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Mangeons nos frites, ne les exportons pas!

Belgique • Filières agricoles • 11 décembre 2020

En matière de commerce international, l’Union européenne (UE) ne manque pas d’ambition : des dizaines d’accords commerciaux ont été négociés ou sont en cours de négociation avec des partenaires divers.

Un accord de libre-échange (ALE) a ainsi été négocié avec le Pérou, la Colombie et l’Equateur. Dans le cas du Pérou et de la Colombie, l’ALE est appliqué à titre provisoire depuis 2013, en attendant que les Etats membres de l’UE le ratifient chacun selon leurs propres procédures internes. A ce jour, tous les Etats l’ont ratifié sauf un : la Belgique ! Pour conclure la procédure, notre pays a besoin de l’assentiment du parlement fédéral et de celui de chacune des entités fédérées. Et tant la Région de Bruxelles-Capitale que la Fédération Wallonie-Bruxelles doivent encore se prononcer.

Afin de développer un avis et des arguments sur l’ALE fondés sur des faits, SOS Faim et son partenaire péruvien CONVEAGRO ont réalisé une étude qui mesure l’évolution du commerce de produits agricoles entre le Pérou et l’UE. Le constat est clair et n’est pas réjouissant pour l’agriculture paysanne.

D’une part, l’exportation de produits de l’agrobusiness péruvien a connu un boom énorme : les asperges, les avocats, les myrtilles et d’autres fruits et légumes arrivent par conteneurs entiers sur le territoire européen. Les bénéfices de cette croissance sont partagés de manière inéquitable et la pauvreté rurale se maintient à des niveaux inquiétants. Malgré l’absence de retombées positives pour les populations rurales, le gouvernement péruvien a résolument fait le choix de soutenir l’agrobusiness.

D’autre part, l’ALE a favorisé les exportations européennes de produits transformés comme la poudre de lait, les fromages ou les frites surgelées. L’exemple des frites est symboliquement fort, le Pérou étant la terre d’origine de la pomme de terre, dont la production occupe de nombreux agriculteurs. Si les volumes dont il est question peuvent sembler modestes, ces exportations européennes ont un réel impact sur le marché local, puisque les produits européens bénéficient des subventions de la politique agricole commune de l’UE, ce qui pousse les prix vers le bas, y compris dans un marché d’exportation comme le Pérou.

D’une certaine manière, on voit se perpétuer le schéma des échanges entre l’Europe et les territoires qu’elle a colonisés. Tandis que les pays du Sud produisent des matières premières simples pour une exportation à bas prix, l’UE exporte vers ces pays des produits transformés, ce qui permet de générer une plus grande valeur ajoutée.

Compte tenu des enseignements tirés sur base de l’étude et des autres faiblesses de l’ALE, notamment en ce qui concerne les dispositions sur le développement durable, SOS Faim et CONVEAGRO ont donc décidé de s’opposer, avec d’autres organisations de la société civile, à la ratification de l’accord par la Belgique.

Rédacteur : François Graas, Coordinateur Information et plaidoyer

ENVIE D’AGIR?

Vous pouvez découvrir notre campagne et également exprimer votre opposition à cet accord, en signant la pétition accessible sur le site de SOS Faim.

EN SAVOIR PLUS

Lire le numéro complet du Supporterres n°14 « 60 ans de (dé)colonisation? »

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