DEVENIR AGRICULTEUR : un chemin semé d’embûches pour les jeunes africains

En Afrique, la désaffection des jeunes pour l’agriculture s’explique en partie par les difficultés qu’ils rencontrent pour s’installer. Khadim, Mamadou, Abdoulaye et Moudou témoignent de leurs difficultés d’accès à l’information, aux ressources et au financement.

 

ACCÈS À LA FORMATION

Khadim BADIANE, 23 ans, étudiant à l’ISFAR (Institut Supérieur de Formation Agricole et Rurale de Bambey)

« Ici, au Sénégal, mais aussi dans le reste du monde, il faut combattre l’insécurité alimentaire. Pour moi, l’agriculture est un moyen redoutable pour relever ce défi de l’autosuffisance alimentaire. C’est pour cette raison que j’étudie l’agronomie. Pour pouvoir être un acteur de cette dynamique et faire partie des personnes qui atteindront cet objectif. Dans un futur proche, je me vois comme un ingénieur, voire un entrepreneur, qui participe au développement de son pays. »

Et si, pour Khadim, la formation est la clé pour y parvenir, on n’y accède pas facilement pour autant. « Malheureusement, il y a un vrai manque de moyens pour accéder à la formation. Or les gens qui pratiquent l’agriculture sans connaissance mènent cette activité dans un contexte difficile et peu porteur. Je veux donc participer à la création d’entreprises qui permettront d’inculquer à ceux qui n’ont pas la chance d’accéder à l’éducation, les jeunes particulièrement, la connaissance de l’agriculture. »

Pour lui, « sans la jeunesse, le secteur agricole ne se développera pas. Elle doit prendre les choses en main, contribuer à faire avancer l’agriculture. La connaissance est là. Le dynamisme et l’engagement sont là. Et même les capitaux sont là. Maintenant, il faut exploiter cette connaissance et ce ne sera possible que grâce au dynamisme de la jeunesse. »

 

ACCÈS À LA TERRE

Mamadou Cissé, 30 ans, jeune agriculteur sur les terres de son oncle

« Pour moi, le problème est l’accès à la terre mais aussi aux moyens pour l’aménager. Beaucoup attendent d’avoir leur propre parcelle pour pouvoir se lancer dans l’agriculture et pour ça, il faut des moyens financiers. »

Mamadou n’a pas les moyens de lancer seul sa propre activité agricole. Comme lui, nombreux sont les jeunes en Afrique qui dépendent de leurs parents et de leurs relations pour accéder à la terre.

Mamadou a trouvé un arrangement ingénieux : « Mon oncle a acheté un terrain d’un hectare et moi, j’apporte ma main-d’oeuvre. Après la récolte, nous nous partagerons la recette des ventes. J’espère ainsi travailler et épargner pour pouvoir disposer des fonds nécessaires pour acheter un terrain et du matériel nécessaire à l’activité agricole. »

En outre, pour Mamadou, travailler en famille, c’est travailler en confiance : « Je connais quelqu’un qui, lors de la vente de la récolte, a vu le propriétaire de la parcelle s’accaparer la recette alors qu’ils devaient la partager. Je suis sûr que mon oncle partagera bien les recettes de la récolte avec moi. » Les jeunes qui se lancent aujourd’hui dans l’agriculture aspirent de plus en plus à avoir un revenu propre. »

 

ACCÈS AU FINANCEMENT

Abdoulaye et Moudou Doumbaya, 45 et 31 ans, frères et producteurs d’anacarde et d’arachide.

« Les crédits des banques ne sont pas adaptés à l’arboriculture. Les banques proposent un crédit sur six mois, c’est trop court. Il faut adapter les services financiers : il faut compter au moins trois à cinq ans avant que les plants d’anacarde puissent donner quelque chose et avoir la première récolte. Nous avons besoin de financement à plus long-terme. »

Autre difficulté : l’accès au matériel et aux intrants. « Les animaux ne parviennent pas à effectuer de lourds travaux s’ils ne reçoivent pas une alimentation enrichie en nutriments. Mais il est difficile de trouver ce type d’aliments pour bétail. Il faut aussi disposer de semences de qualité, ce qui nous fait défaut. Il faudrait aussi une machine pour gagner du temps et réduire la pénibilité : j’aimerais disposer d’un semoir pour faciliter la plantation de semences. Il faut compter 120.000 FCFA soit 130 € pour en faire l’acquisition. »

Mais actuellement, il n’y a pas d’institution de microfinance adaptée à la filière. Il faudrait des moyens pour développer des unités de transformation conçues, pensées et réalisées par l’homme. Suite à leur témoignage, le Président de leur GIE (groupement d’intérêt économique) leur suggère de se mobiliser entre agriculteurs pour sensibiliser les autorités locales à leur situation et besoins.

Une autre idée émerge de l’échange : et si les producteurs se regroupaient en coopérative ? Cela pourrait faciliter leur accès au matériel, permettre de fixer des prix et d’avoir une vision et planification de leurs revenus voire même que la structure puisse créer des services financiers adaptés à leurs besoins. Autant de perspectives engageantes qui démontrent que si les obstacles sont bien présents, il y a aussi des pistes pour changer les choses.

Géraldine Higel
Volontaire

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