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Deux expériences positives dédiées aux jeunes et aux femmes en Ethiopie et au Burkina Faso

Éthiopie • Accès à la terre • 6 juin 2018

Pour maintenir les jeunes dans la filière agricole, il faut leur fournir des perspectives d’avenir. Quand les communautés locales s’organisent, le succès est au rendez-vous comme le prouvent ces deux exemples.

Ethiopie : quand une communauté locale prend l’avenir de ses jeunes en main

Dans la région de Tigré, au nord de l’Ethiopie, l’absence de terres disponibles force les jeunes agriculteurs à migrer vers la ville pour y chercher de l’emploi. Face à cette réalité, les associations villageoises locales se sont mobilisées pour donner à leurs jeunes la possibilité d’accéder à la terre. L’acquisition de parcelles en friche sur le flanc des collines de la région leur permet de s’insérer dans le tissu agricole local au bénéfice de toute la communauté.

Les associations locales de jeunes et de femmes identifient les jeunes intéressés par le projet et relaient leur demande aux conseils de villages. La communauté villageoise participe à la préparation des parcelles identifiées par le conseil, en y construisant des structures pour endiguer l’érosion et conserver l’eau. Un titre de propriété, validé par l’administration locale, est ensuite remis au jeune agriculteur.

Les jeunes agriculteurs de la région, associés pour partager leur expérience, élaborent les règles communes de gestion des parcelles, notamment par rapport à la gestion du sol et des arbustes, la maintenance des terrasses, la stricte limitation du pâturage. Des conseillers agricoles locaux les forment sur la plantation, la gestion des arbres et l’entretien des ruches.


Le projet a aidé 360 jeunes à acquérir un total de 90 hectares de terres, sur lesquelles ils cultivent principalement de l’eucalyptus et récoltent du miel qu’ils commercialisent sur les marchés locaux et régionaux.


En plus de freiner l’exil des jeunes, l’initiative a permis d’économiser l’eau, de replanter des arbres et de limiter le surpâturage. Les autorités éthiopiennes ont décidé de suivre le mouvement et visent le reverdissement d’une superficie équivalente à un sixième du pays. Une tentative ambitieuse pour réduire l’érosion des sols, accroître la sécurité alimentaire et s’adapter au changement climatique.

Pour aller plus loin :

 

Le beurre de karité, clé de l’autonomie financière pour les jeunes burkinabées

L’association Songtaab-Yalgre (ASY) est une organisation féminine du Burkina Faso qui regroupait à l’origine un petit groupe de femmes originaires de villages du centre du pays. Réunies en réaction à la discrimination des jeunes agricultrices dans les programmes gouvernementaux d’ajustement, elles se sont focalisées sur l’alphabétisation, et ont rapidement étendu leurs activités à la problématique de l’accès à des sources de revenus autonomes. La culture de la noix de karité, dont la récolte est traditionnellement l’apanage des femmes en milieu rural, s’est imposée naturellement comme priorité, d’autant plus que l’espèce est présente quasi exclusivement au Burkina Faso.


L’ASY accompagne les jeunes agricultrices dans leur accès à la terre au travers de négociations avec les chefs de villages et les propriétaires terriens. Malgré sa complexité, ce processus de plusieurs années est en général couronné de succès car plus de 800 femmes sont désormais propriétaires de parcelles de 1 hectare ou plus.


Accompagner les jeunes productrices et leur assurer l’accès au marché est une autre clé du succès : l’association leur prodigue un soutien et des formations pour la récolte, la collecte, le stockage et la commercialisation. L’ASY a en plus formé des partenariats pour la transformation des noix, et ainsi intégré sa communauté de plusieurs milliers de membres dans une chaîne de production complète de beurre de karité biologique issu du commerce équitable.

Les gouvernements africains affichent volontiers leur politique de maintien des jeunes dans la filière agricole comme une priorité. A ce jour, force est de constater que les résultats sont mitigés. Une approche intégrée, mêlant initiatives locales et support public, reste le meilleur garant de son succès futur.

La rapide croissance de l’industrie du karité a conduit à une subsidiation accrue du secteur par le gouvernement. Le secteur emploie aujourd’hui plus de 400.000 femmes au Burkina Faso.

Pour aller plus loin :

 

Rédaction : Claude Hugon, volontaire

 

EN SAVOIR PLUS

Cet article est tiré du Supporterres n°4 de juin 2018 « Jeune & agriculture : une équation possible ? ». Pour en savoir plus, découvrez le numéro complet.