L’agroécologie : espoir ou chimère ?

Marc Dufumier

Un article de Marc Dufumier dans la nouvelle édition annuelle de Défis Sud

Marc Dufumier est agronome. De 2002 à sa retraite en 2011, il fut le successeur de René Dumont et de Marcel Mazoyer à la Chaire d’agriculture comparée et de développement agricole d’AgroParisTech (Paris). Marc Dufumier est donc ce qu’on peut appeler une sommité. Il a accepté d’écrire l’article d’introduction de la nouvelle édition annuelle de Défis Sud.

D’emblée l’auteur plante le décor : « Le défi du futur est de fournir une alimentation saine à une population mondiale sans cesse croissante. Notre planète compte aujourd’hui plus de 7,6 milliards d’habitants et nous serons sans doute près de 9,8 milliards d’humains en 2050. L’agriculture mondiale va être de plus en plus sollicitée dans les années à venir. »

A cause de la malbouffe, les jeunes générations des pays riches seront affectées par ces maladies à un âge bien plus précoce que leurs aînés. Simultanément, dans les pays pauvres, plus de 820 millions d’individus n’ont toujours pas quotidiennement accès aux 2200 kilocalories qui leur seraient nécessaires pour ne plus avoir faim et près d’un milliard supplémentaire souffrent de carences nutritionnelles en protéines, vitamines et minéraux.

Marc Dufumier explique également que l’élévation du niveau de vie de nombreuses populations dans certains pays émergents (Chine, Inde, Brésil, Asie du Sud-est, etc.) s’y traduit par une modification progressive des régimes alimentaires avec notamment une part accrue de produits animaux (lait, œufs et viandes). Compte tenu de ces évolutions, « l’agriculture mondiale va donc être de plus en plus sollicitée dans les années à venir et il nous faut sans doute envisager un doublement de la demande en productions végétales (céréales, protéagineux, oléagineux, canne et betterave à sucre, plantes à fibres, etc.) d’ici 2050 ».

L’agriculture industrielle pointée du doigt

Marc Dufumier dénonce les nombreux méfaits de l’agriculture industrielle : « de façon à rester compétitifs dans la course incessante à la productivité et répondre aux exigences formulées par les entreprises agroindustrielles et la grande distribution qui souhaitent transformer et vendre massivement des produits alimentaires de plus en plus calibrés et standards, les agriculteurs ont été fréquemment contraints de mécaniser et de spécialiser toujours davantage leurs systèmes de production, de façon à produire à toujours plus grande échelle une gamme réduite de produits uniformes, au risque de simplifier et de fragiliser exagérément les agroécosystèmes. »

Les systèmes de production agricole qui ont été conçus pour produire aux moindres coûts de gros volumes sont particulièrement dénoncés pour leurs conséquences environnementales. On leur reproche, entre autres, leur contribution au réchauffement climatique global, leur dépendance à l’égard des énergies fossiles, la pollution des eaux, de l’air et des sols, résultant de l’emploi intensif d’intrants chimiques, etc.

Marc Dufumier a conscience que les agriculteurs des pays industriels ne supportent plus d’être stigmatisés et tenus pour responsables. Ils considèrent « qu’ils n’ont fait que ce qui leur était demandé : répondre aux cahiers des charges imposés par les agro-industries et satisfaire aux moindres coûts les demandes du marché. Ils s’inquiètent aussi des conditions dans lesquelles il leur serait éventuellement possible de mettre en œuvre des systèmes de production alternatifs qui soient à la fois productifs, rentables et durables. »

Pour une agroécologie économiquement viable

« Fort heureusement, explique Marc Dufumier,  il existe déjà divers systèmes de production agricole intensément écologiques, capables de fournir de hauts rendements à l’hectare, sans coût majeur en carburants ni recours exagéré aux engrais de synthèse et produits pesticides (…). Inspirés de l’agroécologie scientifique, ces formes d’agriculture alternatives parviennent à faire un usage très intensif des ressources naturelles (…) Elles sont par contre très économes en énergie fossile et permettent de réduire les gaspillages (…) Tout en préservant une grande biodiversité domestique et sauvage au sein des agroécosystèmes avec pour effet d’assurer leur résilience en minimisant les risques de trop grands déséquilibres écologiques. »

C’est donc logiquement que Marc Dufumier formule trois vœux :

–           Que les paysans puissent mettre en œuvre l’agroécologie en ayant accès aux moyens qui leur permettent d’associer l’élevage aux productions végétales.

–           Que les paysans qui s’inspirent de l’agroécologie puissent être correctement rétribués pour la qualité de leurs produits et pour les services environnementaux rendus à la société toute entière.

–           Que l’on ne renonce pas aux formes d’agricultures alternatives les plus à même de pouvoir nourrir correctement et durablement l’humanité toute entière.

 

Lire l’article complet de Marc Dufumier dans l’édition annuelle de Défis Sud.

Dessins de Philippe de Kemmeter

Article publié dans : News