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Femmes et activités non agricoles : refus de la fatalité au Burkina Faso

Burkina Faso • Économie sociale • 8 mars 2020

Du fait d’une charge plus importante supportée dans le secteur agricole, des travaux ménagers et de soins mal ou pas du tout rémunérés par unité de temps de travail, les femmes rurales ont un accès plus restreint que les hommes aux possibilités d’emplois rémunérés dits « non agricoles ».  Ces emplois sont pourtant importants pour combler les revenus agricoles insuffisants dans les pays pauvres. Mais leur emploi du temps est accaparé par les activités désignées comme « non qualifiées ». De plus, elles constituent la majorité des analphabètes, par manque de temps libre pour se former, s’informer et changer leur destin. Une ONG burkinabè a refusé la fatalité.

Formation, agroécologie et femmes, les trois piliers de l’APIL

L’APIL (Action pour la promotion des initiatives locales), fondée en 1998, est née d’une initiative d’un groupe de jeunes Burkinabè déçus par les stratégies d’intervention des organismes de développement dans le centre nord et le plateau central. Leur objectif était de promouvoir les initiatives du développement durable sensibles au genre.

Sur le plan de l’alphabétisation et de la formation des populations, 140 centres ont ainsi permis à 3920 producteurs.trices d’apprendre à lire, écrire et calculer dans leurs langues maternelles. L’ONG a également initié et financé 255 projets socio-économiques (embouche ovine, maraîchage, petit commerce, artisanat) en faveur de l’amélioration des conditions de vie des femmes. Des formations en techniques de gestion financière et de négociation commerciale ont par ailleurs permis à 255 femmes d’être autonomes dans la gestion de leurs projets.

Transformation et commercialisation des produits forestiers non ligneux

Parallèlement, un programme d’appui au développement des activités non agricoles a démarré en 2009. APIL a alors réorienté son appui sur la transformation des produits forestiers non ligneux (PFNL) après que les bénéficiaires aient elles-mêmes exprimé leur désir de s’investir dans cette activité qui s’avère être rentable et prometteuse du fait non seulement de l’existence d’un marché potentiel mais également de la maitrise de l’activité par la quasi-totalité des femmes.

Ainsi, une somme de 101 250 000 FCFA (soit 154 000 € environ) a été octroyée comme crédit à 675 femmes pour mettre en place un kiosque de vente de leurs produits. Le kiosque constitue une vitrine pour la promotion de tous ce que les femmes font dans les différents villages. Ces actions ont eu pour effet la réduction des inégalités de genre dans le secteur de l’entrepreneuriat rural en améliorant non seulement les revenus des femmes mais aussi leur statut social.

Mme Bibata Sawadogo, 44 ans, secteur 4 de Ziniaré, région du Plateau Central témoigne :

« Je suis la présidente de l’association « Tell Taba », composée de 12 membres. Nous avons bénéficié de ce kiosque de vente de produits forestiers non ligneux grâce à l’accompagnement de l’ONG APIL. Nous avons reçu des appuis technique et matériel au début, mais présentement nous nous en sortons seules. Notre activité consiste à valoriser les produits forestiers non ligneux par la transformation, le conditionnement et la vente. Nous avons une diversité de produits dont le soumbala, les feuilles de baobab (sec et en poudre) pour la sauce, nous avons le jujube (en farine et en biscuit), nous avons le pain de singe (en gâteau et poudre), il y a aussi le zamnê… Notre boutique ravitaille les villes de Ouaga, Bobo, Kaya, Kongoussi car les produits sont de meilleure qualité : dès qu’un client a à faire à nos produits, il ne peut plus s’en défaire.

Depuis 2013, cette activité nous procure en moyenne un revenu net de 315.000 FCA par mois (soit 480 € par mois environ). Le tiers de ce revenu est réinvesti dans l’activité, un autre tiers est gardé en épargne dans un compte ouvert à cet effet et, enfin, le dernier tiers est partagé entre les femmes selon des critères que nous avons édictés ensemble. J’avoue que notre fonctionnement et notre succès suscitent de la curiosité et de la convoitise chez les autres femmes. Celles-ci se sont essayées à l’activité, mais elles ont des difficultés de vente, elles viennent auprès de notre organisation pour s’inspirer des stratégies de vente car elles n’ont pas eu la chance d’être accompagnées comme nous.

Notre vie a vraiment changé grâce à cette initiative de valorisation des PFNL. Grâce à cette entreprise, nous sommes épanouies, nous avons un cadre pour échanger sur nos problèmes et nous soutenir mutuellement. Nous avons de quoi nous occuper en saison sèche après les travaux champêtres et nous épargnons pour parer à toute éventualité de dépenses urgentes. Avec cette activité, moi, particulièrement, j’arrive à m’acheter des pagnes de qualité et à subvenir aux besoins de ma famille. »

Rédactrice : Mireille Mizero, volontaire

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