SOS Faim
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Migration et sécurité alimentaire : changer de paradigme

Pauvreté rurale • 13 septembre 2019

Et si la migration était envisagée comme une opportunité pour lutter contre l’insécurité alimentaire ? C’est le message que porte la Coalition contre la faim, consortium d’ONG dont SOS Faim est membre.

La migration constitue depuis longtemps une stratégie d’adaptation positive pour les familles rurales en situation précaire : il est temps que les politiques migratoires et de développement intègrent cette vision.

Aujourd’hui, on observe une difficulté croissante pour les migrants au Sahel à émigrer. Dans cette zone, les politiques de l’UE se concentrent sur la « migration irrégulière », ce qui n’est pas sans conséquences sur les déplacements des migrants. Or, ces entraves à la mobilité réduisent les chances des migrants d’améliorer leur situation et celle de leurs familles. Trop souvent même, elles mettent en danger leur vie.

C’est pourquoi assurer des voies sûres et légales de migration est une condition incontournable pour permettre aux migrants d’atteindre leur destination en toute sécurité. Mais pour y parvenir, il est nécessaire d’établir une réelle cohérence entre les politiques migratoires et de développement.

Plaider pour une cohérence entre politique migratoire et de développement

La politique migratoire devrait encourager et faciliter la mobilité régionale à tous les niveaux. L’aide au développement ne doit en aucun cas devenir un outil de gestion des flux migratoires au risque d’exclure des dispositifs les personnes dans l’incapacité de migrer. Ces personnes vivent dans des situations très précaires et manquent souvent de ressources pour migrer. C’est pourquoi les politiques de développement doivent rester orientées vers les communautés les plus vulnérables et ce, indépendamment de leur capacité à migrer.

Malheureusement, les récents projets de développement des pays européens cherchent majoritairement à endiguer la migration irrégulière. Tel est le cas du Fonds fiduciaire d’urgence de l’UE pour l’Afrique (4,2 milliards d’euros) créé en réponse à la crise migratoire de 2015. Cette vision trop simpliste réduit la migration à la migration intercontinentale et affaiblit l’efficacité à long terme des politiques de développement.

Un changement de paradigme profond est nécessaire dans la façon de penser le lien entre migration et développement : le rôle positif de la migration pour le développement doit enfin être reconnu par les décideurs politiques de tous bords. Fin 2018, un cap a été franchi grâce à l’adoption par les Nations Unies du Pacte mondial sur les migrations, qui acte justement ce principe. La Belgique ayant signé ce pacte, nous disposons désormais d’un argument fort pour inciter le gouvernement belge à prendre des mesures audacieuses et concrètes en termes de migration et de développement.

Rédaction : Mathilde Camels, volontaire

Crédit photo : Naeblys Shutterstock

En savoir plus

Lire le numéro complet du Supporterres n°9 de septembre 2019 : « Migrations : le monde rural en mouvement »