L’ADN de Kafo Jiginew : un ancrage rural parmi les plus pauvres

Kafo Jiginew vient de souffler sa 30e bougie et publie son rapport annuel. En tant que partenaire financier de la première heure, quelle a été la plus-value du soutien de SOS Faim ? Et quels sont les enjeux pour le futur ?

Kafo Jiginew est une institution de microfinance (IMF) malienne. D’abord implanté dans le sud du pays, ce réseau mutualiste de caisses d’épargne et de crédit s’est étendu de façon volontariste vers d’autres zones agricoles puis vers les villes. À chaque fois, avec la même mission : offrir des services financiers de proximité (épargne, crédit, micro assurance, transfert d’argent) au plus grand nombre de personnes au Mali.

Les années 2012 et 2013 ont été difficiles. En mars 2012, le gouvernement malien fut renversé par un coup d’État conduit par de jeunes militaires dénonçant son incapacité à gérer le conflit au nord du pays.

En janvier 2013, devant la progression des groupes djihadistes, l’état d’urgence fut déclaré. Le président du Mali par intérim, Dioncounda Traoré, a demandé au Tchad d’intervenir militairement. Ensuite la France déclenchera l’Opération Serval .

Aujourd’hui, les autorités tentent toujours de reprendre le contrôle au nord du pays. Ce contexte d’insécurité met à mal le bon fonctionnement des activités de Kafo.

Lors du coup d’Etat de 2012, deux points de service de Kafo ont été pillés… L’insécurité entrave la tenue de réunions de travail. De nombreuses précautions doivent être prises pour préparer toute visite de terrain auprès des bénéficiaires. Les Maliens se réfugient dans les grandes villes et sont réticents quand il faut se rendre à la campagne. L’instabilité est aussi ressentie dans les ressources humaines.

Une IMF qui compte dans le paysage financier malien

Le nouveau rapport annuel nous apprend qu’en chiffres, Kafo représente 700 employés et quelques 382.336 clients. L’IMF dispose de 167 points de service. Au niveau financier, elle peut être fière du chemin parcouru. Malgré plusieurs crises au cours de son histoire, elle affiche, en 2016, un bénéfice de 356 millions de francs CFA, soit 543.511 euros.

SOS Faim, partenaire de la première heure

SOS Faim accompagne Kafo depuis 1987.  Au début dans la cadre d’un consortium et ensuite, à la fin des années 90, en finançant des crédits d’équipement agricole pour le paysans au Sud du Mali. Depuis 2009, SOS Faim a permis de financer le programme FAIR (Fonds d’Appui aux Initiatives Rurales) destiné aux riziculteurs en Zone Office du Niger. Concrètement, SOS Faim Belgique a financé le fonds de garantie de départ du FAIR, ce qui a permis à Kafo Jiginew d’allouer des crédits plus risqués.

En complément, SOS Faim a également financé une partie des frais de fonctionnement de l’IMF afin de permettre de diminuer les coûts relatifs aux crédits, de les adapter à la rentabilité de la riziculture et donc de les rendre plus accessibles aux riziculteurs.

Un ancrage en zone rurale

Malgré un déploiement géographique et une volonté de gagner les villes, Kafo reste d’abord et avant tout un acteur rural. Pourquoi ? La pertinence de cet ancrage rural tient à 3 raisons clés :

  • Les populations pauvres sont concentrées en milieu rural.
  • 70% des clients emprunteurs sont issus des zones rurales.
  • Ce sont ces zones qui sont les plus éloignées et qui souffrent de ce fait d’un accès beaucoup plus compliqué aux services financiers.

Prioriser les groupes vulnérables

Les programmes mis en place par Kafo Jiginew ciblent en priorité les populations les plus fragiles. Un accompagnement est prévu vers ces groupes vulnérables pour renforcer leurs capacités. 2500 femmes et jeunes ont ainsi pu bénéficier de programmes de formation en vue de mieux gérer leur microentreprise.

Dans certains cas, des veuves ou des aides ménagères ont la possibilité d’ouvrir un compte gratuitement. Par ce biais, elles peuvent bénéficier plus facilement d’un crédit pour démarrer une activité génératrice de revenus.

Et demain ?

Le développement de Kafo atteste de son ambition de faire toujours plus et mieux. Les membres ont identifié plusieurs défis à relever pour aller dans ce sens :

  • Continuer à se développer en milieu rural et urbain pour atteindre plus de clients et améliorer ainsi la compétitivité
  • Renforcer la sécurité des opérations.
  • Identifier de nouveaux bailleurs de fonds pour poursuivre et étendre l’activité.
  • Veiller à la bonne gouvernance.

L’IMF a montré par le passé qu’elle a les reins solides pour faire face à des défis de cette ampleur.

Rédaction : Clémentine Rasquin (SOS Faim)

Plus d’informations sur Kafo Jiginew

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