La faim cachée

Le dossier du nouveau Défis Sud explore et explique les enjeux de la « sécurité alimentaire et nutritionnelle ». On pourrait croire la nutrition largement intégrée au sein des politiques alimentaires mondiales. Il n’en est rien. L’article de Patrick Veillard « La faim cachée » revient sur les raisons et les conséquences de la malnutrition. Quels sont les chantiers à mener ?

© Chris Stowers / Panos

© Chris Stowers / Panos

Les chiffres sont plus parlants que de longs discours : « 842 millions de personnes chroniquement sous-alimentées», «2 milliards souffrant de la faim cachée -une carence en micronutriments », «45% des décès d’enfants dans le monde liés à la dénutrition», «500 millions d’obèses en 2010». On pourrait presque parler de catastrophe sociale et sanitaire. Quelles sont les politiques à adopter pour lutter davantage contre la malnutrition ?

Nécessité d’approches multisectorielles et intégrées

Organisé par la FAO en 2014, la 2e Conférence Internationale sur la Nutrition dépasse enfin la logique « insécurité alimentaire = manque de calories » pour intégrer les aspects de qualité nutritionnelle. La nécessité d’adopter des approches multisectorielles – l’inclusion des aspects nutritionnels dans les politiques de santé, agricoles, éducatives, etc. – y est fortement soulignée.

La crise alimentaire de 2012 au Sahel a constitué un véritable choc pour la communauté internationale. «Dans les précédentes crises, on pouvait évoquer un seul facteur, par exemple une sécheresse. Rien de tel en 2012 où de nombreux facteurs, économiques, culturels, éducatifs, etc., entraient en jeu » déclare Naziha El Moussaouin . « On a vu apparaître des initiatives plus intégrées, mais les moyens financiers, les ressources humaines et l’opérationnalisation des politiques restent problématiques »

Des politiques agricoles au service de la nutrition?

Différentes études (Brésil, Malawi, Mozambique, etc.) menées par l’ONU, montrent que la plupart des politiques de sécurité alimentaire et nutritionnelle intègrent des objectifs agricoles, mais qu’en général, l’inverse n’est pas vrai. Les politiques agricoles se concentrent sur la production, les cultures de rente et la réduction de la pauvreté mais ne contiennent pas de but nutritionnel. L’étude indique : «des efforts doivent être déployés pour que la nutrition soit une priorité et une responsabilité du secteur agricole».
En opposition au modèle agro-industriel dominant, la coalition belge contre la faim (CCF) prône « le soutien à une agriculture familiale qui prenne en compte la sécurité d’accès aux moyens de production (terre, outils, facteurs de production, crédits, moyens humains). Une agriculture locale, de petite taille et diversifiée peut garantir une alimentation diversifiée et de qualité». « Le petit élevage du type volaille ou chèvres constituent une source de nutriments importante (protéines, fer) » souligne El Moussaoui.

Au-delà de l’agriculture, le genre, l’éducation et la santé

La CCF mentionne l’approche essentielle du genre: « Les femmes, au travers de leurs activités agricoles, de transformation et celles liées à la reproduction, jouent un rôle fondamental dans la sécurité alimentaire et nutritionnelle». En Afrique, des programmes forment les femmes pour créer des activités génératrices de revenus (ex. potagers, vente de beignets). Ces revenus servent à procurer des rations alimentaires plus équilibrées.

La composante éducative est complémentaire. «Il est très important d’expliquer ce qu’est la malnutrition et la différence avec la faim ». Les produits industriels sont désormais davantage consommés qu’auparavant ; or, ils sont souvent moins nutritifs. Les pratiques et politiques de santé constituent des facteurs clefs, tant les liens entre santé, hygiène et nutrition sont contigu.

Naziha El Moussaouin interpelle : « La malnutrition, ce n’est pas seulement ne pas manger à sa faim. C’est aussi ne pas accéder toute l’année à des aliments sains et nutritifs, à l’eau, à la santé, à l’éducation, etc. Tout cela veut donc dire des politiques multisectorielles plus durables et préventives, en termes d’infrastructures, de santé, d’eau, d’agriculture, etc. ».

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Article publié dans : News