pérou ? Y a-t-il une stratégie nationale ?

Le Pérou est connu pour sa stratégie dirigée vers les labels bio. Notre pays veut produire des cafés de qualité avec l’appui des coopératives, des associations et des entreprises privées.

Il existe également une volonté de valoriser la matière première jusqu’au produit final, d’améliorer toute la chaîne de transformation. La consommation de café interne augmente chaque année dans les pays d’origine. Les producteurs s’orientent donc vers du café de qualité, gèrent des systèmes agroforestiers et vendent le café sur leur marché national. Les producteurs péruviens suivent ce courant de croissance de la consommation interne.

Quels seraient les facteurs qui aideraient à renforcer la filière du café durable au Pérou ?

Je mentionnerais cinq facteurs :

1 Promouvoir les systèmes agroforestiers.

Continuer la production bio.

Se concentrer sur la qualité.

Orienter son énergie vers le marché national.

5  Diversifier son exploitation : ne pas seulement cultiver du café, mais également d’autres cultures. Le changement climatique va provoquer des transformations sur le terrain et autant être résilients et ne pas dépendre que d’une seule culture.

Propos recueillis Yannick Frippiat

 

Paris Match à la rencontre des agriculteurs burkinabés

En octobre dernier, Paris Match a accompagné SOS Faim au Burkina Faso à la rencontre de nos partenaires qui travaillent pour une agriculture familiale durable et économiquement viable. L’occasion de montrer leur travail indispensable auprès des paysans et paysannes, mais aussi de rappeler l’importance de soutenir l’agriculture familiale face au modèle agroalimentaire dominant.

 

Des rencontres riches et poignantes à découvrir en vidéo:

Découvrez également, en intégralité, le magnifique reportage issu de cette mission, publié dans Paris Match.

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RDC : la plainte des communautés contre Feronia est recevable

Les organisations de la société civile accueillent favorablement la décision de la commission des plaintes de la banque de développement de donner suite à la plainte déposée par des communautés de la République Démocratique du Congo contre une société d’huile de palme.

La commission en charge du mécanisme de gestion des plaintes auprès des banques de développement allemandes, néerlandaises et françaises a jugé recevable une plainte déposée par 2 communautés de la République Démocratique du Congo le 5 novembre 2018. Cela signifie que le mécanisme des plaintes va maintenant entamer un processus d’examen préliminaire, avant de lancer le processus de médiation requis par les communautés pour résoudre leur conflit foncier de longue date avec les Plantations et Huileries du Congo (PHC), une filiale de la société canadienne, Feronia Inc.

La coalition internationale des organisations de la société civile de l’intérieur et de l’extérieur de la République Démocratique du Congo qui soutient les revendications des communautés se félicite de cette décision. Elle considère qu’il s’agit d’un cas type important pour évaluer l’efficacité de ces mécanismes de traitement des plaintes mis en place par les banques de développement et l’engagement des banques à s’y conformer. La plainte revêt une importance particulière, étant donné que ce sera la première plainte dans le cadre du mécanisme de plaintes des banques de développement allemande, néerlandaise et française à appliquer la médiation par opposition à un simple examen de conformité des banques. De plus, la plainte porte sur les questions de droits humains et d’héritages fonciers, qui sont communément sources de conflits liés aux investissements des banques de développement dans les entreprises agroalimentaires.

Les banques de développement sont profondément investies dans Feronia et sa filiale PHC. Elles détiennent une participation majoritaire combinée dans les actions de Feronia, avec l’institution de financement du développement du Royaume-Uni – Commonwealth Development Corporation (CDC) du Royaume Uni détenant à elle seule 30%. Les représentants de la CDC et du Fonds africain pour l’agriculture, qui gère un fonds soutenu par les banques de développement française et autres, occupent cinq sièges au Conseil d’Administration de Feronia. En outre, un consortium de banques de développement, dirigé par la Société allemande d’Investissement et de Développement – Deutsche Investitions und Entwicklungsgesellschaf (DEG) allemande, et comprenant la Société belge d’Investissement pour les Pays en Développement (BIO) et la société néerlandaise de financement du développement -Financierings-Maatschappij voor Ontwikkelingslanden (FMO), a accordé des facilités de crédit pour un montant de 49 millions de dollar aux PHC, dispose d’un énorme levier sur la société en raison de l’importante dette qu’elles ont contractée.
Compte tenu du niveau de contrôle que les banques de développement ont sur Feronia, cela devrait permettre à la société de s’engager de manière constructive dans le processus de médiation.

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Notre plaidoyer politique pour libérer le potentiel de l’agriculture familiale

Pour libérer le potentiel de l’agriculture familiale et lui permettre de répondre au défi de nourrir 10 MILLIARDS D’ÊTRES HUMAINS d’ici 2050 il faut mettre en place des politiques agricoles plus favorables à ce modèle et des politiques commerciales qui modifient les règles du commerce inter-national :

 

LES POLITIQUES AGRICOLES doivent

  • Ajuster l’offre des produits agricoles à la demande ;
  • Fixer des prix minimums ;
  • Débloquer des moyens (financiers, techniques, matériels, …) et revoir les conditions d’octroi des aides.

