« L’eau, c’est capital pour tout humain mais c’est encore plus capital pour le monde rural »: rencontre avec l’ONG APIL

« L’eau, c’est capital pour tout humain mais c’est encore plus capital pour le monde rural »: rencontre avec l’ONG APIL

Le Burkina Faso est un pays enclavé et n’a pas de débouché sur la mer. Même si des initiatives existent, la disponibilité en eau reste une préoccupation majeure pour le pays. Rencontre avec deux représentants de l’Association pour la Promotion des Initiatives Locales (APIL), partenaire de SOS Faim : Abdoulaye, coordinateur et Léa, chargée du suivi et évaluation des projets.

Quel est le climat au Burkina Faso ?

Il n’existe qu’une seule saison des pluies, qui a lieu de juin à septembre et ne permet qu’une seule culture sur l’année. Le reste du temps c’est la saison sèche, sans activité. De plus, ces 10 dernières années les pluies sont très faibles et inégalement réparties. C’est tout un dérèglement qui impose de nouveaux systèmes de vie. Mais grâce à l’évolution d’activités telles que le maraîchage irrigué, les agriculteurs évitent les longues périodes sans culture et sans revenu.

Quels sont les problèmes liés à l’eau où APIL est active ?

Il y a le problème d’accès à l’eau potable. Ces accès sont insuffisants et ne sont pas disponibles dans tous les villages. Les femmes doivent parfois parcourir 5 à 7km et attendre leur tour, ne leur permettant pas de pratiquer une activité économique.

Est-ce que cela mène à des tensions dans certaines régions ?

Oui, l’insuffisance d’un point d’eau de qualité a toujours été une tension qui existe entre les agriculteurs et les éleveurs. Mais, aujourd’hui cela s’est atténué et pratiquement tous sont agropasteurs. Cela a permis de mieux s’organiser autour des points d’eau.

Quelles sont les solutions qu’APIL met en place pour répondre aux problèmes de l’eau ?

burkina

Grâce à l’évolution d’activités telles que le maraîchage irrigué, les agriculteurs évitent les longues périodes sans culture et sans revenu.

En partenariat avec SOS Faim, APIL a un programme de dynamisation des cultures maraîchères pour renforcer les revenus des producteurs. C’est une activité qui vient s’ajouter à la culture du sorgho et du niébé, et qui se fait pendant la saison sèche. Nous aidons ces maraîchers à aménager au mieux les terrains et à les irriguer à l’aide de motopompes et de tuyauteries. On les forme à une bonne utilisation des plans d’eau, à éviter les ensablements et la pollution de l’eau. Après, la gestion de l’eau se fait par village/groupement. Cela permet à chacun de bénéficier de l’irrigation qui se fait selon une entente locale et équitable discutée par les exploitants.

À combien de personnes cette production maraîchère bénéficie-t-elle ?

Le projet a commencé en 2008, avec 375 bénéficiaires et une production de 42 tonnes/an. En 2015, on comptait 1608 bénéficiaires, avec une production de 1233 tonnes.

Comment comptez-vous encore développer cette gestion de l’eau à l’avenir ?

On aimerait développer une stratégie de gestion des points d’eau pour pérenniser le maraîchage. Nous voulons aussi travailler sur la formation des paysans en environne- ment et en égalité entre les sexes dans la culture maraîchère. En effet, il faut renforcer l’accessibilité des services fournis par APIL aux femmes.

Un dernier petit message à faire passer ?

L’eau est le facteur important dans notre travail avec les communautés. Elle permet une production maraîchère qui renforce les revenus et la sécurité alimentaire. Avec l’eau, on renforce l’élevage, qui à son tour permet d’avoir du fumier pour fertiliser la terre et ne plus devoir acheter des engrais chimiques qui creusent les budgets familiaux. Avoir de l’eau à proximité des ménages, c’est libérer les femmes rurales et développer les activités économiques. APIL en fait son cheval de bataille et aimerait que les partenaires comprennent que le monde ne peut pas se faire sans une bonne gestion de l’eau. L’eau, c’est capital pour tout humain mais c’est encore plus capital pour le monde rural.

Enfin, il s’agit aussi de demander aux partenaires techniques et financiers qu’ils aient un regard sur les actions indispensables permettant d’augmenter l’accessibilité à l’eau. Rares sont ceux qui acceptent de financer les ouvrages de forages, car ce sont des infrastructures qui coûtent très cher. Mais c’est indispensable pour toutes ces communautés.

Hélène Coppens, bénévole

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Article publié dans : News