SOS Faim
Faire un don

Faire AVEC les travailleurs migrants

Alternatives • 13 septembre 2019

Exode, dépeuplement, vieillissement, chômage, dégradation des terres sont autant de maux qui affectent les zones rurales européennes. En Espagne, La Bolina a décidé de faire des migrants des alliés pour redynamiser les campagnes. Une tendance à contre-courant dans le bassin méditerranéen. Portrait tout en nuances des perspectives de travail et d’emploi des travailleurs immigrés.

Comment redynamiser les zones rurales ? Quels rôle et place pour les migrants face à ce défi ? Projet pionner en Espagne, La Bolina, fondée en 2016 par une équipe multiculturelle, cherche à faire revivre le village de Saleres.

« Si vous créez d’abord un lien avec la terre, je pense qu’il est plus facile de s’intégrer dans une société. C’est plus facile pour les espagnols de vous aimer s’ils savent que vous aimez leurs terres. » Sam, réfugié gambien et militant écologiste.

Les réfugiés, une opportunité pour redynamiser les campagnes

La Bolina a élu domicile dans la vallée de Lecrín dans la province de Grenade en Andalousie. L’Andalousie représente une zone de production clé en Espagne et à l’échelle européenne. Avec la population locale, l’association intègre réfugiés et migrants en milieu rural en voie de dépeuplement. Les différentes communautés cessent alors de cohabiter de façon parallèle pour laisser place au vivre ensemble.

 « Le projet s’attaque à des problèmes qui sont intimement liés que sont le changement climatique, certains modèles économiques, le dépeuplement rural et la migration. Nous proposons un modèle de vie durable en zone rurale autour d’activités agricoles, renforçant ainsi l’économie locale. » María, co-fondatrice du projet.

Le groupe est à l’initiative de formations en permaculture et agroécologie enseignées par et pour des réfugiés. Loin de considérer les immigrés comme une main-d’œuvre disponible pour le système agroalimentaire, La Bolina est un projet inclusif qui valorise les capacités des gens à collaborer, à penser de façon créative et à réinventer leur environnement par l’entrepreneuriat, la participation et la revitalisation de l’économie locale.

« J’ai acquis de nombreuses compétences au cours de la formation en permaculture, agroécologie et commercialisation. Aujourd’hui, un professionnel m’enseigne les méthodes traditionnelles de culture d’oranges. Si tout se passe bien, je continuerai à travailler avec lui. Cela me permettra de contribuer positivement à l’économie locale et à l’environnement tout en me construisant une vie ici en Espagne. » Muctar, demandeur d’asile gambien.

Quand le bassin méditerranéen tire sa compétitivité des travailleurs immigrés

La Bolina n’est malheureusement pas représentative des expériences de travail et d’emploi des travailleurs immigrés, en Espagne comme ailleurs. Fort de ses 400 000 hectares, le bassin méditerranéen est la seconde zone de production dans le monde, après l’Asie. Gros pourvoyeur d’emplois peu qualifiés, il mobilise une force de travail en situation précaire et notamment une main-d’œuvre immigrée. C’est d’autant plus paradoxal que le taux de chômage est élevé dans ces zones. Mais les bas salaires et la pénibilité des tâches ont eu raison de la motivation des travailleurs locaux. Ajoutez à cela un flux permanent d’immigrés prêts à accepter ces conditions. C’est de cet esclavage des temps modernes que dépend la compétitivité du secteur agricole de la région qui parvient ainsi à tirer son épingle du jeu de la concurrence internationale.

Chaque année, des milliers de tonnes de fruits et légumes sont récoltés dans le sud de l’Europe par des ouvriers saisonniers migrants payés entre 20 et 25€ par jour. Pour la plupart sans-papiers, privés de facto de protection sociale et d’assurance maladie.

« Le syndicat dénonce ces abus devant la Justice et alerte l’opinion publique sur cet esclavage moderne. Toute personne qui rentre dans une serre doit avoir un salaire et un logement dignes. Les luttes syndicales sont difficiles avec les clandestins, parce qu’ils ont peur de l’expulsion. L’immigré est conscient de l’exploitation, quand il a des papiers il s’en va. » Spitou Mendy, ancien porte-parole du Sindicato Andaluz de Trabajadores.

L’initiative de La Bolina mériterait de passer à l’échelle supérieure et de bénéficier de répliques afin de donner aux migrants et aux réfugiés un vrai statut. C’est à cette condition que les migrations pourront devenir des alliés dans le maintien du tissu social et d’une agriculture à taille humaine dans les zones rurales européennes.

Rédaction : Jessica Pipyn, stagiaire

En savoir plus

Lire le numéro complet du Supporterres n°9 de septembre 2019 : « Migrations : le monde rural en mouvement »