SOS Faim
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Maintenir la fertilité des sols grâce aux paysannes et aux paysans du Sénégal

Sénégal • Agriculture familiale • 30 septembre 2019

-Défis Sud-

LONU et la FAO alertent depuis plusieurs décennies sur la dégradation des terres arables. Dans le cadre de son mémoire de fin d’études agronomiques (1) , Corentin Debosschere s’est rendu au nord-ouest du Sénégal où les terres se dégradent malgré les efforts du gouvernement sénégalais et des organisations paysannes. Le travail de Corentin Debosschere propose  une série de pistes qui respectent les pratiques agro-pastorales actuelles.

SOS Faim et son partenaire local la FAPAL (Fédération des Associations paysannes de la région de Louga) sont associées de manière stratégique dans le but de maintenir la fertilité des sols dans cette région où plus de 70% des ménages dépendent de l’agriculture familiale. Elles ont souhaité une meilleure compréhension des pratiques locales de fertilisation, d’entretien et de régénération des terres afin d’évaluer les projets mis en place et de réaligner leurs orientations futures.  Sur base de l’analyse des pratiques agro-pastorales utilisées, de leur impact sur les sols et de la compréhension des contraintes auxquelles les agriculteurs font face, Corentin Debosschere  a pu formuler une série de recommandations quant aux techniques agronomiques qui permettront la préservation de la fertilité des terres agricoles dans le contexte local.

L’environnement, un contexte peu favorable

La région de Louga, se situant à la limite Nord de la zone climatique tropicale, fait partie des zones les plus vulnérables du pays aux changements climatiques.  Les cultures se pratiquent exclusivement durant la saison des pluies qui dure 3 mois. La pluviométrie s’est dégradée au cours des 40 dernières années, et comme les sols sont en général très sableux leur capacité de rétention en eau est très faible. L’impact des politiques agricoles du passé (monocultures d’arachides, déboisement) et le système agro-pastoral mis en place depuis favorisent des situations de surpâturage, de déforestation et de surexploitation des terres précipitant les processus de dégradation.

Le système agro-pastoral à la base de la vie locale

Le mode d’agriculture mixte agro-pastoral pratiqué dans les villages étudiés est typique de populations d’éleveurs sédentarisés qui cultivent pour nourrir leur famille et gardent leur bétail comme un bien de valeur (les troupeaux sont généralement petits, de 10 à 60 têtes par exploitation).

Le système d’élevage est étroitement lié avec l’agriculture. Les zones de jachère constituent un parcours pour le bétail en saison des pluies. D’autres zones, choisies en concertation avec les autres villages, rentrent dans une rotation de 3 ans entre mise en culture et friche pâturée. Le pâturage libre est largement répandu sur l’ensemble du territoire extérieur au village . Le maintien des animaux en enclos proches du centre des villages est de courte durée.

Les pratiques observées sont insuffisantes pour préserver les sols

Les 34 exploitations étudiées mettent toutes en place, à des degrés divers, des pratiques visant à la protection et à l’engraissement des sols mais de manière incomplète et/ou peu efficace. Bien que les acteurs paysans aient un certain niveau de connaissance sur l’état de la situation de dégradation de leurs sols et sur les processus qui s’y déroulent, les quantités d’intrants disponibles ne permettent pas d’assurer un amendement efficace de la superficie agricole détenue. Sur l’ensemble des parcelles, amendées ou non, les niveaux de fertilité sont extrêmement faibles et traduisent les pertes importantes de rendement constatées ces dernières années.

Corentin Debosschere s’est penché sur les pratiques suivantes :

  • La récolte de fumures organiques animales se fait en enclos au sein de l’exploitation en vue de leur épandage sur les parcelles cultivées, mais à cause des pertes par le sol et par évaporation au soleil les quantités disponibles sont faibles. La combinaison du manque de stock de matière organique mais surtout de la difficulté de leur transport vers les parcelles éloignées expliquent que seule la moitié des parcelles sont fumées annuellement. L’épandage direct par les animaux en pâturage libre augmente cependant les quantités répandues.

