SOS FAIM fait le focus sur le nouvel accord gouvernemental: où va la coopération Nord-Sud pour l’agriculture familiale ?

Ce n’est pas un scoop, l’accord gouvernemental Michel peut se résumer en deux mots: rigueur économique. La coopération au développement n’y échappe pas… Quant à l’engagement de Charles Michel pris du temps où il était ministre de la coopération de destiner 15% du budget de la coopération à l’agriculture d’ici à 2015, l’accord n’en fait pas mention.

Gouvernement Michel Belga 2 milieu

Vers une coopération de la rentabilité

Tout d’abord, le nouveau gouvernement prévoit de réduire de 18 à 15 le nombre de pays partenaires, avec un plan de sortie pour les pays rayés de la liste (sic). De même, pour plus d’efficacité, il est prévu que la Belgique réduise le nombre d’organisations multilatérales partenaires de 20 à 15. Quant aux acteurs de la coopération non gouvernementale (ACNG), ils devront aussi passer par un tamis de critères de qualité et d’efficacité, le but avoué étant de réduire progressivement leur nombre.

Ces critères plus « stricts » sont explicitement décrits comme devant être mesurables dans le sens d’une performance efficiente (rapport coût/efficacité). Il est clair qu’une approche de rentabilité de la coopération sera privilégiée, certainement aux dépens de programmes dont l’efficacité ne peut être chiffrée, ni traduite en termes de croissance. Au contraire, les investissements privés seront privilégiés notamment au travers du BIO (Société belge d’Investissement pour les Pays en Développement); «BIO doit, pour sa part intensifier les investissements avec une plus-value pour le développement. »

Un cadre général bancal pour l’agriculture familiale

Charles Michel, Ministre du développement, s’était engagé en 2008 à porter à 15% en 2015 la part de l’aide au développement consacrée au secteur agricole et à la sécurité alimentaire. Mais, l’approche de rentabilité et la priorité accordée à l’investissement privé sont peu rassurantes pour le futur de l’agriculture familiale. «Les secteurs dans lesquels nous souhaitons nous concentrer dans nos pays partenaires dépendent en grande partie de la valeur ajoutée que nous pouvons offrir e.a. à nos entreprises, nos experts et nos universitésL’agriculture familiale, les soins de santé de base et l’assainissement des eaux sont essentiels à cet égard». Or, il n’est plus à démontrer que la promotion des investissements orientés sur le profit dans ce secteur fragilise les exploitants familiaux en accélérant des phénomènes tels que l’accaparement des terres et des ressources naturelles, qui engendrent généralement des violations des droits de l’homme.

Concevoir les investissements privés comme solution pour promouvoir l’agriculture familiale et la sécurité alimentaire des populations du Sud n’est pas convainquant, et nous déplorons que le gouvernement s’inscrive dans une politique néolibérale de l’aide, à l’image de la Banque Mondiale qui cherche à tout prix à favoriser les investissements privés. Cette vision a encore récemment été dénoncée par les ONG dont SOS FAIM dans la presse : article RTBF.

SOS FAIM entend confronter le Premier Ministre et le gouvernement sur le respect des engagements en matière de soutien à l’agriculture familiale. Notons aussi que le nouveau ministre de la coopération, Alexander de Croo, est novice sur ces enjeux. Les ONG devront donc être particulièrement vigilantes sur les politiques de développement qu’il mettra en place.

Cette vigilance s’est déjà concrétisée dans un communiqué du CNCD-11.11.11 qui regrette les coupes budgétaires dans le secteur de la coopération. Lire le communiqué de presse

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