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Loin des clichés : les visages de la migration

Faim • 13 septembre 2019

Ils s’appellent Souleymane, Consuelo, Ken… Autant de noms que de raisons de migrer différentes. Une réalité migratoire complexe, souvent bien au-delà des clichés. Migrer c’est aussi un droit dont chacun devrait pouvoir disposer librement. C’est lutter contre les inégalités. C’est transmettre également.  Regard sur un phénomène jugé trop souvent négativement.

« Les migrations sont aussi anciennes que l’histoire de l’homme ». Ces mots de Ken Ndiaye, né au Sénégal et échevin de la culture à Ixelles depuis 2018, soulignent leur caractère constant, lié aux changements structurels des sociétés. Alimentées par les disparités socio-économiques entre régions, les migrations concernent rarement, contrairement aux idées reçues, les plus pauvres. Ces derniers sont contraints à une mobilité réduite, faute de moyens.

On migre surtout au sein de son propre pays

Le spectre migratoire est large. Il s’étend des migrations volontaires, majoritaires au niveau international, aux migrations forcées. Les premières sont principalement liées à des motifs économiques, les secondes découlent de conflits ou de catastrophes naturelles. Entre les deux, une multitude de variantes existent.

Les flux migratoires entre pays en développement sont légèrement supérieurs à ceux entre pays en développement et pays développés. Quant aux réfugiés internationaux, 85% sont accueillis par des pays en développement. En Afrique subsaharienne, plus de 80% d’entre eux vivent en zone rurale.

Le phénomène migratoire le plus important reste la migration interne. A l’échelle mondiale, cette migration concerne environ 760 millions de personnes, soit trois fois l’effectif des migrants internationaux. Une majorité de ces migrants migrent entre zones rurales ou de zones urbaines à zones rurales. En Afrique subsaharienne, les migrations rurales représentant 75% des déplacements internes.

Pourquoi migrer ?

Souvent parce qu’on ne voit pas d’alternative pour échapper à la pauvreté rurale et à l’insécurité alimentaire. Des raisons intimement liées au chômage, aux phénomènes météorologiques extrêmes, aux conflits, à l’instabilité politique et au manque d’accès aux services publics.

Selon la FAO, les facteurs démographiques jouent aussi un rôle important « en particulier lorsqu’ils sont associés à d’autres facteurs, comme le caractère limité des ressources naturelles ». En situation de pénurie de terres agricoles et faute de perspective d’emploi en zones rurales ou à proximité, ils incitent les jeunes ruraux à migrer.

Enfin, la demande de travailleurs saisonniers, domestiques et de pêcheurs migrants stimule la migration.

Migrer pour réduire les inégalités

L’émigration rurale permet de diversifier les revenus, de réduire les risques. Les fonds envoyés aux proches améliorent leurs conditions de vie et peuvent être investis dans des moyens de production agricole. Ainsi, la migration joue un rôle important dans la sécurité alimentaire. Pour Consuelo Perez issue de la migration équatorienne, les migrants sont aussi des acteurs de développement pour le pays de destination et d’origine. Migrer c’est apporter sa main-d’œuvre et son savoir. C’est acquérir des compétences qui pourront être transmises dans la communauté d’origine. C’est participer au financement de projets de développement communautaire.

Le coût migratoire

Pour la famille et la communauté d’origine, la migration engendre une perte de main-d’œuvre. Une perte d’autant plus importante que ce sont souvent les jeunes et les plus instruits qui migrent. La charge de travail du conjoint peut augmenter, tout comme le risque de faire travailler les enfants. Pour les migrants, comme Souleymane, l’intégration peut être difficile. Migrer devient synonyme de pauvreté, de clandestinité et d’exploitation. C’est aussi parfois mobiliser des ressources familiales, avec pour conséquence une attente de « retour sur investissement ». Un coût humain, économique et social difficile à évaluer.

L’enjeu : faire de la migration un vrai choix

Il est crucial d’assurer des voies légales et sûres de migration. Mais aussi d’établir un cadre permettant de maximiser leurs effets positifs. Pour la FAO, il faut, de plus, « renforcer la résilience des populations rurales menacées par les catastrophes et les conflits, […] aider les pays et les communautés d’accueil » et affronter les causes des migrations de détresse. À ce titre, soutenir l’agriculture et le développement rural est essentiel pour lutter contre ces causes migratoires et ce, d’autant plus que « d’ici 2050, plus de la moitié de la population des pays les moins avancés vivra encore en milieu rural ».

Ressource pour aller plus loin : FAO. 2018. La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture 2018. Migrations, agriculture et développement rural. Rome.

Crédit photo : Roger Job

Rédaction : Jessica Vanrenterghem, volontaire

En savoir plus

Lire le numéro complet du Supporterres n°9 de septembre 2019 : « Migrations : le monde rural en mouvement »