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La politique de coopération belge inefficace pour éradiquer la faim

Faim • 8 mars 2020

-DÉFIS SUD-

La Coalition Contre la Faim, qui regroupe une vingtaine d’ONG belges travaillant sur la sécurité alimentaire et les questions agricoles, a interpellé les parlementaires fédéraux belges en début d’année sur l’inefficacité de la politique de coopération menée actuellement pour lutter contre la faim. Les ONG belges ont également présenté leurs recommandations afin de rendre la coopération belge plus adéquate pour lutter efficacement contre l’insécurité alimentaire.

Un engagement international fort pour éradiquer la faim

En 2015, les 193 pays membres de l’ONU s’engageaient à atteindre 17 objectifs de développement durable d’ici 2030. Le deuxième des ces objectifs prévoit d’« éliminer la faim, assurer la sécurité alimentaire, améliorer la nutrition et promouvoir l’agriculture durable » d’ici 10 ans. Malgré cet engagement ambitieux, le nombre de personne souffrant de la faim dans le monde augmente à nouveau depuis 2015. En 2018 ce nombre s’élevait à 821 millions, soit une personne sur 9.

Dans ce contexte où il est plus que jamais urgent d’élaborer des politiques adéquates pour lutter contre la faim, les ONG constatent que la politique belge, centrée sur l’appui à l’entreprenariat agricole et le développement de filières à potentiel marchand, mise en œuvre depuis 2017 par le ministre De Croo, s’avère inefficace pour atteindre cet objectif.

Une stratégie belge inefficiente

Une évaluation indépendante commandée par les parlementaires belges, concernant l’abrogation du fonds belge de sécurité alimentaire et la politique de coopération actuelle, partage ce constat et vient confirmer l’analyse des ONG belges. L’évaluation conclut entre autres que la nouvelle stratégie de lutte contre la faim développée par le ministre amène une « rupture avec les orientations passées, entrainant des arrêts abrupts dans des investissements en sécurité alimentaire envisagées sur le long terme ». Et qu’elle prend très peu en compte les éléments permettant de lutter contre l’insécurité alimentaire.

L’évaluation se montre critique par rapport aux nouveaux programmes de coopération, qui « en se focalisant essentiellement sur quelques filières et sur les besoins du marché, […] privilégient un entreprenariat agricole qui vise prioritairement à répondre aux besoins du marché au détriment de celui qui ne s’y consacre qu’après avoir rencontré les besoins nécessaires à sa propre subsistance. » Pourtant, dans les pays partenaires de la Belgique, où le niveau de pauvreté est considérable, la préoccupation première de nombreux agricult.eur.rice.s est de subvenir aux besoins élémentaires de leur famille. La grande majorité des agricult.eur.rice.s dans ces pays ne sont donc pas en mesure d’accéder à ses chaînes de valeurs promues par cette nouvelle orientation. En conséquence ils ne bénéficient nullement de la coopération au développement belge.

Réorienter la politique de lutte contre la faim

Il est donc nécessaire que la Belgique revoie sa stratégie de coopération dans le secteur de l’agriculture et de la sécurité alimentaire afin de toucher en priorité les populations les plus vulnérables et de manière plus efficiente. Pour les ONG actives dans la lutte contre la faim et l’agriculture durable, et ayant une connaissance approfondie du terrain dans les pays partenaires, cette stratégie doit assurer la participation active des groupes affectés par la faim ainsi que des organisations paysannes dans l’élaboration des programmes de coopération. Plus largement, la politique belge devrait se concentrer sur le développement de systèmes alimentaires durables, basés sur l’agroécologie, l’agriculture familiale et les circuits locaux et justes, tout en apportant un soutien particulier notamment aux organisations de femmes en milieu rural. Le soutien à l’entrepreneuriat agricole quant à lui doit viser en priorité les TPE-PME locales et surtout les entreprises sociales et coopératives locales.

Les ONG travaillent actuellement étroitement avec des parlementaires de la commission relations extérieures afin de remettre la lutte contre la faim au centre de la coopération au développement et d’obtenir une réorientation de la stratégie pour y parvenir. La priorité à court terme est donc que soit revue la stratégie « agriculture et sécurité alimentaire » du gouvernement belge et d’assurer qu’au moins 15% de l’aide publique au développement aille à la lutte contre la faim comme il s’était engagé à le faire à partir de 2015.

Plus d’informations,  Eloïse De Keyser : eloise.dekeyser@sosfaim.ong