Agricultrices au pays des hommes intègres

Agricultrices au pays des hommes intègres

Cela fait plus d’un an maintenant que je suis bénévole chez SOS Faim. Je m’y rends une fois par semaine afin d’effectuer divers appuis administratifs. Fin août, SOS Faim a organisé une mission de 10 jours au Burkina Faso à laquelle deux bénévoles avaient l’occasion de participer. Marie et moi avons eu la chance de participer à cette belle expérience. Après quelques péripéties aériennes menant à une découverte impromptue de l’aéroport d’Abidjan durant deux jours, je suis enfin arrivée à Ouagadougou ! Cette mission fut une expérience extraordinaire, rythmée par des rencontres et des échanges avec les partenaires et les bénéficiaires des projets de SOS Faim. Ceux-ci furent extrêmement enrichissants d’un point de vue humain.

Première étape : Dédougou

Après un trajet en bus quelque peu mouvementé, un débat entre certains passagers et le chauffeur afin que celui-ci mette le match de foot du Burkina Faso ainsi que de nombreux contrôles de la gendarmerie, nous sommes enfin arrivées à Dédougou.

Nous y avons d’abord rencontré l’UGCPA (Union des Groupements pour la Commercialisation des Produits Agricoles) afin qu’ils nous expliquent leur mission. L’UGCPA est une union de producteurs qui commercialise collectivement les céréales de ses membres afin d’en obtenir un meilleur prix. De plus, l’union accompagne les producteurs afin qu’ils améliorent leur rendement. Après cette introduction, nous avons rencontré des bénéficiaires des projets de l’Union. Durant ces rencontres, une chose m’a interpellée, les bénéficiaires rencontrés étaient principalement des femmes agricultrices. Certes, il s’agit de leur métier mais on ne peut cantonner ces femmes à cette seule dimension. Comme un couteau suisse, elles assurent de multiples fonctions, enfilant le costume adapté à la situation. Leur pluridimensionnalité et leur adaptabilité ont également été affectées par leur vécu. En effet, bien que nées au Burkina Faso, de nombreuses femmes de cette région ont quitté, enfant, ce pays au profit de la capitale ivoirienne. Cependant, le changement de régime politique en Côte d’Ivoire les a poussées à revenir vivre au Burkina. Sans terre et sans connaissance réelle de l’agriculture, leur adaptabilité a été mise à rude épreuve… l’agriculture était la seule activité qu’elles pouvaient faire pour survivre. Leur détermination et leur hargne au travail ont permis à ces femmes de chercher des solutions afin d’essayer de subvenir aux besoins de leur famille.

Pour être plus fortes, elles se sont mises ensemble au sein d’un groupement. Cela leur permet notamment d’acheter des semences collectivement, de s’entraider dans les champs ou encore d’avoir eu accès à une formation pour fabriquer du savon, qu’elles vendent ensuite pour faire face à des dépenses imprévues.

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Direction Safi pour un souffle de positivité !

La terre constitue l’élément indispensable au développement de l’agriculture. Cependant, celle sur laquelle les agricultrices rencontrées du côté de Kaya cultivent est extrêmement aride. Travailler dans de telles conditions en aurait découragée plus d’une.

Avec l’appui de l’ONG burkinabè APIL, Association Pour la Promotion des Initiatives locales, un autre partenaire de SOS Faim, elles ont eu accès à des parcelles irriguées et ont pu enrichir leurs connaissances en suivant diverses formations en agroécologie : fabrication de bio-pesticides, production de fumure organique, application de la technique de la demi-lune, etc. Les résultats sont impressionnants ! Nous avons vu des champs dans un milieu très aride où le mil était haut et bien fourni.

Riches de leurs connaissances nouvelles et de leur volonté réelle, elles devront dorénavant s’atteler à sécuriser les terres qu’elles exploitent. Ces femmes sont bien conscientes de la nécessité d’obtenir un titre d’exploitation afin de pouvoir y faire des investissements et s’assurer une certaine sécurité financière sur du long terme. Être propriétaire de leurs terres est le plus grand rêve de toutes ces femmes mais la législation burkinabè et les traditions locales peuvent être un frein à l’atteinte de cet objectif. Malgré cela, l’espoir remplissait leurs yeux lorsqu’elles me parlaient de cette perspective future… Rien n’est impossible avec une volonté telle que la leur !

Que retenir ?

Au cours de cette mission, on aura voulu me marier et me garder afin que je travaille dans les champs, ce qui a causé quelques rires à mes collègues de mission ! Plus sérieusement, les techniques agroécologiques développées au sein des centres de formation de l’APIL démontrent que des alternatives agricoles sont possibles et rentables. L’avenir de l’agriculture au Burkina Faso passera sans aucun doute par l’agroécologie. Je tiens à remercier sincèrement les partenaires de SOS Faim et les bénéficiaires qui nous ont accueillies pour ces quelques jours de partage. Les voyages forgent la jeunesse et celui-ci n’a sans aucun doute possible fait évoluer ma vision des choses.

Yasmina Farouz

Article publié dans : News