Prouver l’importance mondiale de l’agriculture familiale

Dans le dernier Baromètre de l’agriculture familiale publié par l’édition annuelle de Défis Sud, deux cartes géographiques viennent corroborer des chiffres que SOS Faim relate souvent : «500 millions d’agriculteurs familiaux dans le monde produisent 80 % de la nourriture mondiale ».

La première carte établie sur la base de données récoltées en 2011 par la FAO montre que la majorité de la nourriture est encore produite  localement malgré une augmentation constante du commerce agricole international. Sur la base d’une comparaison entre les pays où dominent les importations nettes de nourriture et les pays où dominent les exportations nettes de nourriture, l’on peut constater que les importations nettes restent en dessous des 50% de la production locale de nourriture dans une majorité de pays de l’Afrique et de l’Asie et dans de nombreux pays d’Amérique centrale et du Sud. Cela démontre que la majorité de la nourriture y reste produite localement. Mais les importations nettes y sont en augmentation constante et l’agriculture locale y est trop peu soutenue.

La seconde carte extraite d’une étude menée par l’Université du Minnesota fait une estimation des exploitations agricoles dans les pays en développement en fonction de leur taille moyenne. On constate que les exploitations de moins de 15 hectares se situent surtout en Asie, en Afrique subsaharienne, en Amérique centrale et en Amérique du Sud dans la zone andine et au nord et au sud du Brésil. 70% des calories qui y sont produites sont destinées à l’alimentation humaine. Ce qui corrobore l’affirmation que les agriculteurs familiaux dans le monde produisent une majorité de la nourriture.

Pas si simple…

Mais en réalité, cette estimation est difficile à prouver. La diversité des agricultures mondiales est bien entendu à l’origine de l’extrême complexité de la mise en place de politiques agricoles pouvant réellement répondre aux défis alimentaires durables. Pour établir des statistiques sur l’agriculture familiale, la FAO est souvent obligée de s’en remettre aux données récoltées par les Etats et aux définitions de l’agriculture familiale formulées par les Etats eux-mêmes. Ces définitions pouvant largement varier, le Brésil, par exemple, n’ayant pas la même conception de ce qu’est une petite exploitation que le Sénégal. Les notions d’appartenance à une famille, une communauté ou une identité paysanne sont toutes aussi variables et complexes en fonctions des régions, des pays et des cultures.

Lorsqu’en 2014 la FAO estime qu’il y a 500 millions d’agriculteurs familiaux dans le monde produisant 80 % de la nourriture mondiale, son estimation est fondée sur les données  fournies par à peine 30 pays à partir de statistiques produites au tout début des années 2000. Mais une étude approfondie intitulée The State Of Family Farms In The World, réalisée par un panel d’experts en 2015 et publiée par World Development en 2016, a élargi la collecte des données nationales à 105 pays (les Nations unies comptent 193 Etats membres) en y incluant des statistiques mises à jour en  2010.

L’importance de l’agriculture familiale confirmée

L’étude a choisi des critères plus stricts de définition de l’agriculture familiale et est parvenue à analyser les modes de production de 85% de l’alimentation mondiale, soit 105 pays. Cependant, seulement 14 pays d’Afrique (voir carte ci-dessous) ont fourni des données fiables.  Les estimations ont néanmoins confirmé l’importance de l’agriculture familiale, mais avec de résultats pas toujours identiques à ceux de la FAO : selon les estimations, les fermes familiales représenteraient 98% des fermes, cultiveraient au moins 53% des terres cultivables et produiraient au moins 53% de la nourriture mondiale.  Cette étude-ci a identifié 475 millions de fermes familiales sur 483 millions de fermes alors que les estimations de la FAO parlent de 500 millions de fermes familiales sur 570 millions de fermes au total. Les résultats concernant l’accès à la terre et le niveau de la production sont plus bas que les estimations de la FAO, mais dans l’ensemble, l’importance du phénomène de l’agriculture familiale et l’absolue nécessité de sa promotion pour parvenir à nourrir durablement le monde sont confirmés.

Le chercheurs concluent d’ailleurs que là où l’agriculture familiale fut un temps vue comme la source du problème de la pauvreté, elle doit aujourd’hui de plus en plus être considérée comme le moyen d’en sortir.

Ci dessous, un extrait d’une carte de cette étude, concentrée sur l’Europe du Sud, l’Afrique et l’Asie, malgré l’absence de données officielles pour la majorité des pays d’Afrique, les pourcentages élevés d’agriculteurs familiaux par rapport à l’ensemble des agriculteurs, pour les pays dont les données sont recensées, sont étonnants :

Rédaction : Pierre Coopman