LES POLITIQUES COMMERCIALES doivent

  • Réguler les importations et les exportations de produits agricoles ;
  • Faciliter l’accès des produits de l’agriculture familiale aux marchés locaux et régionaux.

Si ces différentes mesures étaient d’application, cela permettrait de libérer le potentiel de l’agriculture familiale et d’atteindre la SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE, soit le droit des peuples à une alimentation saine et suffisante, produite dans le respect des cultures et de l’environnement ainsi que leur droit à définir leurs propres politiques alimentaires et agricoles.

 

Trois exemples de souveraineté alimentaire

Le Sénégal

Au Sénégal, 70% de la population vit de l’agriculture, mais sous la pression du commerce international, les produits importés inondent les marchés.

L’oignon y est un produit phare à la fois fortement consommé par la population Sénégalaise et largement produit. Pourtant, les oignons importés de France et de Hollande inondaient les marchés et 50% de la quantité consommée était importée.

Grâce à une mobilisation forte de la société civile et une structuration des acteurs de la filière, le Sénégal limite depuis 2003 les importations d’oignons sur son territoire. Pour y parvenir, le pays gèle temporairement les importations au moment de la saison des oignons locaux.

Le Kenya

Au Kenya, le gouvernement contrôlait la commercialisation du lait dans le pays jusqu’à début des années 90. La commercialisation du lait est ensuite privatisée mais l’entreprise fait rapidement faillite. Pour répondre à la demande en lait, le pays n’a d’autre choix que d’importer du lait en poudre. Suite au mécontentement populaire, le gouvernement augmente les tarifs douaniers de 25% à 60% sur le lait en poudre. Cela a pour effet de développer la filière locale et d’améliorer sa maîtrise de la transformation.

Aujourd’hui 86% du lait commercialisé dans le pays provient de petits producteurs et près d’un million de personnes travaillent dans ce secteur. Cela permet à la population de consommer un lait bon marché tout en rémunérant correctement les producteurs. Les producteurs et fournisseurs de lait ne dépendent pas des cours mondiaux fluctuants et sont souverains pour fixer leurs prix en regard de leurs coûts de production.

Le Cameroun

En 2003, L’Europe exportait plus de 182 000 tonnes de poulets congelés vers l’Afrique. Exportations facilitées par la disparition des barrières douanières et les subsides européens à l’exportation. Le poulet européen coûtait alors moins cher que le poulet local.

En 2004, le Cameroun décide de limiter les importations de poulets congelés européens afin de soutenir la production nationale. Pour y parvenir, le gouvernement diminue la taxation sur le poulet local et augmente la taxation des poulets importés. Le Cameroun interdit par la suite totalement l’importation de poulets congelés en provenance de l’Europe. Dix ans plus tard, la production avicole nationale couvre 90% de la demande et 320.000 personnes travaillent dans la filière, contre 120.000 en 2004. Un choix courageux qui porte ses fruits.

Éloïse De Keyser
Chargée de Plaidoyer

 

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L’agroécologie face aux limites du modèle agro-industriel

Un nouveau modèle agricole doit s’imposer. L’agroécologie peut-elle répondre à ce défi ?

La préservation des ressources naturelles et de la biodiversité est un principe fort de l’agroécologie. Cette agriculture est applicable partout et se pratique différemment selon les contextes. En agroécologie, l’utilisation d’intrants est délaissée au profit du recyclage, compostage ou encore de l’association de cultures pour enrichir et fertiliser le sol.

L’agroécologie encourage les pratiques visant à enrichir et protéger le sol contre l’érosion à travers, par exemple un couvert végétal permanent, des haies vives ou encore le paillage.

Elle limite également la pollution des sols, des eaux et de l’air à travers l’utilisation de traitements naturels tels que la fertilisation organique et la production d’engrais verts. L’agroécologie propose également une gestion rationnelle de l’eau via des pratiques telles que les cultures en courbes de niveau, la rétention et le stockage des eaux de pluie ou encore l’irrigation au goutte à goutte.

Ces techniques ne sont pas indépendantes les unes des autres. Au contraire, elles fonctionnent en synergie dans le but de préserver et d’optimiser les ressources naturelles.

Les performances de l’agroécologie ne doivent pas uniquement être mesurées en termes de rendement. Ce modèle a également l’avantage de valoriser l’humain et les dynamiques sociales. Les paysans gagnent en autonomie de production et sont au centre d’une production valorisée en circuits courts sur des marchés locaux.

L’agroécologie permet finalement de repenser l’ensemble du système alimentaire : de la production à la consommation. La preuve avec APIL, ONG partenaire de SOS Faim.

Un modèle qui peut nourrir la planète ?

