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Belgique • Changement climatique • 13 décembre 2019

BENOÎT BERNARD, agriculteur à Wanze en grandes cultures et éleveur de bœufs Angus.
« Malgré les épisodes de sécheresse, notre baisse de rendement a pu être maîtrisée grâce notamment aux couverts végétaux. »

Ressentez-vous les impacts du changement climatique au niveau de votre exploitation agricole ?

On ressent très fort les impacts du dérèglement climatique car il y a de plus en plus de périodes de sécheresse. Je pense que les quatre saisons sont de moins en moins marquées et que nous allons progressivement vers deux saisons, la saison sèche et la saison des pluies.

Quelles pratiques avez-vous mises en place pour faire face à ces changements ?

Cela fait plus de vingt ans que je ne laboure plus et que je fais attention au taux d’humus dans le sol, ce qui favorise le stockage de l’eau. Maintenant, mon bétail n’est nourri qu’à l’herbe pour l’entretien des prairies et il est à l’air libre toute l’année. Nous avons également installé quatre hectares de cultures qui sont destinés à nourrir les animaux en hiver. Je replante également des arbres, haies et couverts végétaux pour éviter que le sol soit à nu et ne se dessèche.

Quelles sont vos aspirations pour le futur ?

Nous devrions favoriser les échanges humains et faire en sorte que plus de personnes travaillent dans les champs. Aujourd’hui, je suis tributaire d’industriels et je peine à vivre. Dans le système actuel, il y a des choses qui ne sont pas justes. Je souhaite que mes trois fils puissent eux aussi vivre sur cette terre, donc je prépare mon terrain pour la prochaine génération, je souhaite laisser quelque chose de fonctionnel. Il faut être novateur, chercher des solutions et se donner une ligne de conduite pour aller dans ce sens. Le but c’est de produire de manière plus propre et d’aller vers toujours plus de qualité du point de vue des sols et des humains. C’est tout un nouveau concept qui se met en place, on rencontre beaucoup d’obstacles mais c’est quand même très positif. Pour sortir de ce système il faut le comprendre, le vivre et développer un autre mode de fonctionnement. Je pense que l’avenir de l’humain va repasser par la terre.

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AMADOU DIARRA, producteur de maïs, de sorgho, de mil, de riz pluvial et de semences, président du comité d’achat de céréales et animateur chargé de sensibiliser les producteurs afin qu’ils soient plus résilients vis-à-vis du changement climatique.

Que savez-vous et que percevez-vous du changement climatique ?

On se rend compte aujourd’hui qu’il y a un changement et on en ressent les effets. Aujourd’hui, il y a moins d’arbres et d’arbustes qu’avant. Auparavant, la saison des pluies s’étalait de mai à octobre ; maintenant il ne pleut qu’à partir de mi-juin ou début juillet. Nous avons aussi des problèmes de fertilité et d’érosion qui sont plus fréquents.

Est-ce que ces changements ont eu un impact sur vos pratiques en tant qu’agriculteur ?

J’ai pu suivre des formations de différents partenaires ce qui m’a permis de comprendre toutes les techniques pour adapter mes pratiques agricoles. Concrètement, comme la quantité d’eau n’est plus suffisante pour permettre aux plantes ayant un cycle de 120 jours de se développer correctement, nous utilisons désormais des semences précoces, qui correspondent aux nouvelles périodes raccourcies de la saison des pluies. Nous faisons également attention à la maîtrise du calendrier agricole ainsi qu’à la répartition de compost sur nos terres. Des cordons pierreux ainsi que des courbes de niveaux ont également été mis en place. Nous utilisons, entres autres, la plante Gliricidia pour le reboisement et la stabilité des sols.

Quel est votre rôle en tant qu’animateur ?

Je suis en train d’apprendre et d’aider d’autres producteurs pour les initier à ces pratiques. J’anime également des débats à la radio au sujet des semences améliorées. Je souhaite que grâce à tout cela, les producteurs changent de comportements et de pratiques rapidement.

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HINDOU OUMAROU IBRAHIM, Militante écologiste tchadienne, fille de pasteur nomade.

Très jeune, elle est victime de discrimination et marginalisation envers sa communauté, les Peuls, jugés « arriérés » et « relégués de l’espace public ». Parallèlement, les conséquences du dérèglement climatique deviennent très visibles, pour preuve le lac Tchad qui tarit rapidement et devient source de conflits entre éleveurs et cultivateurs. Pour Hindou, il devient alors évident que les questions des droits humains et de l’environnement vont de pair.

C’est ainsi qu’à 15 ans, elle décide de créer sa propre association, l’AFPAT, Association des Femmes Peules Autochtones du Tchad, qui a pour but la protection de l’environnement et des peuples autochtones dans un contexte de changement climatique. « Les scientifiques parlent de 1,5° en plus. Mais nous actuellement, nous vivons déjà à plus de 48° à l’ombre, 50° dans le désert. Pour nous, ce ne sera pas +1,5° mais +3 ou +4°. Ça va être invivable. »

Au départ critiquée pour avoir osé créer une association défiant le statu quo, elle est désormais reconnue et reçoit d’ailleurs en 2017 le « Prix spécial » de la fondation France-Libertés qui œuvre dans les droits humains et la protection de l’environnement. Grâce à sa détermination, l’AFPAT sera par ailleurs la première association communautaire à participer à des négociations internationales sur le climat.

Rédaction : Jehanne Seck

En savoir plus

Lire le numéro complet du Supporterres dédié au changement climatique (Décembre 2019)

Changement climatique : écoutons les paysans