Le Ministre De Croo déroule le tapis rouge pour l’agrobusiness

Le Ministre De Croo déroule le tapis rouge pour l’agrobusiness

« L’agriculture à très petite échelle est la meilleure garantie pour garder les agriculteurs dans la pauvreté », ce sont les mots du Ministre De Croo au Parlement fédéral le 14 juillet dernier à l’occasion des débats sur la modification de la Loi BIO (Belgische Investering Onderneming).

Dans la dernière séance en plénière du parlement fédéral avant les vacances, un des sujets à l’ordre du jour portait sur la révision de la loi BIO – la Société Belge d’Investissement – un instrument public de coopération internationale visant à soutenir les initiatives économiques dans les pays en voie de développement avec l’argent du contribuable.

Toujours plus convaincu que le secteur privé est le levier de développement durable dans le Sud, le Ministre De Croo a déposé le 29 mai dernier un projet de décret visant à modifier la loi BIO. En moins de cinq semaines, le projet de loi s’est trouvé sur la table des parlementaires, en Commission relations extérieures, et le 14 juillet dernier, en plénière.

L’objectif de ce projet : répondre au nouveau paradigme du développement et booster toujours plus les investissements privés dans les pays en voie de développement. Concrètement, la nouvelle loi permet à BIO de mettre sur pied et gérer elle-même directement des fonds d’investissements, elle permet aussi aux entreprises privées d’investir dans ces fonds.

Mais le texte discuté le 14 juillet dernier ne s’arrête pas là. Il fait encore la part belle à l’agrobusiness, en permettant à BIO, dans le secteur de l’agriculture, d’investir dans tout type d’entreprise pour autant qu’elle soit localisée dans un pays d’intervention (article 4). Jusqu’ici, en matière agricole, BIO n’était autorisé qu’à soutenir des micro-petites et moyennes entreprises (MPME). Cette contrainte saute permettant à BIO d’investir dans tout type de grande entreprise de l’agrobusiness.

Les parlementaires de l’opposition, interpellés par SOS Faim, ont certes interrogé le ministre là-dessus, mais sans réponse convaincante … Au contraire, le ministre De Croo faisant fi de la Note Stratégique Agriculture et Sécurité Alimentaire, n’a d’ailleurs pas hésité à dire « L’agriculture à très petite échelle est la meilleure garantie pour garder les agriculteurs dans la pauvreté ». Monsieur De Croo semble n’avoir jamais entendu de la productivité des petites surfaces cultivées selon les principes de l’agro-écologie, ignorer le rapport IAASTD ou les recommandations d’Olivier De Schutter sur le droit à l’alimentation.

Alors que BIO a déjà été critiqué pour ses investissements dans des entreprises comme ADDAX ou FERONIA , entreprises agricoles dont les pratiques menacent la vie des milliers des paysans ; qu’il a été maintes fois démontré que les investissements agricoles à grande échelle sont quasi toujours synonyme de violation des droits humains, comment expliquer que le nouveau gouvernement s’entête dans cette voie ?

Il est prévu qu’à la rentrée un texte de révision de la Note stratégique Agriculture et Sécurité alimentaire soit discuté. Les ONG auront à mobiliser toute leur énergie pour que le ciblage sur l’agriculture familiale dans la Note existante ne passe pas aux oubliettes !

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Article publié dans : News