Quand les paysans produisent et valorisent de la connaissance

En Afrique de l’Ouest, la parution du premier Rapport de l’Observatoire régional des exploitations familiales est un événement. Ce Rapport livre pour la toute première fois une étude paysanne du comportement des exploitations familiales de 13 pays ouest africains au cours des deux dernières campagnes agricoles.

Les enjeux de cette démarche régionale sont clairs : il s’agit de produire de la connaissance paysanne, de la valoriser et de disposer d’un outil de plaidoyer pour renforcer des politiques publiques donnant une place prioritaire à l’agriculture familiale au niveau régional.

Treize pays et quatre zones passées au crible

Le mouvement paysan ouest-africain (représenté par le ROPPA) a mis au point une méthode adaptable à la majorité des pays de de la région.

Une approche par zones géographiques est privilégiée :

  • La zone forestière : Guinée, Libéria et Sierra Leone.
  • La Zone sahélo-soudanienne : le Burkina Faso, Mali et Niger ;
  • La façade côtière Atlantique nord : Sénégal, Gambie et Guinée Bissau
  • La façade côtière Atlantique sud : Bénin, Ghana, Togo et Côte d’Ivoire.

 

Plus de financements pour l’agriculture familiale

Le financement est un défi essentiel, quand les politiques publiques sont de plus en plus influencées par des conseillers émanant du secteur privé via les grandes fondations internationales.

Ce Rapport permet d’identifier les thèmes dont le mouvement paysan doit s’emparer dans les prochaines années. Par exemple :  la question fondamentale de l’intégration des jeunes, celle du modèle agricole ou encore de l’impact du changement climatique.

Le mouvement paysan a pris l’initiative. Il a choisi de s’entourer de chercheurs engagés, dans une logique d’une expertise d’accompagnement dans la durée. Cette expertise permet de crédibiliser les informations produites et de mettre en valeur les avantages de l’exploitation agricole familiale face à une vision moderniste portée par le courant dominant des décideurs.

Du Sénégal en 1999 à l’Afrique de l’Ouest en 2017

Une première étude avait déjà été menée en 1999 au Sénégal (à relire : Dynamiques Paysannes n°32) L’Etat s’était désengagé du secteur rural et agricole. Les principaux syndicats paysans sénégalais (la FONGS et le CNCR) avaient alors mené une étude sur les stratégies des exploitations agricoles familiales. L’échantillon était  limité, mais deux enseignements essentiels en ressortaient : une exploitation est un lieu de vie, avant d’être un lieu de production. Et une exploitation familiale a de plus grandes capacités d’évolution et d’adaptation.

En 2009, les organisations paysannes sénégalaises ont élargi le champ : plus de 700 exploitations ont fait  l’objet d’un suivi sur les 6 zones agro-écologiques du pays.  La notion de productivité globale de l’exploitation a été mise en avant , englobant non seulement la production agricole, mais aussi non agricole, la gestion des terroirs, la transmission de connaissances et de valeurs sociales.

Dès 2011, le mouvement paysan ouest-africain entendait passer à l’échelle supérieure et s’approprier la dynamique sénégalaise en recherchant d’une méthode pour l’ensemble de la région. En 2015 que la décision de se lancer est prise. En 2017, le premier Rapport de l’Observatoire des exploitations familiales en Afrique de l’Ouest est publié.

Rédaction : Marc Mees (SOS Faim)