Nourrir l’humanité c’est un métier, porte voix des agriculteurs

Le 7 octobre dernier se jouait la pièce « Nourrir l’humanité c’est un métier » au Centre Culturel de Gembloux, devant un public composé essentiellement d’étudiants en agronomie et futurs vétérinaires. Cette pièce de théâtre documentaire pensée, écrite et jouée par Charles Culot et Valérie Gimenez dépeint le désarroi des fermiers belges dans un contexte de plus en plus industrialisé où pour (sur)vivre il faut grossir et produire plus.

Une conception originale ancrée dans la réalité des agriculteurs

Les deux acteurs ont recueilli les témoignages d’agriculteurs sur leur vécu face aux changements dans la profession pendant deux ans. Ils ont ensuite adapté ces interviews pour la scène, incarnant les voix d’agriculteurs et allant jusqu’à recréer leurs accents et manières. Grâce à cet ingénieux procédé de restitution, Charles Culot et Valérie Gimenez nous ont transportés au plus près de ces fermiers. Les mots qu’ils nous ont livrés sont les mots bouleversants d’hommes et femmes éreintés par la concurrence industrielle, malades des produits agrochimiques, dépassés par le suivi administratif et inquiets de la disparition progressive du savoir-faire traditionnel.

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Un message militant qui pousse à l’initiative citoyenne

Au delà de l’émotion palpable dans l’assemblée, cette pièce est aussi porteuse d’un message politique fort: il faut rétablir une solidarité avec les agriculteurs et garder le métier vivant. Et il est nécessaire d’encourager les pratiques qui ne rendent pas les producteurs et les consommateurs malades. A cet égard, l’agriculture familiale représente un vrai potentiel en termes de création d’emplois et de production d’alimentation de qualité. A l’inverse, l’agriculture industrielle dépendante des machines et des intrants dégrade notre environnement et est peu génératrice d’emploi. Elle est donc inapte à nourrir l’humanité sur le long terme.

A l’issue de la pièce, les spectateurs ont pu poser des questions et échanger des réflexions avec les deux acteurs, rejoints par Maïrama Haman Bello (partenaire SOS Faim au Cameroun) et Djibril Moussa Lam (partenaire ADG au Sénégal). Il en est ressorti que les petits exploitants ont un besoin urgent de soutien de la part des consommateurs, aussi bien au Nord qu’au Sud. Il est dès lors nécessaire que ces mouvements créent une cohésion au-delà des frontières car dans un monde globalisé, les pratiques et règlementations des uns ont un impact direct sur la vie des autres.

Stéphane Desgain du CNCD, modérateur du débat, a rappelé l’importance de s’investir à l’échelle locale : « Tous les changements, que ce soit les droits sociaux, le féminisme, sont partis de la base. N’attendez pas de l’Union européenne qu’elle impulse des changements. Le changement, il partira de la base ».

Il nous est difficile de mesurer l’impact de cette activité de sensibilisation. Mais une chose est sure, la pièce de Charles Culot a semé une graine, éveillé des consciences, donné envie à certains de s’engager dans un stage au Sud et à d’autres de se joindre à des mobilisations proches de chez eux.

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