Plusieurs études et rapports confirment le potentiel de l’agroécologie. À titre d’exemple, le rapport « De l’uniformité à la diversité. Changer de paradigme pour passer de l’agriculture industrielle à des systèmes agroécologiques diversifiés. » de l’IPES-Food (Panel international d’experts sur les systèmes alimentaires durables) indique que dans les pays « en développement », le potentiel des pratiques agroécologiques surpasse les rendements issus du modèle conventionnel de 80%. Aux Etats-Unis une comparaison des rendements de cultures (maïs et soja) montre, qu’en période de sécheresse, les rendements des cultures agroécologiques sont plus élevés (+31%). L’agroécologie permet en outre d’accroître la résilience des écosystèmes face aux changements climatiques, assurant ainsi une productivité sur le long terme.

L’exemple d’APIL au Burkina

APIL (Association pour la Promotion des Initiatives Locales) est une ONG du Burkina Faso à l’initiative d’un centre de formation en agroécologie à Bissiga qui forme des femmes et des hommes aux pratiques agroécologiques pour :

Lutter contre l’érosion du sol

Enrichir et fertiliser les sols

Compost, association agriculture/élevage, association de cultures

Créer de nouvelles sources de revenus

Production de miel, agroforesterie,…

Accroître l’autonomie de production et réduire ainsi les coûts

Compost, bio-pesticide, sélection de semences paysannes

Toutes ces pratiques convergent dans une même direction : rendre les producteurs plus autonomes et avoir des productions plus efficaces dans un contexte de grande sécheresse.

Au niveau des rendements, les pratiques agroécologiques portent leurs fruits

Réduire ses coûts de production et augmenter les rendements, telle est la promesse tenue pour les producteurs formés aux côtés de APIL.

Cerise sur le gâteau, l’ONG collabore à présent avec le CNA Bio, une structure qui a développé un système participatif de garantie (SPG). Ce label permettra aux producteurs de valoriser leurs produits issus de l’agroécologie. Via une charte partagée, les producteurs s’engagent à respecter des principes pour garantir une production agroécologique. En contrepartie, les consommateurs sont prêts à reconnaitre ces efforts et les prix fixés sont supérieurs aux prix du marché. Une valorisation qui encouragera ainsi d’autres producteurs à se lancer au vu de l’intérêt économique que cela revêt.

Margaux Van Nieuwenhove,
Stagiaire

 

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Comment déconstruire les stéréotypes sur l’agriculture et l’alimentation ?

Vrai ou faux

De nombreux stéréotypes planent autour de la crise agricole. Il est important de les déconstruire pour comprendre les enjeux réels et réfléchir aux solutions à mettre en place. Et si on vérifiait l’état de vos connaissances en la matière ?

La plupart des personnes qui souffrent de la faim dans le monde sont des paysans.

Vrai. Les producteurs et productrices représentent 50% des victimes de la faim. Ce sont principalement des paysans du Sud et leurs familles qui vivent en zones rurales avec un accès précaire et incertain à la terre, aux ressources et aux revenus insuffisants.

Il faut produire plus. la faim résulte d’un manque de nourriture sur terre.

Faux. Les ressources disponibles sur Terre permettraient de nourrir 12 milliards d’êtres humains or, nous sommes 7,5 milliards. Au total, 1/3 de la nourriture produite sur terre est perdue ou gaspillée. Et pourtant, aujourd’hui encore une personne sur 9 souffre de la faim. L’enjeu n’est donc pas de produire plus mais bien de lutter contre la pauvreté qui est la première cause de la faim dans le monde.

L’accaparement de terre à grande échelle est une problématique minoritaire.

Faux. Entre 2006 et 2016, 491 cas d’accaparements des terres à grande échelle ont été recensés dans 78 pays représentant une superficie de plus de 300.000 km2. Cela équivaut à 10 fois la Belgique. Il s’agit d’acquisitions controversées de grandes étendues de terres par des investisseurs privés ou publics, étrangers ou nationaux.

Le Fonds Monétaire International (FMI) verse beaucoup d’aides financières aux pays du sud.

Faux. Il ne s’agit pas d’aides mais bien de prêts octroyés aux États qui, en contrepartie, doivent s’engager à :

  • réduire leurs dépenses publiques (santé, éducation, agriculture)
  • maintenir leurs marchés ouverts au jeu de la concurrence (libéralisation des marchés)
  • se spécialiser dans des cultures d’exportation (coton, café, cacao) et perdre ainsi leur sécurité alimentaire.

Conséquence : de nombreux États ont désinvesti certains secteurs comme l’agriculture.

L’agriculture familiale contribue peu à la production alimentaire au niveau mondial.

Faux. 70% de la nourriture consommée en Asie et en Afrique est produite par les agricultures familiales. Avec plus de 500 millions d’exploitations familiales dans le monde, l’agriculture familiale demeure la forme d’agriculture principale tant au Nord qu’au Sud et le premier pourvoyeur d’emploi.

L’Europe soutient ses producteurs et consacre un budget important à la PAC (Politique Agricole Commune).

Vrai. 38% du budget de l’Europe est consacré à la PAC et 70% du budget de la PAC est consacré aux aides directes versées aux agriculteurs pour leur assurer un revenu minimal. Mais nombreux sont les producteurs qui préfèreraient recevoir un prix juste qui couvre leurs coûts de production et ne plus être tributaires des aides de la PAC.

Maryse Williquet
Responsable du Festival Alimenterre etdes productions vidéo

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