Au Pérou, la richesse augmente aussi vite que les inégalités !

Au Pérou, la richesse augmente aussi vite que les inégalités !

Pays à « faible revenu » jusqu’il y a peu, le Pérou fait désormais partie des pays à « revenu intermédiaire». Ce bond en avant, il le doit à une croissance économique importante et à une réduction globale de la pauvreté. Tout n’est pas rose pour autant : un quart des Péruviens vivent encore dans la pauvreté et les disparités d’une région à l’autre sont énormes.

Avec une croissance annuelle moyenne de 6,8% entre 2006 et 2013, le Pérou est devenu une des économies les plus fortes de la région au cours de ces dix dernières années. Si le chiffre global de pauvreté a considérablement diminué ces dernières années, en 2013, la pauvreté en milieu rural (48%) est encore trois fois supérieure à celle en milieu urbain (16%) .

Investissez au Pérou !

Alors que ses voisins (Bolivie, Equateur, Brésil) sont dans une mouvance de gauche « progressiste » et qu’ils nationalisent l’exploitation de leurs ressources, le gouvernement péruvien dirigé par Ollanta Humala poursuit depuis 2011 la voie entamée par ses prédécesseurs. Il mise sur un modèle de développement de type libéral, largement favorable aux investisseurs extérieurs, basé sur l’exploitation des matières premières (ressources minières et pétrole) par des entreprises étrangères. L’agriculture est également un secteur important puisqu’elle constitue près de 7% du PIB .
La majorité des Péruviens exerce une activité d’exploitation des mines ou de la terre ; on pourrait donc penser qu’ils bénéficient du développement de ces secteurs… sauf que le gouvernement mise sur les investisseurs étrangers ! À cette fin, il mène une politique juridique et fiscale favorable aux étrangers et se concentre principalement sur l’extraction industrielle et l’exportation des ressources naturelles ainsi que sur une agriculture intensive tournée vers l’exportation : maïs, café, canne à sucre, etc.

 

La majeure concentration de la pauvreté se situe dans la région andine, qui est principalement rurale : on y trouve 72% de l’extrême pauvreté du pays.

La majeure concentration de la pauvreté se situe dans la région andine, qui est principalement rurale : on y trouve 72% de l’extrême pauvreté du pays.

Et les petits agriculteurs dans tout ça ?

Selon la FAO , près de 30% de la population active au Pérou travaille dans le secteur agricole. Parmi ceux-ci, 83% sont considérés comme des agriculteurs familiaux et produisent 80% des aliments consommés sur le marché national. L’agriculture familiale joue donc un rôle crucial dans le pays : elle permet d’assurer la sécurité alimentaire et est génératrice d’emplois.

Malheureusement, les revenus qu’ils tirent de leur activité sont minimes. Les investissements publics dans l’agriculture sont faibles et les petits producteurs ont un accès réduit aux crédits, à l’eau, aux fertilisants, etc. Leurs capacités de production sont donc limitées tout comme leur accès au marché.

Un vent d’espoir

En octobre 2015, le Congrès péruvien a adopté une loi sur l’agriculture familiale. Ce résultat est le fruit d’un intense plaidoyer mené par les organisations paysannes dont CONVEAGRO, partenaire de SOS Faim. Celle-ci définit les responsabilités de l’État dans la promotion et le développement de l’agriculture familiale.

Si cette reconnaissance du secteur constitue un premier pas encourageant, ce travail est cependant loin d’être terminé. Il est déjà arrivé, par le passé, que des projets de loi n’aboutissent pas suite aux pressions de certains acteurs. La société civile péruvienne va donc poursuivre ses activités de plaidoyer pour s’assurer l’application effective de cette loi.

Désengagement international

Désormais considéré comme une économie émergente, le Pérou fait face à une tendance au désinvestissement de la coopération internationale. De nombreux bailleurs internationaux commencent à réduire leur aide au développement apportée au Pérou ou la réoriente vers l’appui au secteur privé, attirés par les opportunités économiques qu’il représente.

La Belgique n’est pas en reste puisqu’elle planifie de stopper ses activités d’aide bilatérale directe en 2019. Ce retrait est regrettable quand on voit les inégalités criantes qui touchent le pays. Heureusement, elle continuera à soutenir des ONG belges comme SOS Faim afin qu’elles puissent poursuivre leur travail, pour que la croissance économique soit une réalité pour tous les Péruviens et qu’elle s’accompagne d’un développement social et durable.

Annabel Maisin, chargée de mobilisation

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Article publié dans : News