Qui dirige la Compagnie agricole du Sénégal ?

Financés par la BAD, ses dirigeants se taisent

Etablie depuis bientôt trois ans dans la région de la vallée du fleuve Sénégal, la Compagnie agricole du Sénégal (CASL) a l’ambition de produire du riz à une échelle quasi industrielle. Elle dispose pour cela de terres, d’un financement très généreux, et de la bienveillance des autorités. Mais ses dirigeants préfèrent garder le silence…

A lire : un reportage de Mohamed Gueye, dans la nouvelle édition de Défis Sud, dont nous en résumons ci-dessous les points essentiels.

 

La générosité de la BAD

Il est avéré que la Banque africaine de développement  (BAD), conjointement avec la Banque européenne d’investissement (BEI), a accordé un financement de plus de 30 millions d’euros pour le développement des activités de la CASL. C’est plus que ce qu’a jamais reçu une entreprise individuelle au Sénégal dans le domaine agricole ou même agroindustriel. Au bureau de la BAD à Dakar, on n’a qu’une seule explication, «la volonté du Sénégal de devenir autosuffisant en matière de production de riz doit être encouragée. Et le DG de la BAD a dit que c’est le secteur agricole qui est susceptible de créer le plus d’emplois en Afrique».

La même attitude semble avoir été adoptée du côté des pouvoirs publics. Si prompt à communiquer pour démontrer les efforts qu’il accomplit dans le domaine de la production de riz, le ministère de l’agriculture se plonge dans le mutisme quand lui est posée la question du financement accordé à la CASL. De plus, alors que des sociétés beaucoup plus vieilles et expérimentées ont des difficultés à être financées, la société franco-sénégalaise parvient à trouver, presque en claquant des doigts, plus de 31 millions d’euros. Cela aurait mérité que ses contributeurs en parlent plus longuement qu’ils ne l’ont fait à ce jour.

Des capitaux français et un fils de chef d’Etat

Immatriculée comme entreprise à capitaux français et sénégalais, la CASL est détenue en majorité par une société française dénommée Arthur Straight Investissements (ASI), dirigée par M. Laurent Nicolas. A Saint-Louis, les opérations sont sous la tutelle de M. François Grandry, dont une partie de la famille s’est établie au Sénégal depuis l’époque de la colonisation française, et s’est longtemps activée dans l’agro-industrie.

Parmi les fondateurs de la CASL, l’on retrouve un ancien cadre dirigeant du Conseil national de concertation et de coopération des ruraux (CNCR), M. Ousseynou Ndiaye, producteur de riz bien implanté dans son terroir. A Ross Bethio, les autorités se souviennent qu’il a démarché les villageois pour obtenir qu’ils lui cèdent des terres, ou qu’ils établissent un protocole qui permettrait à certains d’entre eux de produire du riz pour le compte exclusif de la CASL. Pour sa part, il assure n’avoir joué d’autre rôle que celui de consultant pour la société à ses débuts. «Je n’ai poussé personne à vendre ses terres», a-t-il soutenu

Mais le partenaire sénégalais le plus en vue dans ce projet n’est autre que Makhtar Diouf, dit Pedro, fils aîné de l’ancien président de la République Abdou Diouf. Depuis l’arrivée au pouvoir de Macky Sall, proche de son père, il a notamment acquis le monopole du contrôle de la charge à l’essieu des véhicules poids lourds, sur l’axe Dakar-Bamako. Sa compagnie (Afrique Pesage) n’était pas connue avant de décrocher ce contrat, et ne semblait donc pas disposer de l’expérience nécessaire pour cette activité…

A lire : Le reportage complet de Mohamed Gueye dans le Défis Sud annuel