Sécurité alimentaire: impact positif des greniers communautaires au Nord du Burkina Faso

Des chercheurs du Centre de Recherche en Economie du Développement sont parvenus à mettre en lumière les effets des greniers de sécurité alimentaire (GSA) dans le cadre d’une étude d’impact. Les résultats, encore provisoires, sont particulièrement encourageants: on observe une diminution du coût des céréales et une amélioration de la sécurité alimentaire, avec un impact plus important sur les ménages les plus pauvres et les villages isolés.

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Résultats clés

L’étude, menée dans 40 villages au Nord du Burkina Faso durant les récoltes agricoles 2010-2011 et 2011-2012, montre que :

–          la présence d’un GSA a engendré une réduction notable du prix moyen payé par sac de sorgho : diminution moyenne de 2.21€ par sac de sorgho acheté, ce qui correspond à un rabais moyen de 7,5 %.

–          l’économie sur l’ensemble des céréales achetées pendant une année représente 11.43€. Cette économie équivaut à la valeur de la consommation annuelle moyenne en viande et poisson de plus de 2 personnes ou au montant des frais d’inscription scolaire dans le primaire de 5 enfants. L’économie réalisée est donc loin d’être insignifiante.

Un effet particulièrement marqué chez les ménages les plus pauvres et dans les villages les plus isolés

Les 50 % de ménages les plus pauvres bénéficient en effet d’une baisse des dépenses plus importante que les autres; elle est significative de 2.5€ par sac de sorgho pour ces derniers et de 1.95€ pour les 50 % des ménages les plus riches.

Dans les villages les plus isolés, l’économie moyenne est de 3.76€ contre 1.17€ dans les villages mieux dotés en infrastructures.

Origine du Réseau de Greniers de Sécurité Alimentaire

Les banques de céréales sont apparues au Burkina Faso au début des années 1970 et se sont multipliées puis répandues principalement dans le Sahel durant les deux décennies suivantes. Dans les années 1990, de nombreuses banques ont cessé leur activité en raison d’une mauvaise gouvernance et du désintérêt des principaux bailleurs de fonds.

En partenariat avec SOS Faim, la Fédération Nationale des Groupements Naam (FNGN) a entrepris au début des années 2000 de redynamiser les anciennes banques de céréales (BC) en créant le « Réseau des Greniers de Sécurité Alimentaire (RGSA) ». Ce programme, financé par le Fond Belge de Sécurité Alimentaire (FBSA) est géré au Burkina par l’unité d’appui de la FNGN, composée d’animateurs paysans et d’universitaires. Il s’inspire de l’expérience passée des BC tout en apportant des innovations pour mettre en œuvre une meilleure gouvernance.

Utilité d’un grenier de sécurité alimentaire

Les greniers de sécurité alimentaire sont des banques de céréales dont la fonction première est d’améliorer la disponibilité, soit l’accès physique et économique des céréales, aux populations locales. A partir d’un fonds de départ obtenu sous forme de prêt, les coopératives villageoises achètent les céréales à bas prix immédiatement après les récoltes. Les céréales sont alors stockées et revendues localement à un prix supérieur au prix d’achat, ce qui permet d’assurer une marge bénéficiaire à la coopérative vitale à sa survie. Mais, le prix reste inférieur aux prix du marché qui ont tendance à gonfler rapidement après les récoltes, lorsque l’offre tend à diminuer. Les bénéfices générés par l’activité servent à couvrir les intérêts d’emprunt, alimenter les fonds propres du GSA ou financer une intervention sociale connexe. L’amélioration de la disponibilité des denrées, tout comme l’accroissement du revenu réel au profit des populations, réduisent le risque d’insécurité alimentaire.