Le CENADEP, ce porteur d’alternatives

Promouvoir et renforcer les communautés de base pour que celles-ci aient les moyens de réaliser leurs ambitions, c’est le défi que s’est lancé le Centre National d’Appui au Développement et à la Participation populaire (CENADEP). Rencontre avec son directeur, Danny Singoma.

Quel est le contexte congolais dans lequel vous agissez ?

Au niveau politique, avant 2001, il n’y avait pas d’élection, les dirigeants étaient nommés. Il s’est donc créé un problème d’éloignement et de méfiance entre les gouvernants et la population. Actuellement, les élections n’ont lieu qu’à partir d’un niveau provincial. Les communautés locales sont donc obligées de coopérer avec des gens qu’elles n’ont pas élus.
Sur le plan agricole, les enjeux sont multiples. Au niveau national l’agriculture est présentée comme un secteur prioritaire contribuant largement au budget de l’État, et la création de parcs agroindustriels est considérée comme une stratégie déterminante dans cette vision. Au niveau local, il y a la question de l’agriculture paysanne qui devrait être soutenue par le gouvernement mais qui est souvent délaissée.

Quel est alors le rôle du CENADEP ?

Alors que nous nous demandions si les autorités prenaient en compte les besoins des populations et leurs volontés dans la mise en œuvre des programmes de développement, nous avons créé le CENADEP. Son intervention est marquée par trois dimensions :

– la dimension communautaire, pour que les communautés prennent en main leur propre destinée et leur plaidoyer ;
– la dimension politique et citoyenne, afin qu’elles connaissent leurs droits et leurs devoirs pour qu’elles puissent les revendiquer et les négocier ; et
– la dimension économique, afin qu’elles se positionnent dans la société et puissent tirer profit des activités qu’elles mettent en œuvre.

Le CENADEP n’est donc pas une alternative, mais il se veut porteur d’alternatives. Les organisations paysannes doivent trouver leur place à côté de cette grosse agriculture sans que les politiciens ne freinent leur élan.

Comment vous y êtes-vous pris au début ?

Dans la zone où nous agissons, nous identifions les partenaires et travaillons avec eux afin de déterminer les besoins, les forces et les faiblesses. Ensuite, nous travaillons sur les potentiels des différentes organisations et leurs revendications et les encourageons pour qu’elles réfléchissent aux alternatives à créer face aux politiques en place.

Nous avons aussi créé un journal qui s’appelle « La voix du paysan congolais ». Ce journal sert d’outil de pression politique, de plaidoyer mais aussi de communication technique et de formation générale sur l’agriculture. Il crée un lien entre les producteurs agricoles et le monde politique et est une alternative aux canaux habituels de communication. Ainsi, en 2011, lorsque nous étions en train de travailler sur les lois agricoles, les paysans ont lancé un slogan « pas de lois, pas de voix » et le journal a porté ce message. Cela a frappé les esprits et a contribué, en partie, à l’acceptation des lois agricoles par les politiciens.

Quelle est la situation aujourd’hui ?

Elle a évolué. Il ne faut plus aller chercher les gens pour les inciter à faire partie d’une organisation, ils sont déjà organisés. Mais nous les aidons à s’organiser à un niveau plus élevé, au-delà du niveau communautaire. Un des défis est que ces organisations travaillent ensemble. Nous essayons donc de les structurer autour de faîtières plus grandes pour porter leur combat social et politique à un niveau plus haut.

Un autre défi est alors de renforcer ces représentations d’organisations paysannes des niveaux élevés (régional, provincial), pas seulement sur le plan organisationnel mais aussi sur les questions de participation économique et citoyenne, pour qu’elles soient en mesure d’interpeler les décideurs au plus haut niveau.

Comment comptez-vous encore développer les alternatives ?

Nous voulons renforcer les partenariats public-privé, car pour le moment, il n’y a que le plaidoyer envers le pouvoir public. Les partenariats seraient à développer avec des institutions de recherches, des universités, et des entreprises qui répondent aux revendications communautaires.

L’objectif sur le long terme est de passer d’une alternative qui se développe à côté du pouvoir, à un dialogue entre les différentes parties. Cela permettrait aux différentes organisations de ne plus se sentir seules et s’engager dans un partenariat plus formel et plus durable qui réponde aux besoins des paysans. Les communautés deviendront ainsi des acteurs incontournables au sein de leur pays.

Hélène Coppens, bénévole