Front commun face à la crise du café

Le secteur du café au Pérou fait face à une grave attaque de rouille depuis 2012. Cette maladie causée par un champignon a permis de révéler le rôle crucial que jouent les coopératives pour les petits producteurs, mais aussi leur fragilité. Exemple de la coopérative « La Florida », soutenue par la Centrale Café Cacao du Pérou et SOS Faim.

Le Pérou est un des plus gros producteurs de café au monde (168 000 tonnes en 2015). 92% de la production nationale est destinée à l’exportation. On dénombre plus ou moins 225, 000 producteurs de café dans le pays, soit 10% des agriculteurs nationaux. La majorité de ces producteurs vivent dans la forêt semi-tropicale, « la Selva », en raison des conditions climatiques nécessaires à la culture du café. La superficie moyenne de leur exploitation est de 2,5 hectares chacun.

Ces dernières années, la production péruvienne de café a connu une croissance modérée, affectée récemment par la maladie de la rouille. La production est passée de 332 000 tonnes en 2011 à 256.000 tonnes en 2013 .

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La rouille, une maladie aux conséquences catastrophiques

La dernière épidémie de rouille du café est survenue en 2008 en Colombie. Elle s’est depuis étendue au reste de l’Amérique latine et est la plus sévère qu’ait connu le continent.

Cette maladie est causée par un champignon qui colonise les feuilles du caféier et les fait tomber en quelques jours. Certaines variétés sont plus sensibles à ce champignon. L’âge et la santé de la plante influencent également la propagation de la maladie.

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Cirilo, membre de la coopérative « La Florida », voit ses feuilles de caféier complètement jaunies par la rouille et la majorité de ses plants sont morts.

 

Le cycle naturel du café est assez long. En effet, un plant ne produit des cerises de café qu’après trois ans et ne devient rentable pour les producteurs qu’au bout de cinq années. Cette réalité n’incite pas les producteurs à renouveler fréquemment leurs plants, ce qui a facilité le développement rapide de l’épidémie au Pérou. La maladie touche aujourd’hui une grande partie de la zone de culture du café du pays et la production nationale a baissé de près de moitié en quatre ans.

 

 

Le rôle majeur des coopératives

Avec près de 2,25 milliards de tasses buent par jour, le café est le deuxième produit, en valeur, sur le marché mondial après le pétrole. La plupart des producteurs péruviens travaillant sur de petites surfaces, ils s’associent souvent en coopérative pour pouvoir mieux se positionner dans ce marché énorme. Environ 30% d’entre eux font partie d’une coopérative ou d’une association de producteurs.

La coopérative « la Florida » soutenue par SOS Faim depuis 1995 en est un bon exemple. Première coopérative de café bio au Pérou, elle fête ses 50 ans cette année. Elle offre différents avantages à près de 1000 coopérateurs de la région :

– un marché stable pour écouler leur café à un prix juste et équitable (souvent supérieur au prix de « la rue »).
– des formations en vue de renforcer leurs capacités techniques (contrôle des maladies, gestion des parcelles, techniques agroécologiques, etc.)
– un accès au crédit adapté à leur réalité (via l’institution financière « Credito Florida »).
– un renforcement de leur pouvoir de négociation sur le marché national et international

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Quand une crise survient, les intérêts individuels prennent parfois le pas sur le coopérativisme et la solidarité. C’est ce qui s’est passé à La Florida après la crise de la rouille.

 

Dimension économique vs. dimension sociale

Malheureusement, durant les années fastes, la dimension économique de la coopérative a été largement priorisée par rapport à la dimension sociale . La forte augmentation des membres ne fut pas accompagnée d’un processus d’adaptation de la structure, ni d’une réappropriation de son fonctionnement par les producteurs. Ceux-ci la percevaient plutôt comme un « bon marché » où vendre leur café.

La crise de la rouille, qui a débuté en 2012 au Pérou, a décimé les plantations de la Selva et affecté lourdement la santé de la coopérative. Ce faisant, elle a révélé une grosse crise de gouvernance et un manque de solidarité entre les producteurs. La production a chuté brusquement en un an et l’association a perdu de nombreux membres. Le mercantilisme avait pris le pas sur le coopérativisme !

C’est ce principe de coopérativisme que les nouveaux administrateurs tentent de réinstaurer doucement parmi les membres avec l’aide de la Centrale Café Cacao du Pérou (CCCP). Cette organisation nationale créée en 2003 par 13 coopératives de café et cacao cherche à résoudre les problèmes communs rencontrés par les producteurs. Depuis quelques années, SOS Faim a misé sur un soutien plus important auprès de la CCCP, avec comme intention d’augmenter la portée et les effets des appuis octroyés aux coopératives.

Michele Marchi, bénévole

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