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Le plaidoyer : impact et défis pour la défense des paysan.ne.s

Burkina Faso • Agriculture familiale • 16 mars 2021

L’Afrique des années  1980-1990 est marquée par un certain  désengagement des Etats visà-vis du développement agricole de leur pays. Une « effervescence associative » prend alors forme dans la mise en place d’organisations paysannes (OP). L’effet est tel qu’il s’agit aujourd’hui de la forme d’organisation la plus répandue en Afrique de l’Ouest pour défendre l’intérêt des paysans. Mais confrontées à certaines difficultés, l’élaboration de stratégies viables est une condition sine qua none pour améliorer leur efficacité sur le long terme et permettre ainsi leur pérennité.

LA PUISSANCE D’ACTION DU PLAIDOYER

Pour les agriculteur.trice.s, être membre d’une OP leur permet non seulement de mutualiser les ressources et l’accès au marché et de bénéficier de services mais aussi d’unir leurs forces pour se faire entendre via des actions de plaidoyer.

Le plaidoyer est la défense délibérée d’une cause politique ou de personnes dans le but d’améliorer les conditions de vie de groupes défavorisés par un système. Destiné à influencer les décideurs politiques, il peut prendre différentes formes : réunions avec les autorités locales et nationales, participation à des comités, des plateformes, des conférences, diffusion de communiqués de presse…

Concrètement, l’objectif du plaidoyer est double :

  • Faire remonter jusqu’aux pouvoirs publics les besoins et les difficultés des paysans. C’est  le cas notamment lors d’une sécheresse ou pour des difficultés d’accès au crédit, par exemple. Sur base de ces informations, le gouvernement peut ainsi prendre des mesures comme l’indemnisation des agriculteurs ou encore la facilitation de la microfinance rurale.
  • Partager leur expertise du terrain lors de l’élaboration de lois qui concernent directement les agriculteur.trice.s.

Les OP ont progressivement gagné en importance et jouent un rôle significatif aujourd’hui. La « Confédération paysanne du Faso », par exemple, a œuvré de façon significative  dans le processus de réforme foncière du Burkina Faso. Les OP y ont également obtenu le développement des achats de denrées locales, comme le riz par exemple, par les autorités publiques. Des mobilisations ont aussi eu lieu pour lutter contre l’importation de certaines denrées, c’est le cas de l’oignon au Sénégal, lorsque c’est la saison de la production locale. Au Mali, les OP ont quant à elles obtenu de réserver au moins 15% des terres à des groupements de femmes et de jeunes.

D’ailleurs, pour pallier le manque de visibilité des femmes au sein de la gouvernance des OP, des structures émergent pour porter leur voix (voir rubrique Focus). Ainsi, progressivement le rôle des femmes dans l’activité agricole pénètre les discours sur le terrain au niveau des OP locales.

LA VIABILITÉ DES OP COMPROMISE ?

Cependant, les organisations paysannes connaissent aussi certaines difficultés. Le manque de ressources techniques et économiques permettant de mettre en commun les demandes des membres et proposer des activités peut être un frein à leur développement. Si les membres paient des cotisations, elles ne sont souvent pas suffisantes pour couvrir les frais de gestion. Ainsi, le départ de certains acteurs financiers peut remettre en question la viabilité économique et financière d’une OP.

Bien que le facteur économique soit un critère important, le facteur humain est lui aussi essentiel. En effet, le manque de stratégie commune et de consensus au sein des  membres peut amener à éloigner la gouvernance de leurs membres de base. L’absence  de reconnaissance par les autorités nationales et par les institutions internationales peut  aussi s’avérer être handicapante.

À l’inverse, si les organisations paysannes ont une légitimité, c’est parce qu’elles sont en connexion avec leurs membres mais aussi reconnues par les pouvoirs publics. Or, être ainsi mises en avant crée un risque d’opportunisme de la part des dirigeants pouvant amener ces organisations à perdre leur contact avec le terrain au profit de certains avantages plus personnels.

Enfin, la viabilité organisationnelle des OP peut être parfois mise en péril si la relève est inexistante ou si les membres leader ne cèdent pas leur place.

Rédactrice : Jehanne Seck, volontaire

Cet article est tiré du Supporterres n°15 de mars 2021 « Organisations paysannes, l’union fait la force! »

EN BONUS

Pour en savoir plus sur le plaidoyer et les facteurs de réussite d’une campagne, découvrez le dernier numéro de Dynamiques Paysannes « Influencer les décideurs. Expériences de plaidoyer pour l’agriculture paysanne »

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