Les APE, ange ou démon ? Regard croisé Nord-Sud

Les Accords de Partenariat Économique (APE) entre l’Union européenne (UE) et l’Afrique de l’Ouest (AO) vont être signés cette année. Ces APE sont fortement critiqués et les négociations sont longues et sinueuses. Ibrahima Coulibaly, leader paysan malien, et Enrique Guerrero Salom, Eurodéputé espagnol du Groupe Socialiste portent un regard croisé dans le dernier Dajaloo.

APE regards croisés

Les APE sont-ils positifs pour l’Afrique de l’Ouest ?

Pour Guerrero Salom, les APE offrent des conditions favorables à l’AO : « Les APE ont l’avantage de dépasser le secteur économique. Ils comportent des clauses sociales, prônent l’application du commerce régional, développement durable ainsi qu’un plus grand contrôle parlementaire sur leur mise en oeuvre ».

Ibrahima Coulibaly ne partage pas cette lecture : « Les APE, c’est le pire des scénarios. Si cet accord est mis en oeuvre, ce qui ne fonctionne pas dans nos pays aujourd’hui va s’aggraver davantage. Toutes les études ont montré l’impact négatif pour le développement de la région ouest-africaine. Pas une seule étude sérieuse n’a pu démontrer le contraire ».

Coulibaly met l’accent sur l’asymétrie économique de départ entre l’UE et l’AO. 

Même si les aides à l’exportation sont interdites au sein de l’UE, cette dernière octroie toutefois des subventions à la production qui font que les produits européens sont plus compétitifs que les africains. « L’Europe peut déverser chez nous sa production à bas coût. Les produits d’Europe vont concurrencer notre production, les agriculteurs ne vendront plus et la pauvreté va encore augmenter ». Cela aura comme incidence de faire baisser les incitations à la production : « quand vous ne pouvez pas vendre ce que vous produisez, pourquoi produire plus ? »

Sur ce point, Monsieur Guerrero est d’accord : « Nous soutenons que les pays signataires d’un APE  doivent bénéficier d’une certaine flexibilité afin de préserver leur secteur agricole. Nous sommes d’accord de revoir les subventions et de réduire les productions européennes excédentaires. C’est un sujet sur lequel nous travaillons en coordination avec les chefs des politiques agricoles de l’UE ».

Le développement du commerce intra-régional comme alternative

Coulibaly est convaincu que les APE ne sont pas la solution pour développer l’Afrique et lutter contre la pauvreté.

Selon lui, il est préférable de favoriser l’intégration régionale des pays. « La Communauté  Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) sera morte le jour où les accords entreront en vigueur. L’intégration économique va mourir car le commerce intra-régional va disparaître au profit des échanges avec l’Europe. Or, notre seule chance aujourd’hui de créer de la richesse et des emplois, c’est précisément de développer le commerce intra-régional ».

Guerrero le rejoint sur ce point : « Si un accord est fait avec une région, mais que certains pays décident de ne pas adhérer à l’APE, la segmentation régionale et les effets sur le commerce intra-régional pourraient être importants ». Dans ce sens, il se montre également favorable au développement  de l’intégration régionale : « Nous, en tant que Groupe Socialiste, défendons la consolidation des marchés régionaux et la promotion de véritables unions douanières, libres de barrières tarifaires. Notre position est de stimuler principalement l’intégration régionale ».

L’immigration, un dégât collatéral aux APE

Coulibaly met en garde quant à une autre dérive liée aux APE qui pourrait être nocive aussi bien pour l’UE que pour l’AO : l’augmentation de l’immigration des jeunes africains vers l’Europe.

« Aujourd’hui, c’est déjà difficile de maintenir les jeunes dans les villages. Ils ne croient plus à l’agriculture et délaissent le secteur au profit des mines ». Ajouter à ce contexte difficile un APE équivaut à détruire le secteur agricole.

Coulibaly va plus loin et prédit une voie sans issue avec les APE pour la jeunesse africaine : « Il y aura bientôt des milliers de bateaux qui vont partir vers l’Europe. Si on détruit les seules sources de revenus qu’on a, que vont faire les jeunes? Soit ils vont venir en Europe, soit ils vont prendre les armes ».

Guerrero Salom propose une autre lecture sur ce point. Pour lui, les APE constituent des outils en vue d’améliorer cette situation : « Nous soutenons des APE cohérents avec pour objectif principal de créer un développement inclusif et durable qui aide à créer des moyens de subsistance décents et des emplois de qualité ».

Bruno Arce Baigorri, bénévole

En savoir plus?

Lire le dernier Dajaloo sur les Accords de partenariat économiques

Lire l’article « NON aux accords de partenariat économique (APE) »