Partenariat public – privé : réalités et enjeux pour les organisations paysannes boliviennes

Bolivie : petits déjeuners scolairesAPRAE et le marché des petits-déjeuners scolaires de Totora

Le marché public gagné par APRAE au niveau de la municipalité de Totora est une belle réussite pour l’organisation paysanne qui produit aujourd’hui les petits déjeuners scolaires de 46 écoles sous financement public.

“ Ce ne fut pas facile de décrocher ce marché public ! Les conditions pour pouvoir y participer étaient très contraignantes au niveau légal et administratif : documentation, certificat, registre pour chaque produit. Peu d’entreprises locales sont en mesure de répondre à autant de critères. C’est grâce à la loi 622 (Ley de Alimentación Escolar) que les conditions sont devenues plus accessibles aux entreprises locales. Aujourd’hui, c’est surtout la bureaucratie des municipalités et de l’État qui alourdit le processus. Il faut une bonne dose de volonté des autorités locales pour travailler avec les organisations paysannes locales.

Le bourgmestre et le Directeur du développement de la production de la municipalité de Totora ont été des acteurs clés dans la réussite de ce projet. Et les retombées sont conséquentes ! En dehors d’une rémunération stable pendant un an pour les paysans, il y a de nombreux avantages collatéraux :

  • les producteurs sont mieux suivis et accompagnés, cela permet d’augmenter la qualité des petits-déjeuners ;
  • on a moins de perte grâce à la fraîcheur des produits ;
  • on observe aussi des liens dans les cours : les enfants étudient le projet, font des devoirs directement liés à la plantation. C’est très pratique et intéressant pour eux ; et tout aussi valorisant pour les agriculteurs ! ”

Verónica Romero (Responsable Education du Gouvernement autonome municipal de Totora)

Adaptation de la production en fonction de la demande, fortement influencée par les autorités

CIUDADANIA est une ONG d’appui partenaire de SOS Faim. Elle accompagne les organisations paysannes dont celle de Rosemary et Remberto dans son projet de construction de serres pour arbres fruitiers et d’irrigation par vaporisation.

Couple d'agriculteurs boliviens

Avant, nous ne produisions que des fleurs, mais suite à la formation de CIUDADANIA, nous avons décidé de produire des arbres fruitiers. Nous cultivions différentes variétés de pommes, pêches, raisins et poires. Au total, plus de 15 variétés différentes.

Une de nos variétés de pommier s’adapte particulièrement bien aux terres arides. Nous achetons les semences certifiées à une organisation locale : PROHIMPA ; et nous faisons nous-mêmes l’hybridation des plants pour qu’ils soient plus forts. Les plants restent 9 mois dans leurs serres et ensuite, nous les vendons à des particuliers et aux autorités locales.

Notre plus grand marché, nous l’avons gagné auprès des autorités. Les autorités souhaitaient voir des pommes locales dans les marchés et contrer l’importation. Nous avons pu en vendre via ce canal pendant 2 ans. Mais aujourd’hui, ils n’en demandent plus et les particuliers n’en achètent presque pas. C’est pourquoi nous allons devoir diminuer notre production de pommiers et nous diversifier. Nous pensons à produire des avocats car ils sont peu cultivés en Bolivie et pourtant très consommés localement, la plupart sont importés du Pérou. ”

Rosemary et Remberto,
bénéficiaires d’un projet de CIUDADANIA

L’enjeu : comment valoriser à un juste prix les filières bio et équitable ?

PROTAL est une organisation paysanne de production biologique membre de l’AOPEB (Association des organisations de producteurs écologiques boliviens) qui est partenaire de SOS Faim.

Producteur écologique en Bolivie

“ Nous vendons du miel au Ministère national de la santé dans le cadre d’un programme d’appui aux femmes enceintes. Ce marché nous a été octroyé pour un an. Cela n’a pas été facile car bien que le label biologique soit un facteur qui joue en notre faveur et pris en compte par le gouvernement, le label “ équitable ” quant à lui n’est pas valorisé. Nous sommes donc en concurrence avec des structures qui ne donnent pas un prix juste aux paysans. Nous, nous produisons biologique, équitable et nous payons nos impôts. Nos prix sont donc nécessairement plus élevés. ”

Juan, Directeur de Protal

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