Quinoa : sème un jour récolte toujours ?

Faut-il cesser d’importer le quinoa d’Amérique du Sud ?

En tant qu’ONG plaidant pour davantage d’agriculture familiale, il est logique que SOS Faim défende les circuits courts. Mais que faire lorsque des organisations paysannes proches de SOS Faim au Pérou et en Bolivie promeuvent l’exportation du quinoa, alors que cette plante est désormais cultivée en Europe ?

La réponse peut sembler évidente : il suffirait que les paysans andins diversifient leurs productions et se tournent également vers leurs marchés locaux. Ce n’est pourtant pas aussi simple.

D’abord parce que les citadins au Pérou et en Bolivie consomment peu de quinoa… Des efforts sont menés afin de le promouvoir dans les villes, mais les résultats ne peuvent être attendus qu’à moyen terme.

Ensuite, parce qu’il serait injuste d’accuser les organisations paysannes péruviennes et boliviennes d’être coupables d’une exportation largement encouragée par la demande créée au Nord. Les consommateurs des pays riches renieraient  tout à coup leur volonté d’acheter les produits de paysans pauvres qu’il voulaient auparavant appuyer par solidarité… Les campesinos de l’Amérique du Sud ont bon dos…

Finalement, parce que la question des droits d’origine est loin d’être close. Si le quinoa se cultive désormais partout sur la planète (voir encadré), justice n’est pas forcément rendue à ceux dont c’était « la propriété » depuis des siècles.

Exportations inéluctables

L’exportation de quinoa des pays andins ne cessera pas dans l’immédiat… Source : INE (Instituto Nacional de Estadistica) de Bolivie.Source : INE (Instituto Nacional de Estadistica) de Bolivie.

 La croissance du marché du quinoa en Europe est plus faible que celle des marchés étasunien et asiatique. La production mondiale ne suffit plus à répondre à la demande. Malgré une forte tendance à la baisse en Bolivie – qui a cédé sa première place au Pérou – l’exportation de quinoa des pays andin ne cessera pas dans l’immédiat.  Le combat est à mener ailleurs, dans la sensibilisation des citadins péruviens et boliviens au consommer local, dans la diversification et la promotion de la plante – dont il existe des centaines de variétés – auprès des consommateurs de la région. Lorsque la diversification des productions alimentaires régionales aura permis une véritable sécurité alimentaire en Amérique du Sud, alors sans doute les paysans pourrons sereinement envisager la fin de l’exportation de leur quinoa. Mais ce scénario est loin d’être réalisé.

Vers un quinoa agroécologique

Selon Cesar Soto, représentant de SOS Faim en Bolivie, « les gouvernements andins n’ont pas été assez prévoyants alors qu’ils savaient que l’internationalisation du quinoa était inéluctable. Il y eu un effort  de certification insuffisant du gouvernement bolivien pour se protéger contre les multinationales qui convoitaient le quinoa… et de toute manière, on n’empêchera plus les semences de voyager».

Cesar Soto rajoute que « le quinoa a  été promu en Bolivie comme une culture de rente mécanisée, avec ses corolaires en matière de dégradation des sols ». L’inclusion du quinoa dans un modèle agroécologique diversifié respectueux de l’environnement est un combat prioritaire des organisations partenaires de SOS Faim dans les pays andins. Ce combat se mènera avec les producteurs de quinoa et pas contre eux. Aujourd’hui, les empêcher d’exporter n’en feraient pas des alliés mais des ennemis prêts à se jeter dans les bras des multinationales.