Le vrai visage des financements de la Banque mondiale : 3 cas concrets

Le vrai visage des financements de la Banque mondiale : 3 cas concrets

Bénin, Burkina Faso et Sénégal : SOS Faim a mené l’enquête dans ces trois pays africains pour analyser quelques cas concrets d’investissement de la BM et leurs impacts sur l’agriculture. Qu’ont-ils découvert ? Des projets qui intègrent peu le monde agricole local et favorisent l’agro-industrie au détriment de l’agriculture familiale.

Début des années 80, la BM et le Fonds Monétaire International proposent des programmes d’ajustement structurel (PAS) à près de 90 pays en difficulté financière. Vivement critiqués, ces programmes imposaient aux bénéficiaires des « conditionnalités », en contrepartie des prêts échelonnés ou octroyés (voir p.5-6). Les politiques publiques conduites par les PAS avaient pour objectif d’améliorer la compétitivité des secteurs industriel, tertiaire ou agricole du pays et de préparer leur insertion dans le commerce international, ce qui forcément aurait des répercussions positives sur les économies et les populations. Les prêts ont été distribués mais la croissance n’a pas été au rendez vous. Ce n’est qu’en 2000, après des années de combat de la société civile, d’académiques et d’experts que les PAS sont finalement abandonnés.

Et les investissements actuels ?

Malgré ce constat d’échec, les investissements actuels de la BM semblent toujours aller dans le même sens, suivant une logique néolibérale. Afin d’objectiver les impacts des investissements de la BM, SOS Faim a commandité trois études de cas auprès d’experts indépendants, que vous pouvez retrouver sur le site www.toustrompés.be. En voici un résumé suivi d’une courte analyse que nous avons pu en faire.

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 Le cas du Sénégal 

Nom : PDIDAS (Projet pour le Développement Inclusif Durable de l’Agrobusiness au Sénégal). Initiative du gouvernement sénégalais financée par la BM.
Financement BM : Prêt de 80 millions $ venant de la BM.
Date : Lancé en juin 2014 pour une durée de six ans.
p. 12Objectifs :

  • développer une agriculture commerciale et inclusive : « une agriculture qui tient compte à la fois de la petite exploitation familiale et de la sécurisation des investissements privés ».
  • promouvoir la croissance et l’emploi par l’augmentation des investissements productifs privés dans les filières agricoles.

Analyse : Les ambitions du projet semblent contradictoires. Comment à la fois encourager les investissements privés dans l’agriculture et sécuriser les droits de la petite exploitation familiale ?

Effets – résultats :

  • Le PDIDAS est planifié sur des zones classées au domaine national. Dans ces zones, les entreprises ne sont pas éligibles à l’affectation de terres. L’État contourne les règles pour permettre au projet de s’établir sur ces zones.
  • Ces zones sont occupées par des populations locales qui exercent leurs activités agro-sylvo-pastorales.
  • Au niveau environnemental, des risques d’érosion des sols, de dégradation et de pollution de l’eau, de perte de biodiversité liée à l’usage des pesticides et engrais sont à noter.
  • Au niveau social, de tensions liées à l’occupation des terres sont observées.
  • La société civile n’a été associée que tardivement au projet et uniquement comme « observateur » parce qu’elle s’est mobilisée pour être entendue.
  • Suite à cette implication de la société civile, entre autres du CNCR partenaire de SOS Faim, un processus de négociation a été engagé avec les populations locales.
  • Depuis plus de 2 ans, malgré les financements dégagés par la BM dont bénéficient déjà les gestionnaires du projet au niveau du gouvernement, le projet patine.
  • Finalement face à un projet présenté de façon idyllique par les autorités mais qui reste dans les tiroirs, les investisseurs privés finissent par court-circuiter le projet et conquérir des terres, en dehors de la mise en œuvre du PDIDAS, et les populations locales s’impatientent.

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Article publié dans : News