La Banque mondiale : qui est-elle et que fait-elle ?

La Banque mondiale : qui est-elle et que fait-elle ?

La Banque mondiale a pour mission de lutter contre la pauvreté. Dans le secteur agricole, elle affirme soutenir l’agriculture familiale mais, en réalité, son soutien va principalement à des entreprises mettant en œuvre des giga projets agricoles qui mettent la pression sur les terres et privilégient l’agriculture intensive, aux dépens des droits des communautés locales. Zoom sur cette institution qui agit en totale contradiction avec sa mission.

Lors de sa création en 1945, la Banque mondiale (BM) avait pour objectif de soutenir le processus de reconstruction et de développement d’après-guerre. Son mandat a pris un tournant lors de la période de décolonisation des années 60 en vue de soutenir la croissance économique des pays en développement (PED) en Asie, en Afrique et en Amérique Latine. Entre 1970 et 1980, l’attention de la BM s’est portée sur l’éradication de la pauvreté. Cet objectif ambitieux l’a amenée à soutenir des projets axés sur l’humain et plus seulement sur le développement d’infrastructures.

À partir des années 80, la Banque mondiale met en place des programmes d’ajustement structurel. Il s’agit d’ajuster les économies des pays en voie de développement au marché mondial. Comment ? En réduisant les interventions de l’État et en libéralisant presque tous les secteurs de l’économie.

p. 5_1Mise en œuvre : programmes d’ajustement structurel

Pour atteindre ses objectifs, la BM offrait une assistance technique et des conseils stratégiques. Elle octroyait en outre des prêts dont l’intérêt est faible, voire nul. En réalité, ces avances financières n’étaient pas dénuées de conditions. À partir des années 80, la BM met en place des programmes d’ajustement structurel (PAS). Il s’agissait d’ajuster les économies des PED au marché mondial. Comment ? En réduisant les interventions de l’État et en libéralisant presque tous les secteurs de l’économie, entre autres l’agriculture.

Cette conception néolibérale a des conséquences dramatiques sur les populations des PED : accroissement de la pauvreté et de la dette, corruption omniprésente, difficulté d’accès aux soins de santé, à l’éducation. Début des années 2000, la BM met fin aux PAS en réponse à de nombreuses critiques issues d’horizons multiples.

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Développement agricole : la Banque Mondiale modernise de vieilles recettes

La vision de la Banque mondiale n’a pas évolué avec le temps. Sa conviction est que la solution pour éliminer la pauvreté viendra forcément de la croissance et de l’ouverture au marché mondial.

La vision de la BM n’a cependant pas changé. Sa conviction est que la solution pour éliminer la pauvreté viendra forcément de la croissance et de l’ouverture au marché mondial.

p. 9Dans cette perspective, elle a mis en place un outil pour promouvoir les investissements privés dans les PED : le classement annuel Doing Business (DB). Il évalue pour les investisseurs les pays dans lesquels l’environnement est le plus favorable aux affaires. De ce classement est issu un autre indicateur : Enabling the Business of Agriculture (EBA). Dans la lignée du DB, il s’agit d’une grille d’analyse qui vise à identifier les règlements, politiques et infrastructures qui encadrent le secteur agricole. Sur son site internet, la BM le décrit comme « un outil fondé sur des données concrètes qui peut être utilisé pour favoriser un environnement propice à l’implantation et au développement des entreprises agroalimentaires locales et régionales ».

Et elle ajoute : « Notre objectif est clair. Les agriculteurs à petite, moyenne et grande échelle doivent avoir accès aux nouvelles opportunités lucratives de marché ». Avec ces mécanismes, la BM néglige toutefois complètement l’importance de l’agriculture familiale. Au contraire, elle amplifie la présence et la puissance de l’agro-industrie et des entreprises privées. Encouragée par la BM, l’Ethiopie a par exemple cédé des milliers d’hectares à des sociétés étrangères dont l’objectif est d’exporter la production au détriment de l’agriculture locale et de l’environnement. Un exemple parmi tant d’autres.

Comme le souligne SOS Faim, les mesures prises en faveur des investisseurs de l’agrobusiness coïncident rarement avec les préoccupations locales et particulièrement celles des petits agriculteurs familiaux. Les effets dévastateurs de sa politique ont été amplement dénoncés par la société civile. Critique d’autant plus insoutenable que la BM est un acteur influent sur la scène internationale que les bailleurs de la Communauté internationale suivent comme des moutons de Panurge. La BM pourra-t-elle encore longtemps rester sourde et aveugle ?

Nathalie Louveaux, bénévole

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Article publié dans : News