 

  • L’utilisation des déchets végétaux de l’exploitation n’est pas couramment pratiqué car l’utilité des matières organiques végétales dans le processus de fertilisation est encore méconnue. Les résidus de culture sont presque exclusivement utilisés pour la nourriture du bétail en fin de saison sèche. La technique de compostage par mélange des matières organiques animales et végétales est peu pratiquée malgré le programme d’équipement en fosses compostières mené par une ONG Internationale.

 

  • La plantation de haies vives, une pratique ancestrale destinée à limiter l’érosion éolienne, n’est pas efficace car les écrans sont mal entretenus. Les arbres s’insérant dans le paysage sont parfois laissés sur pied quand ils sont considérés comme des espèces fertilisantes par leur feuillage, leurs fruits et le développement racinaire. Cependant la densité d’arbres présents n’est pas assez élevée pour limiter l’évapotranspiration excessive du sol et dynamiser l’environnement.

 

  • Une majorité d’exploitations a déjà essayé la fertilisation chimique (subventionnées par plan de phosphatage de l’Etat). La majorité des exploitants est consciente que l’engrais chimique stimule la plante mais n’enrichit pas le sol sur le long terme. L’analyse des sols a confirmé que la fertilisation organique seule étais la plus propice à garantir le maintien de la matière organique dans le sol.

L’étude de Corentin Debosschere, abordant également l’analyse de l’efficacité des programmes de support, met en lumière le manque d’ancrage des pratiques conseillées par ces programmes. Les principales raisons évoquées sont la carence en formations pratiques sur le terrain et la dilution des connaissances par multiplication des acteurs intermédiaires.

L’évolution vers un système semi-intensif

La stratégie générale proposée par l’étude vise, en respectant le contexte local, à une augmentation de la qualité et de la quantité des apports organiques par la mise en place d’un système semi-intensif. Le développement de la stabulation animale prolongée en étables bétonnées et litière paillée, et l’utilisation de l’ensemble de résidus de culture favorisera l’apport de matières organiques. La mise en place de cultures additionnelles de légumineuse en couloirs fourragers garantira en parallèle l’alimentation du bétail.  L’amélioration des pratiques de jachères, surpâturées aujourd’hui, et l’association de cultures simultanées sur une même parcelle favorisera la régénération des sols. Enfin, le reboisement raisonné par la mise en place de pépinières villageoises subventionnées, la plantation de haies vives et de nouvelles méthodes de préparation des sols avant culture sont également présentés comme primordiaux pour stabiliser à terme la fertilité retrouvée.

L’insertion des pratiques proposées au niveau local demandera la mise en place de formation spécifiques et si possible de parcelles « écoles » avec le soutien technique et pédagogiques des organisations paysannes.

Changer dans la continuité…

L’enquête a permis de se rendre compte que les paysans doivent faire face à un phénomène environnemental global amplifié par des conditions naturelles peu favorables. Ils sont est en partie responsables de la dégradation de leurs sols mais sont tributaires de leur peu de moyens. Les modes de fonctionnement du système de production instaurés depuis des décennies ne semblent pas favoriser un changement rapide de cette tendance. Le travail présenté propose une série de pistes qui, en prolongeant leurs pratiques agro pastorales actuelles plutôt que de les confronter, devaient permettre à peu de frais une évolution favorable de leur situation.

Rédaction : Claude Hugon

 

(1) Etude des pratiques de gestion des sols et stratégies d’amélioration dans un contexte de diminution de fertilité au nord du bassin arachidier, Sénégal. Travail de fin d’études présenté par CORENTIN DEBOSSCHERE à la Haute Ecole Concordet (Ath) en vue de l’obtention du grade académique de Master en Sciences de l’ingénieur industriel en agronomie.