Revendiquer l’application de la loi congolaise

Un entretien avec Danny Singoma

Le directeur du Centre national d’appui au développement et à la participation populaire (CENADEP) déplore le report des élections en République démocratique du Congo. Le déni de démocratie durant la récente crise politique ne dit rien qui vaille. Les enjeux de l’agriculture paysanne sont trop importants dans ce pays grand comme un continent. La démocratie y sera la condition sine qua none de la réussite de l’agriculture.

Quels sont les combats prioritaires à mener pour l’agriculture congolaise ?

Danny Singoma : Une Loi agricole a été votée en 2011 par le parlement de la RDC. Le mouvement paysan congolais revendique qu’elle soit appliquée. Il faut réclamer la mise en route du Fonds national de développement agricole prévu par la Loi et censé assurer le financement des infrastructures agricoles. La production agricole est suffisante, mais les chaines de transformation et de conservation sont très faibles. Les routes sont médiocres ou quasi inexistantes.  A l’exception de quelques axes, tels que la route reliant le port de Matadi à Kinshasa, l’ensemble des infrastructures du pays est défaillant. Le transport doit se faire via le fleuve. Pour les paysans qui ne vivent pas à proximité du fleuve, l’écoulement de la récolte est très difficile.

La Loi agricole existe depuis 2011 et sa mise en œuvre n’est pas effective. Rien de tangible n’a été réalisé au bénéfice de l’agriculture. Les lois minières, forestières et agricole n’ont toujours pas été harmonisées.  Le gouvernement  a voulu promouvoir des Parcs agro-industriels et a même prétendu qu’il soutiendrait l’agriculture familiale. Nous n’en avons pas vu les impacts positifs pour les paysans.

La Loi prévoit l’instauration de Conseils consultatifs dans chaque province du pays, notamment pour sécuriser les périmètres fonciers. Mais cette décentralisation n’est pas  financée alors qu’elle est justement censée permettre l’accès au financement rural. Le mouvement paysan congolais doit réclamer que les Conseils consultatifs soient en mesure de travailler.

Le mouvement paysan  congolais réussit-il à faire entendre ses revendications ?

D.S. : Les paysans congolais ont patiemment réussi à mettre en place un mouvement sur l’ensemble du pays. En 2010, un premier Carrefour paysan a été organisé à Kinshasa et en 2011, le second carrefour paysan a formalisé la création d’une structure nationale, la Confédération nationale des producteurs agricoles du Congo (CONAPAC)…  En mars 2016, quand on pensait que les élections allaient encore se tenir en temps et en heure, la table ronde nationale des Organisations des petits producteurs agricoles du Congo a rédigé une Charte paysanne électorale. Son article quatre stipule que pour la communauté paysanne de la RDC, le candidat éligible doit avoir un projet de société clair en faveur de l’agriculture familiale et présenter les éléments concrets et détaillés de sa politique auprès de la communauté paysanne. Il faudra que les autorités élues aident la société civile à renforcer les capacités des organisations paysannes (OP). Le CENADEP, par exemple, en tant qu’organisation de la société civile, forme les dirigeants des OP à comprendre les enjeux des Accords de partenariat économique que l’Union européenne négocie avec les pays d’Afrique centrale. Pour mener un plaidoyer réclamant l’application de politiques agricoles respectant la souveraineté alimentaire des paysans congolais, de tels enjeux doivent être maitrisés par les dirigeants des Organisations paysannes congolaises… Je pense donc que la lente gestation du mouvement paysan congolais ne peut pas être ébranlée par les conflits politiques en RDC. Nous avons besoin de démocratie, de stabilité et d’alternance politique. Trop de travail nous attend.