Contre les a priori sur l’élevage pastoral

 

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, l’élevage pastoral a encore de l’avenir. C’est ce qu’Inter-réseaux Développement Rural veut démontrer dans son dossier réalisé en juin 2017. SOS Faim en partage un avant-goût. 

Inter-réseaux Développement rural, dans le cadre du Projet régional d’appui au pastoralisme au Sahel et avec la collaboration du CILSS, de la CEDEAO, de l’UEMOA et de la Banque mondiale, a réalisé en juin 2017 une note sur l’élevage pastoral au Sahel et en Afrique de l’Ouest.

Ce dossier a pour mission de renverser, par une série de faits, 5 idées-reçues sur l’élevage pastoral afin d’en démontrer les retombées positives. Illustrés par des schémas, des dessins et des chiffres, nous sommes plongés dans le sujet de manière accessible et didactique.

Les enjeux cruciaux auxquels ce système doit faire face y sont également mis en avant, ainsi que l’importance, encore trop sous-estimée, de l’élaboration de politiques locales et régionales lui permettant de s’assurer une pérennité.

Le pastoralisme c’est dépassé et inefficace ? FAUX 

Au placard, donc, les idées-reçues sur l’élevage pastoral telles que : « celui-ci n’est présent qu’au Sahel », « la sédentarisation de l’élevage est une alternative beaucoup plus performante », ou encore « la mobilité de l’élevage contribue à la division de la région ». Les faits le démontrent bien, la mobilité des troupeaux comporte de nombreux avantages tant au niveau économique qu’au niveau social ou encore environnemental.

Prenons l’argument qui met en avant l’intégration totale de l’élevage mobile dans l’économie régionale. Selon le dossier, les cas spécifiques du Mali, du Burkina Faso et du Niger montrent que l’élevage participe à 15% du PIB. De plus, la balance commerciale des pays de la région d’Afrique de l’Ouest est maintenue notamment grâce à cette activité impliquant de nombreux échanges économiques en amont et en aval de la production. On apprend que, toujours dans ces trois pays, les produits issus de l’élevage constituent le 3e produit d’exportation.

Le dossier attire l’attention sur l’apport en productivité. Les chiffres démontrent que l’élevage pastoral produit jusqu’à 3,2 kg de protéines animales par hectare par an au sein des troupeaux transhumants au Mali, contre maximum 0,5 dans les ranchs en Australie ou aux Etats-Unis. Les raisons qui permettent d’atteindre cette production sont multiples. Entre autres, le troupeau se nourrit de ressources fourragères diversifiées. Cela permet au produit de gagner en qualité, au troupeau de devenir plus résilient face aux aléas climatiques et à l’éleveur d’éviter d’avoir recours à des ressources extérieures supplémentaires. Sans compter les avantages environnementaux.

L’Inter-réseaux Développement Rural s’applique donc à déstructurer de fausses idées et à y apporter des réponses diversifiées et complètes.

A celles déjà évoquées ci-dessus, ajoutons le fait que l’élevage pastoral n’est pas seulement présent au Sahel, il domine en réalité toute l’Afrique de l’Ouest. Enfin ces transhumances sont dynamiques et complexes. Il n’est donc plus à prouver que ce système est bel et bien un pilier pour l’élevage durable et performant.

Pérennité mise à l’épreuve

Certaines zones d’ombres viennent pourtant mettre en péril le bon fonctionnement de ce système prometteur. Un premier défi concerne les risques de dérèglement climatique. Ceux-ci constituent en permanence un danger pour le bon déroulement de la mobilité du troupeau et sa préservation. A cette première difficulté s’ajoute l’augmentation des conflits autour de l’utilisation des ressources, liés à l’apparition de nouveaux usagers et le manque de règlementation. Enfin, la demande grandissante de produits d’élevage en termes de quantité et de qualité constitue un troisième frein. Cette augmentation rend indispensable la mise en place d’aménagements au niveau de la chaîne de production.

L’Inter-réseaux Développement Rural met l’accent sur l’élaboration de politiques adaptées aux besoins de l’élevage pastoral tant au niveau national que régional. Si la machine est déjà en marche, de nombreux efforts doivent encore être fournis. D’une part, l’établissement des politiques reste nécessaire dans de nombreux pays. D’autre part, la mise en application sur le terrain n’est pas toujours de mise, ce qui met en balance l’efficacité des politiques.

L’élevage pastoral occupe une place cruciale dans le développement rural en Afrique de l’Ouest. La mobilité est l’élément clé de son efficacité et de sa durabilité. Répondre aux défis qui mettent en péril la survie de ce système constitue aujourd’hui un challenge important. Informer et échanger sur ce sujet est le rôle que joue ce dossier.

Rédaction : Pauline Solot