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Coopération belge : "out" la sécurité alimentaire ?

Belgique • Agriculture familiale • 5 octobre 2017

En Belgique, le ministre de la coopération édite des documents qui orientent la politique de coopération du pays. Chaque document, appelé « Note stratégique », couvre un secteur spécifique comme la santé, l’enseignement, l’agriculture, ou des approches, comme l’approche « genre », l’approche « durable » … et en définit les axes prioritaires.

Fin 2016, le ministre a mis en chantier la Note stratégique relative à l’agriculture et la sécurité alimentaire. Une consultante extérieure, venue de la Katholieke Universiteit Leuven, a été engagée pour actualiser le document sur la base d’orientations politiques données par le ministre et d’entretiens avec des ONG, notamment la Coalition contre la Faim au sein de laquelle SOS Faim joue un rôle important.

Cette nouvelle Note a été présentée officiellement à l’ensemble des acteurs de la coopération, le 8 mai dernier.

Quelles sont les nouvelles orientations du ministre ?

Malheureusement, la priorité donnée antérieurement à l’agriculture familiale, chère aux partenaires de SOS Faim, a été abandonnée au profit d’un terme bien plus général et flou : l’« agriculture à petite échelle ».

De même, l’accent est très nettement mis sur le caractère « entrepreneurial » que les initiatives qui seront soutenues par la coopération belge devront comporter. La priorité sera également donnée aux projets qui exploiteront les nouvelles technologies de l’information dans le secteur agricole.

Nos partenaires ne rejettent pas l’idée de transformer leurs exploitations en des activités rentables. Cela, pour autant qu’elles procurent des moyens de subsistance et des moyens d’investir dans les activités de production, de transformation ou de commercialisation. On devine très clairement que le ministre adopte la vision de l’agro-industrie et non celle des organisations de producteurs orientée sur le développement des entreprises agricoles,

En se fixant ces priorités, le ministre sacrifie en fait l’objectif de sécurité alimentaire. Cet objectif vise prioritairement à assurer aux populations rurales marginalisées les moyens de se nourrir. Les familles qui ne disposent que d’une surface de culture limitée ou de peu de moyens ne pourront jamais atteindre un modèle agricole « entrepreneurial », tel qu’envisagé par le ministre. Elles n’accèderont pas au marché national, voire régional… L’objectif des petits producteurs est simplement de subvenir aux besoins alimentaires de leur famille et de vendre une partie de leur production sur le marché local. Cette fonction jouée par l’agriculture familiale est essentielle pour des millions de paysannes et de paysans qui constituent la grande majorité des personnes qui souffrent de la faim dans le monde. Exclure ces personnes des priorités de la coopération belge n’est pas acceptable pour SOS Faim, qui poursuivra son travail avec l’ensemble des paysannes et paysans, même ceux fortement marginalisés.

 

Rédaction : Jean-Jacques Grodent, Responsable du Service Information

 

EN SAVOIR PLUS

Cet article est tiré du Supporterres n°1 d’Octobre 2017 : « Luttes paysannes ». Pour en savoir plus sur ces luttes, n’hésitez pas à consulter le numéro complet.

Luttes paysannes